LES ALPES
Où m'emportes-tu donc, 6 brise d'Italie ?
La plaine est déjà loin et j'approche des cieux:
\lpes, enfin je vais vous voir! La nuit déplie
Son voile, mais demain tout sera radieux !
Après les monuments de la Grèce et de Rome (Qui paraissent si grands et qui valent si peu. (olonnes, dômes, tours, derniers efforts de l'homme,
Ah! voyons les œuvres de Dieu!
fuel autre amphithéâtre arrondit ses arcades Ainsi qu'ondule au loin la chaîne de ces monts ? Où l'œil humain jamais vit-il des colonnades
Pareilles à ces pins aux superbes festons ?
Qu'êtes vous Panthéon, antiques Pyramides,
A côté de glaciers qui menacent l'azur ?
Fontaines de prophyre et vous, bassins humides,
Près de torrents au flot si pur?
Voici les réservoirs d'où les fleuves d'Europe S'épanchent, ébranlant les bases des rochers, Les voiles de nuage où l'éclair s'envoloppe
Avant que d'éclater sur les arbres penchés.
Salut! sombre séjour de l'esprit des tempêtes, Aire de l’avalanche au terrible réveil, Nid de l'aigle perché sur ces immenses crêtes,
Comme pour braver le soleil!
O montagnes, la neige est votre chevelure Des ans blanche couronne!—et chaque cavité, Creusant comme une ride à votre face dure,
Y burine vorte âge: siècles, éternité!
Pourtant la fleur sourit au bord de vos abîmes, Comme une claire étoile au milieu de la nuit; Et des grandes cités, sur vos hauteurs sublimes,
Tout à coup expire le bruit.
Dans l'insondable azur, vous portez votre tête: Est-ce pour écouter les concerts solennels De la céleste sphère? Ah! rien, là-haut, n'arrête,
Entre elle et vous, vos chants, colloques éternels!
Oh! que ne puis-je un jour m'arrêter sur ces cimes,
Brillantes de splendeur et de sérénité, Pour m'enivrer longtemps de délices intimes,
De silence et de pureté!
Je n'ai fait que fouler leur neige virginale, Boire à leurs fraîches eaux et cueillir quelques fleurs, Ouvertes sur ma route. et déjà la rafale
Me rapporte à la terre, au vallon des douleurs.
Mais un instant j'ai pu sentir la brise pure De ces sommets altiers. Si près du dôme bleu, Mon oreille a compris les voix de la nature,
Et j'ai cru monter jusqu’à Dieu!