Baer, p. lit
1. là., p. 111 ui 112. Les Cosaques appelaient de la sorte Cboaiskip soit à c^use de la pelisse, ehouha^ quMl portait, comme tsar, dans son costume de cérémonie; soit peut-être par un jeu de mot< assez mauvais fondé sur la ressemblance du nom de ChouUki avec le mot de ekovhnik (fourreur), oa plutôt de Tadjectif efcotfdiikii (qui concerne 'a fourrure).
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une commission revêtue du sceau impérial de Démétrius. C'était un aventurier nommé Ivan îsaîevitch Bolotnikof, autrefois serf d'un prince Teliatevski. Enlevé fort jeune par des Tartares de Grimée , et vendu par eux à Gonstantinople , il avait été esclave dans la cbiourme d'une galère; puis, il s'était sauvé à Venise y où sans doute il avait acquis quelques connaissances militaires , en prenant parti dans le corps d'Esclavons au service de la république. Là , on le suppose, quelque jésuite italien le trouvant homme de courage et de résolution, lui avait fourni les moyens de retourner en Russie et donné une lettre de recommandation pour Démétrius. Apprenant en Pologne la révolution qui venait d'avoir lieu à Moscou , ainsi que la levée de boucliers de la Sévérie, Bolotnikof se présenta à la femme du palatin de Scndomir, chez laquelle on lui dit que le tsar avait trouvé un asile*. A Sambor, il vit un homme qu'on lui désigna comme le tsar Démétrius ; c'était, à ce qu'il parait, un exilé russe, a A préce sent, » lui dit ce personnage mystérieux , «je ne
1. Le 17 novembre 1607, le cardinal Borghese écrivait au nonce du pape en Pologne que les fils du palatin de Sendomir annonçaient, diaprés une lettre de leur mère, que Démétrius était Tivani. Turghenief, Mon, hi$t. pat.^ II, p. 136.
«pois te récompeoMr comme je le voudrais. Ptendf e cependant cette pcHsse , ce iAre et ces trente dii- « cats : je regrette de ne poovoir te donner davan- « tage. Mais porte celte teltreà Pouthrle, au prmce « Chakhof8koï, il te donnera nne armée à «Hfflnan- « der. » Bolôtnikof baisa reapectueoseroent la main de rmconmi, et sans en demander davantage, fui jnra de motirir ponr sa cause. Arrivé à Poutivle, il montra sa commission, se fit reconnaître pour général en chef, et rassembla en peu de jours nne armée de douze mille hommes, à la tête de laquelle il fit sa jonction avec l'ataman Pachkof. Dans deux rencontres , il battit les Moscovites et les poussa en désordre jusqu'à sept verstes de îa capitale *•
Malgré ces victoires , Fenthousiasme des insurgés ne tarda pas à se refroidir, par suite de Tmexplîcable absence du prince pour lequel ils combattaient. Brave , amoureux du danger comme on le connaissait , pouvaît-îl , s'il était encore vivant , rester éloigné des champs de bataille? Ainsi raisonnaient les Cosaques et les paysans de Farmée de Bolôtnikof, qui . d'abord de bonne foi , avaient cru à Texistence de leur tsar^ maintenant leur zèle ne
t. Baer, p. 114, 116. — Ms de Zolklewski; 81.
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résistait pas à de si graves soupçons. D^cin aatre côté , Fataman Pachkof se voyait avec peine supplanté par un aventurier, et se plaignait qa'on eût méconnu ses services. Chouiski mit tout en œuvre pour désabuser ta multitude; mais il réussit encore mieux à exciter la discorde parmi les généraux. Pachkof se laissa corrompre , et Bolotnikof , abandonné par une partie de ses soldats , fut battu par le prince Michel Sk(q)ine-Chouiski , parent du tsar^ jeune homme d'une brillante valeur et qui avait Tin» stinct de la guerre. Le général malheureux alla s'enfermer dans Kalouga , d'où il ne cessait d'écrire en Pologne pour hâter la venue toujours promise de Démétrius.
