I. Moscoa 1850, m-8* de 432 pages
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retirant aux paysans le droit de changer de résidence et de louer leur travail à qui leur plaisait, s'était proposé d'abaisser la classe des grands propriétaires et de s'attacher celle des petits gentilshommes. On appelait alors ces derniers Deti b&larshie y enfants bo^u^s ; ils faisaient la force des armées russes, et constituaient à cette époque en Russie ce qu'on a depuis appelé la classe moyenne.
Nul doute qu'en s'attachant cette partie si considérable et en réalité si puissante de la nation , Boris ne prit le moyen le plus sûr d'affermir son autorité et de préparer le succès de ses plans ambitieux ; mais il me semble douteux que la mesure dont il vient d'être question dût lui concilier la petite noblesse.
Voici par quel argument M. Pavlof soutient sa thèse, a Les grands propriétaires, dit-il, les princes et les boyards, disposant de revenus considérables , payaient mieux les cultivateurs qu'ils employaient sur leurs terres et en exigeaient moins de travail. Partout le grand propriétaire est phis généreux, moins exigeant que le petit propriétaire, le besoin d'économie rend celui-ci exigeant et souvent avare. De là ce résultat naturel, que les petits propriétaires manquaient souvent de bras pour labourer leurs champs. Mais du moment ou le paysan ne fut plus libre de changer de village et d'offrir son travail à qui le payait mieux , la petite noblesse n'ayant plus à craindre la concurrence des boyards, eut à sa disposition des travailleurs à poste fixe. »
J'admets avec M. Pavloi que les grands propriétaires durent perdre notablement à l'abolition de la Saint-Georges, mais il ne me paraît pas clair que les petits dussent y gagner beaucoup. Au contraire, à mon avis, cette mesure, comme tous les changements brusques et radicaux, dut être
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nuisible à tous les intérêts. En effet pour que le résultat indicpié yèr M. Favlof eût lieu, il aurait fallu que la population fût divisée proportionnellement à retendue des terres cultivables , et c'est œ qui n'existe nulle part; c'est ce qui n'existait pas assurément en Russie vers la fin du XVI* siècle. La même raison qui procurait plus de luras aui grands propriétaires qu'aux petits, devait répartir les cultivateurs par groupes proportionnellement beaucoup plus nombreux sur les possessions des premiers que sur celles des seconds. Que si l'on examine avec M. Pavlof , la composition de la classe des Enfants boyards , et qu'on observe, comme il l'a fort luen remarqué, que la plupart étaient attachés à la personne , ou faisaient partie de la clientèle des grands seigneurs, on ne pourra guère douter que presque tous les groupes de population un peu considérables ne fussent sous la dépendance immédiate d'un boyard. Cet état de choses fut celui de toute l'Europe au nM)yen âge , et il ne me semble pas possible qu'il en fût autrement en Russie.
L'annexion au grand-duché de liosoovie des royaumes de Kazan et d'Astrakl^n , la prospérité des espèces de républiques cosaques sur le Dnieper, le Don et le Volga, enfin le goût inné et très-vif de la race slave pour la vie nomade et les aventures , paraissent avoir déterminé vers la fin du XVI* siècle une émigration alarmante vers les provinces méridionales. C'est à ce mouvement , qui menaçait de dépeupler l'ancienne Moscovie , que Boris chercha un remède violent et hasardeux oonune le pouvait imaginer un despote peu éclairé. Il œt vraisemblable qu'il montra beaucoup de partialité dans l'exécution d'une mesure si dilQcile dans son application i et qu'il fut ea général
indulgent aux petits propriétaires et rigoureux pour les boyards ses rivaux.
Il est bien difficile aujourd'hui d'apprécier cxa:tement les conséquences immédiates d'une mesure dont le but et les dispositions nous sont si imparfaitement connues. Cependant il n*est pas téméraire de penser que la perturbation fut profonde et générale , et que la classe des paysans en conçut une irritation très-vive. Ne peut-on pas attribuer à ce motif et la grande famine de 4601-4603, et Tempressement avec lequel furent accueillis les imposteurs qui usurpèrent le nom de Démétrius, et Taccroissement prodigieux que prit, vers le même temps, la petite république des Zaporogues? Pendant près d'un siècle, leur camp du Dnieper, avec son droit d'asile comme la Rome de Romulus , harassa ses voisins et se recruta de tous les fugitifs des provinces slaves.
Selon M. Pavlof , l'intention de Boris ne fut pas de réduire à la condition de serfs les paysans libres : il ne voulut qu'une chose, les empêcher de changer de demeure selon leur caprice. J'avoue qu'il m'est assez difficile de saisir la différence entre des serfs et des paysans , sans propriété personnelle, obligés de travailler pour leur seigneur aux conditions qu'il leur dicte. Si l'abolition de la Saint- Georges ne réduisit pas les paysans russes à l'état de serfs, elle dut avoir pour conséquence de faire regarder le servage comme un bienfait par la plupart d'entre eux.