PREFACE DU TRADUCTEUR
ce joli mot : « Si j étais un de ses maîtres, ]e lui donnerais une médaille et le iouet. »
Au .sortir du collège, G. d'Annunzio vint à l'Université de Rome et y fut accueilli avec enthousiasme par un cénacle de jeunes gens qui iaisaierj alors leurs premières armes dans la Cronaca bizanlina. Il avait toute la fougue de la jeunesse; Q éta!t aussi avide de plaisirs que de gloire ; et ces d"ux passions, au lieu de se contrecarrer l'une l'autre, s' entr' aidèrent. En 1882, il publia coup sur coup un volume de prose, 7 erra Vergine, et un volume de vers, Canto novo; puis, en i883, un nouveau volume, l'Intermezzo di rime, où il chantait les voluptés de la chair en grands vers plastiques d'une impeccable prosodie. En même temps, toutes les portes s'ouvraient devant lui ; il allait de triomphe en triomphe; et (comme il l'a rappelé naguère) il commettait faute sur faute, il longeait mille précipices. Son nom courait sur toutes les bouches, a'issi célèbre par les succès mondains que par les suu;;ès littéraires; et cette double célébrité ressemblait un peu à un scandale.
Cette effervescence tumultueuse de puberté virile et artistique n'était pas sans danger. Une heureuse nécessité arracha G. d'Annunzio au péril en le contraignant à retourner dans ses terres, sur le rivage bienfaisant de la mer natale. Là, il reprit possession de lui-même, se détacha des légères amours et des frivoles vanités, trouva enfin la voie définitive qui convenait à son génie. Ce fut alors qu'il écrivit les nouvelles du recueil il Libro deUê
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Vergini (i884) et la plupart de celles qui ont été réunies un peu plus tard sous le titre de San Pantaleone (1886).
Depuis cette période de retraite. G. d'Annunzio a surccssivement habité Rome, Naples et les Abruzzcs. Voici dix-huit mois environ qu'il est rentré dans son pays, dans celte chère province de Chieti où il a placé le théâtre de son dernier roman. Il y vit au bord de la mer, dans la demi-solitude d'un village, près de son ami l'illustre peintre F.-P, Michotti. Grand liseur, grand travailleur, il connaît à tond les littératures étrangères, spécialement ceUe de la France, et il poursuit avec un labeur infatigable son œuvre propre de poète et de prosateur : plus épris maintenant de la prose que des vers, et convaincu que le roman est la meilleure forme d'art pour exprimer toutes les subtilités et toutes le» complexités de l'âme moderne.
Pendant les huit dernières années, il a publié :
— en vers, 17so//eo (1886), la Chimera (1888), les Elégie romane (1892"), \ePoema paradisiaco (1893);
— en prose, il Piacere (1889^ Giovanni Episcopo (1892), l'Innocente (1892) el le Trionjo délia Morte
G. d'Annunzio est aujourd hai un homme de trente ans, qrii paraît plus jeune que son âge : de taille moyenne, blond malgré son origine méridionale, régulier de traits, doux d'expression, parlant un peu lentement. Ses succès, devenus européens dans les dernières années, ne lui ont don i" aucune morgue ; et on serait tenté de lui appliquer ce
PREFACE DU TRADCCTBOR
qu'il dit d'un de ses personnages de roman : « Il est beaucoup plus simple que ses ouvrages. » Très affable, très bon pour ses amis, très attentif à ne pas désobliger même les indifférents, il sait écouter avec une bien> eillance parlaite les observations critiques qui lui paraissent procéder, non d'une hostilité maligne, mais d'un zèle affectueux; inébranlable d'ailleurs dans sa foi d'artiste, admirateur ému de la beauté partout où il la rencontre, saisi d'une émotion presque muette devant les chefsd'œuvre.
M . Gabriel d'Annunzio, tout jeune qu'il est, a donc »n passé déjà riche d'oeuvres diverses. Un jour viendra peut-être où nous révélerons le poète au public français. Mais aujourd'hui, c'est seulement le prosateur dont nous avons voulu faire connaître les origines, le progrès et l'avènement.
A vrai dire, nous n'avons pas obtenu de M. d'Annunzio sans quelque insistance l'autorisation de traduire les nouvelles qui composent le présent recueil. Celui qui, dans une préface célèbre^apri8 pour sa devise : « Ou se renouveler, ou mourir », n'est pas de ces écrivains qui, ayant trouvé une première formule d'art, s'en contentent indéfiniment et s'imitent pour ainsi dire eux-m?mes jusqu'au bout de leur carrière. Son esprit, toujours en quête du meilleur, se dégoûte vite de l'œuvre finie pour s'attacher à un idéal nouveau, pour pour-