L'imposteur qui en avait pris le nom ne pouvait tromper que le seul Bolotnikof , et c'était un expédient provisoire qui ne pouvait servir longtemps. En ce moment, il est vraisemblable que Chakhofskoî et quelques Polonais cherchaient à la fois , et chacun de leur côté, dans un intérêt tout personnel, un homme en état de jouer le rôle du tsar dont ils avaient annoncé la conservation merveilleuse. Sigismond , qui sans doute n'ignorait pas ces intrigues , s'y prêtait sans peine, n'ayant qu'à gagner au désordre général. Mais il fallait du temps pour décou-
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vrir cet homme , et du temps pour faire son éduca* tion. Sur ces entrefaites, le faux Pierre Fédorovitch, amené par des Cosaques du Volga, se rendit à Poutivle, centre et chef-lieu de llnsurrection. Accueilli par le peuple et par Chakhofsko! , il s'anncnça comme Tallié de Démétrius, ne demandant pour lui-même que le rôle modeste de régent , en l'absence du souverain légitime ^ Il fallait un nom royal à la cause des rebelles , et le tsarévitch Pierre fut adopté avec empressement. On lui donna quelques troupes, et avec Chakhofskoï pour conseiller, il alla se joindre à Bolotnikof , qui, après une longue résistance, avait été obligé d'évacuer Kalouga devant l'armée victorieuse de Skopine. Les trois chefs s'enfermèrent alors dans Toula, pleins de confiance dans la force de ses remparts et le dévouement de ses habitants. Mais bientôt le tsar Basile en personne vint les traquer dans cette dernière retraite. Là, pressé par une armée de près de cent mille hommrs, Bolotnikof déploya un courage et une constance dignes d'une meilleure cause. J'enrjprunte à un chroniqueur russe quelques détails sur ce siège mémo-
, 1. Suivant Baer, p. 118, le faux Pierre était porteur d*uDe oommissiou au nom ta Démétrius, forgée par le prince Chakhofskoï, qui avait le sceau impérial.
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rable : ils feront connaître ce qu'était à cette époque Fart de la guerre, et, ce qui me semble plus digne d'intérêt , l'état des mœurs et de la civilisation en Russie.
Après plusieurs assauts inutiles, le tsar voyait son armée abattue et découragée , lorsqu'un diacre nommé Thomas Kravkof se présenta devant le conseil des boyards , et s*adressant à l'empereur d'un ton d'assurance : a Seigneur, lui dit-il , comc mande qu'on m'obéisse , et je noie tous les gens « de Toula, b Cette promesse parut d'abord une fanfaronnade ridicule ; mais le diacre parlait avec tant de confiance, que le tsar voulut connaître son plan. Toula est dans une vallée que traverse la rivière d'Oupa. Le diacre proposait d'établir un barrage en aval de la place assiégée, et offrait sa tête à couper si 9 quelques heures après Fachèvement de cet ouvrage, la ville n'était pas sous Feau. Par son ordre , chaque soldat de l'armée assiégeante dut se pourvoir d'un sac rempli de terre , et le barrage s'exécuta avec une rapidité admirable , sous la direction de Kravkof, qui avait formé une brigade de travailleurs avec tous les meuniers de l'armée, habitués à de semblables travaux. Bientôt l'eau reflua dans la ville, inonda les rues et détruisit un grand nombre de
fil LKS mus ^tmkrikiis^^.
maisons; mais le eotragé de la ganmhioii n*eii Ibt pas ébranlé. Pendant plusieurs mois encore elle résista courageusement, combattant au milieu des dé« combres, décimée par la famine, et bientôt après par une épidémie cruelle*. Tous les travaux du siège se concentrèrent autour du barrage. Chaque jour les assiégeants s'efforçaient de Félever, les as^ sièges d'y faire des brèches. Pour les habitants de Toula, cet ouvrage prodigieux exécuté avec tant de rapidité semblait une înventfon qui tenart de la magie, et la magie ne fut pas oubliée pour le détruire. Un moine , sorcier à ce qu'il disait, offirit de parcer le barrée moyennant une récompense de cent rou* btes. Sur la promesse que loi fit Bolotnikof , il se dépouilla de ses habits, plongea dans la rivière et disparut. On le croyait mort , lorsqu^au bout d'imo bemrer il revint tout à coup à la sofUm^o de l'eau cou^ vert d'égratignures, «Je viens d'avoir affaire, dit4l, ir aux douxa mille diables qui ont travaillé au bar-- « rage de Clbociisli. J'en ai mis six mille à la raison, « mais les six mille autres , et ce sont les pires , ne «veulent pas se rendre*. » Longtemps encore les habitants de Toula se bercèrent de Tespoir que Dé*
f . Letopis Miatejakh, p. 122. — Baer, p. 123.