I. Baerj p
». Id., p. 3i, 104.
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plfete qui coinrre les premières années de sa yie*. J'admets volontiers avec Platon qu'il n^était pas rosse, car son esprit si libre de préjugés, son amoor des nouveautés ^ son ardeur à changer les coutumes nationales , seraient un phénomène trop extraordinaire, à cette époque surtout, dans un Moscovite de la classe inférieure d'où sans doute il sortait. Il me semble plus probable qu'il était originaire d'nne province soumise à la Pologne, où les langues russe et polonaise étaient parlées à la fois. Telle était alors rUkraine. Parmi les Ck)saques, presque indépendants à cette époque, mais témoins obligés et toujours acteurs dans les querelles entre la Russie et la Pologne , il avait pu apprendre et le métier de soldat, et l'art plus difficile de mener les hommes. Une sietche ou village de Cosaques, petite république de nomades guerriers, où l'éloquence, le courage et la ruse fai* saient les chefs , était pour un prétendant une meilleure école qu'un collège de jésuites. Peut-être trouvera-t>on dans cette hypothèse quelque difficulté à expliquer Tespèce d'éducation classique, si l'on peut ainsi parler, que Démétrius parait avoir reçue. Il est
1. Pseudo-Demelrius procul dnbio ignotae siirpis homo, et ut posiea compertum est monasticae vilse quam prlmma professus erat desertor. Lubienski, Op. post., p. 155.
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eertain, par exemple , qu'il écrivait faciietnent, ce que peu d'atamans cosaques eussent pu faire à cette époque, et les caractères qu'il a tracés , soit en russe soit en polonais , dénotent une main exercée. Mais dans ses ilianifestes, Démétrius avouait qu'il avait demeuré quelque temps dans un monastère, caché BOUS un habit de moine; d'où Ton peut inférer qu'il avait été d*abord destiné à Tétat ecclésiastique , et par conséquent qu'il avait appris à lire et à écrire *• Cilii prétend qu'il savait le latin , et les historiens modernes Tont copié, sans remarquer que parmi le peu de mots latins, que, suivant l'usage polonais, Démétrius devenu tsar, écrivait au bas de ses lettres, il y a des fautes grossières ; ainsi , par exemple , il écrivait ce titre si contesté par le roi de Pologne, en deux mots : IN PERATOR *. Un jésuite lui fit une harangue latine le jour de son couronnement, mais rien ne prouve qu*il Tait comprise ; ou s'il savait un
1 . On peut encore supposer qu'il élai t Popovitch^ tf esl-à-dî»e lils de préire. Les popovitch foruieni une classe à pari; pauvre, un peu leurée, intermédiaire entre la noblesse et les pajfsans.
S. Gos. Gramoty, II, p. 229. Il me semble que les mots qu*il a écries en caractères romains , dont se servent les Polonais^ sont mioux tracés et avec plus de hardiesse et de correction que sa signature eu caractères russes. Comparer les fao-siaûLa des deux signatures, Gos, Gramoty^ II, p. 162.
peu de latin , cela se bornait sans doute à quelques mots qu'il avait retenus en conversant avec des Polonais de qualité , car, à cette époque , il était de mode d'en mêler le plus possible à la langue vulgaire * ^ Il est évident j dans tous les cas , qu'il n'avait reçu qu'une éducation fort incomplète, soit dans quelque collège , soit dans un couvent. A la fin du xvi" siècle , il n'était pas rare que des étudiants de l'Université de K!ef , las du fouet de Técole et des argumentations théologiques, jetassent leurs livres oour chercher fortune parmi les Zaporogues, dont \a vie d'aventure et de liberté séduisait leurs jeunes imaginations. Russes , Polonais, gentilshommes ruinés, moines défroqués, serfs fugitifs, proscrits de toutes les frontières, trouvaient un asile dans ce grand camp de flibustiers en guerre avec la société. Telles furent peut-être les premières aventures de Démétrius, abandonnant d'abord une famille obscure dans Tespoir de devenir un jour atanian de Cosaques. Puis son esprit observateur lui montre la haine que les Russes portent à leur souverain , et la faiblesse
1. C'était alors, à ce qu*il parait un usage très-ordinaire. Ainsi Zolkiewski, claa<^ ses curieux mémoires, trouve plus étégant d^écrire in hoc statu rerum^ que : «sur ces entrefaites.» S, Buczynski, dans ses lettres à Démétrius, ne dit pas : tyranniquement, mais ad tyrarmidem,»
du gouvernement de Boris, mal déguisée sous l'apparence de Tordre. Il entend les accusations du peuple qui impute au tsar la mort violente du fils divan, et en même temps les récits des' voyageurs, qui ont vu le prince de Suède réfugié en Russie, après avoir mainte fois échappé aux poignards. Il a, pour ainsi dire, sous les yeux , dans un même tableau, l'assassinat du jeune Déniétrius et l'évasion miraculeuse de Gustave Éricsen. Dès ce moment , une idée nouvelle le possède. C'est un rôle plus grand qui s'offre à son imagination. Il l'accepte hardiment et le joue avec une inconcevable présence d'esprit, n'ayant pour favoriser l'illusion que cette croix de diamants qui fit perdre la tête au prince Wiszniowiecki, et qui provenait peut-être de quelque maraudage. Voilà comment je me représente l'imposteur qui sut conquérir un trône, et qui succomba au milieu de son triomphe, seulement peut-être parce qu'au lieu d'avoir toutes les parties d'un usurpateur, il avait quelques-unes des qualités aimables qu'on chérit dans un prince légitime.
