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J'emprunte ce recit aux Mémoires du général Marbot

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lui dit : « Monsieur le maréchal, il y a trois cent mille combattants sur le champ de bataille. Eli bien! savez-vous quels sont les deux plus braves? C'est votre cocher et votre postillon, car nous sommes tous ici pour faire notre devoir, tandis que ces deux hommes, n'étant tenus à aucune obligation militaire, pouvaient s'exempter du péril; ils ont donc plus de mérite qu'aucun autre. » Puis, s'adressant aux conducteurs de la voiture, il s'écria : « Oui, vous êtes deux hraves! »

L'ancien régime peut-il nous présenter deux domestiques ayant de tels états de service? S'exposer à la mort pendant huit jours, pour prouver qu'on a l'honneur d'appartenir au maréchal Masséna! C'est l'orgueil.^de la domesticité.

Enfin, dernier fait décisif, qui date d'aujourd'hui; dernière preuve que les changements dans les mœurs ne changent pas les traits caractéristiques et fondamentaux d'une nation, que le dévouement du serviteur est chez nous une affaire de race, de tradition, et que la domesticité d'aujourd'hui n'a rien à envier à la domesticité d'autrefois : l'Académie distribue chaque année une vingtaine de prix de vertu.... Eh bien, un quart au moins en revient à de vieux domestiques 1

Aucun poète n'a autant imité que La Fontaine; aucun n'est resté aussi inimitable.

L'idée première de ses fables ne lui appartient presque jamais. Il l'emprunte tantôt à Esope, tantôt à Phèdre, parfois à tous les deux. // prend son bien tour à tour dans les poètes indiens, dans les conteurs du moyen âge, dans les récits et apologues de tous pays; il y ajoute des imitations partielles d'Horace, de Virgile, de Tércnce, et, de cet amalgame de mille emprunts divers, il sort une œuvre si originale, si puissante, qu'elle a traversé deux siècles sans subir aucun des caprices de la mode, sans être atteinte par aucune des révolutions du goût public.

La gloire de La Fontaine est la seule qui n'ait jamais connu d'éclipsé. Corneille, Racine, Roileau, ont eu des hauts et des bas de renommée. Au xvif siècle, Corneille et Racine se disputaient le premier rang, et Louis XIV s'étonna, lorsque, demandant à Boileau, le juge suprême, quel était le plus grand poète de son époque, Boileau lui répondit : « Molière ».

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Au xvmc siècle, Racine l'emporte sur Corneille; au xix% Corneille reprend le dessus; puis, voilà que dans ces derniers temps Racine redevient le premier. On dirait deux prétendants, passant leur vie à descendre du trône et à y remonter. Quant à Roilcau, qui avait fort baissé sous Voltaire :

Boilcau, correct auteur de quelques bons écrits,

il tombe en 1830 à un rang presque infime, d'où il est en train, lui aussi, de se relever quelque peu; et le piquant c'est qu'il le doit à Victor Hugo. L'auteur à'Hernani vantait beaucoup le talent pittoresque de Boileau, et citait volontiers ces deux vers :

Et dans quatre mouchoirs de sa beauté salis, Envoie aux blanchisseurs ses roses et ses 1L>.

Molière, lui-même, n'est pas entré de plain-pied dans cette sphère olympienne où nous le voyons rayonner aujourd'hui. J'ai connu un temps où Molière ne faisait jms d'argent au Théâtre-Français. Il n'était plus à la mode. Seul, au milieu de ce va-et-vient dans l'empyrée, La Fontaine reste à l'état d'étoile fixe. Il est le poète de tous les âges, de toutes les conditions, le poète de chevet. N'oublions pas, du reste, que Molière l'avait prédit. Un jour, regardant Racine et Boileau qui s'amusaient un peu de La Fontaine : « Nos beaux-esprits ont beau se trémousser, dit-il tout bas, ils n'effaceront pas le bonhomme ». Enfin, un fait irréfutable, un chiffre,

CE QUE LA FONTAINE DOIT AUX AUTRES. loi

est venu confirmer la prédiction de Molière. Un chercheur, un curieux, s'étant amusé à relever le nombre des éditions de nos grands écrivains, a constaté que le poète qui s'est toujours le plus vendu, c'est La Fontaine.

A quoi tient donc cette fortune singulière? Comment comprendre qu'un poète qui n'a rien créé soit resté l'égal des grands génies créateurs?

Tel est précisément l'objet de notre travail, et voici notre chemin pour arriver au but : prendre quatre des plus belles fables; mettre en regard le texte imité et. les textes empruntés; comparer non seulement les sujets, les points de départ, l'idée générale, mais suivre ce parallèle vers à vers, mot à mot; saisir sur le vif le phénomène de la métamorphose ; voir comment La Fontaine s'y prend pour faire sien ce qui est à autrui :

Je tâche à rendre mica cet air d'antiquité,

enfin le regarder travailler, comme on regarde un oiseau qui, volant deçà et delà, attrape au vol un brin de laine, un bout de fil, une parcelle d'étoffe, une feuille sèche, et en compose cette merveille qu'on appelle un nid. Il y a là, ce me semble, un curieux chapitre littéraire, une intéressante étude d'art, et un portrait en action de La Fontaine, qui le fera revivre devant nous.

Pour mettre notre idée bien en relief, nous allons commencer par deux fables qui offrent ce caractère

assez particulier : que, dans l'une, il n'a presque rien reçu, que, dans l'autre, il n'a presque rien inventé, et que cependant toutes deux comptent parmi ses chefs-d'œuvre.

C'est le Vieillard et les trois Jeunes Hommes et Y Alouette et ses Petits.

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