Pendant lespremiers Jours qni suivirent Tassassinaf de Dèmétrins, il n'y eut à Moscou d'autre gouvernement que celui du conseil des boyards.Tout se faisait en leur nom. Ils entourèrent de gardes Mniszek , les ambassadeurs de Sigisii lond et les seigneurs polonais échappés au massacre. D'abord, ce fut^ en apparence, pour les préserver des insultes de la populace; mais bientôt, prenant un autre langage, ils les accusèrent d*avoir amené en Russie un imposteur, et les sommèrent de déclarer leur complicité avec cet homme , convaincu d'avoir trahi son pays, d'avoir voulu démembrer l'empire et détruire la religion nationale. Mniszek et ses compatriotes protesterai de leur bonne foi, et, à leur tour, reprochèrent aux Russes de les avoir trompés par leur facile soumission à un aventurier quMis devaient mieux connaître que les Polonais, a Appelés à Moscou par un am-
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t bassftdeur russe et par le conseil des boyards^ « nous sommes venus en anus, disaient-ils, et, par a la phis indigne trahison» le peuple moscovite a « pillé ses hôtes et les a égoigés« On nous retient a prisonniers au mépris d. droit des gens, au mé- « pris des promesses qu'on nous a faites lorsque a nous avions les armes à la main et que nou^ re- « poussions la populace ameutée *. d Les boyards n'avaient rien à répondre à ces plaintes, car, parmi eux, il n'y en avait pas un seul qui Q*eût reconnu la légitimité de Démétrius, et protesté, devant les Polonais y de son dévouement au fils d'Ivan le Terrible; mais ils étaient les plus forts et n'avaient garde de relâcher des otages si importants avant de connaître l'impression que produirait en Pologne la révolution qui venait d'éclater* Malgré leurs protestations, les ambassadeurs furent retenus à Moscou ; les autres seigneurs de marque , alliés de Démétrius ou ses botes , furent envoyés sous bonne garde dans Tintérieur de la Russie. Quant aux marchands et à la foule des gentilshommes qui n'étaient attachés ni au service de Marine, ni à celui des ambassadeurs, il leur fut permis de retourner en Pologne , dépouillés de
i. Baer, p. 9â et sui?. -^ Go«. Gramoty, interrogatoire d« llniszeky I, p. 293.
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presque tout ce qu'ils possédaient*. Mniszek et sa fille furent traités avec la plus grande rigueur. On s'était fait livrer par Marine non-seulenoent tous les présents qu'elle tenait de son mari, mais encore tout ce qu'elle avait apporté de son pays. Argent, bijoux, vêtements, tout lui avait été enlevé, soit par la populace pendant le pillage du palais, soit par les boyards, qui réclamaient comme une propriété de la couronne les présents faits par Démétrius. Marine ne possédait plus que sa robe de chambre quand elle obtint d'être réunie à son père^. On voulut encore exiger de Mniszek qu'il restituât tout l'argent que son gendre lui avait fait passer en Pologne , ou qu'il lui avait fait remettre pour distribuer pendant son voyage et soutenir son rang nouveau. Outre ces demandes auxquelles le Palatin était hors d'état de satisfaire, on mettait encore une condition à sa délivrance, qui montre assez l'inquiétude qu'éprouvaient les insurgés au milieu même de leur triomphe : a Jure-nous, a lui dirent les boyards , de ne te venger, ni par toi, « ni par ta parenté, et de nous justifier auprès de
1. Journal de Marine» p. 66 et suiv. — Journal des ambassa« deurs, p. 182 et suiv. ^ Baer, p. 9a et suiv. ^ Grcveubroucb, p. i3.