SUR LA BATAILLE DE KLOUGHINO
Lattre de ZoUiewski an roi de Pologne , sur la bataille de Klonehino.
Très -illustre et gracieux Seignear, notre Seigneur trè» gracieux!
Offirant mes très-humbles services à la gracieuse bienveillance de y. M., mon Seigneur très-gracieux,
Voici les motifs qui m'empêchent d'adresser souvent à V. M. mes rapports sur ce qui se passe ici : 4» La route n'est pas sûre à cause des maraudeurs ; 2^ Tant que lesafiFaires ne sont pas décidées je demeure dans l'attente, et je ne veux pas entretenir Y. M. de projets encore incertains. Déjà j'ai foit connaître à Y. M. comment je suis arrivé ici devant ce camp retranché occupé par les ennemis. Ils y attendaient le secours de L'armée du prince Démétrius Ivanovitcb Chouiski, et moi, autant que mes moyens me 1^ permettaient, je m'appliquai à les y resserrer, les entou-^ rant de palissades, établissant des corps de garde d'observation , empêchant absolument toute sortie, leur coupant les vivres et le fourrage. Continuellement j'envoyais des^ détachements sur Mojaïsk afin d'avoir des nouvelles du prince Démétrius, et j'employais aussi des espions pour obtenir des renseignements à son égard. Mais forcé d'^rire brièvement à Y. M., je passe beaucoup de détails, car des affaires incessantes ne me laissent que peu de temps pour écrire; d'ailleurs , Sire, je ne veux pas fatiguer Y. M. pat
la lecture d'une longne lettre. J*ai chargé M. nonce de ^^wow, d'écrire toutes les particularités au Conseil de 9. M. En résumé, le gros des événements est comme il suit. Le 9 juillet , vers deux ou trois heures du matin , je fus instruit que le prince Démétrius Ghouiski , parti de Mojaïsk, était allé coucher à huit milles de son camp. Du vendredi au samedi, l'ennemi avait concentré toutes ses forces, Moscovites et étrangers. Ces derniers, sous Pontus de La Gardie et Edouard Hom , formaient un corps de plus de cinq mille hommes bien armés, et comme il y parut plus tard , tous gens déterminés. Les Moscovites étaient plus de trente mille, avec nombre de gens de marque et de voiévodes, André Galitsine, Daniel Mezetski, Iakof Boriatinski , Basile Boutourline et autres. C'est avec ces forces qu'ils se flattaient d'anéantir l'armée de Y. M., et de foire lever le siège de Smolensk. Aussitôt' je réunis les colonels et les capitaines des troupes de Y. M. Beaucoup de motifs graves et puissants, qu'il serait trop long de rapporter me dissuadaient d'attendre l'ennemi. Seulement j'aurais désiré trahier jusqu'au 6 juillet, auquel jour m'en remettant à Notre-Seigneur Dieu , j'étais résolu de tenter la fortune. Laissant donc une partie de mon armée devant le camp retranché avec toute l'infanterie et les Cosaques de Y. M., le même jour, 3 juillet, vers le soir, je me mis en marche à la légère, sans voitures, sur Klouchino où l'armée ennemie comptait s'établir, à environ quatre milles de notre camp. Nous marchâmes toute la nuit. A la pointe du jour, j
mon avant-garde reconnut l'ennemi à la rumeur de son camp * qui était proche, en avant de Klouchino. Nous
1 . E9 fremitu eoêtrorum , dit Zolktewski, selon son babitode dé »$Jcr It plu de Utin qu'U peut l son polonais.
n'étions pas attendus, car il n'était pas sur ses gardes, n'ayant pas pris la peine de se Êdre édairor, et nous le surprenions littéralement encore an lit. Mais, comme en raison des chemins aifrenx, notre armée ne poovait faire diligence, je fus contraint d'attendre nne heure et plus, josqu'à ce que nos gens fussent sortis de ces mauvais chemins, et cependant Tennemi se réveilla , et ses grand' gardes nous découvrirent. C'est ainsi quliier, 4 juillet , nous en vînmes aux mains avec les Moscovites , dès avant le lever du soleil. Ce fat pour nous un avantage conâdérable que la confusion où les jeta notre arrivée imprévue, car ils nous méprisaient à cause de notre petit nombre , et s'attendaient d'autant moins à notre attaque, qu'ils nous savaient tout occupés à l'investissement du camp de Tsarevo-Zaîmistche et ne pouvaient croire que nous eussions l'audace d'aller à eux. Ils commencèrent à se former devant nous, surtout les étrangers-français , fort bien armés, comme il conyient à des gens de guerre. Le combat dura trbis heures au moins avec des chances variées (aneipUe Marte). Aujourd'hui qu'une bataille se décide par une charge, on s'étonnera peut-être qu'il fut si longtemps difficile de juger de quel cété la victoire allait se déclarer. Mais le Tout-Puissant dans sa mis^corde, nous fit cette grâce, qu'après tant de vicissitudes d'un côté et de l'autre, Vintrépidité et la constance des troupes de Y. M. surmontèrent l'ennemi. D'abord les Moscovites se mirent en fuite, puis les étrangers. Les soldats de V. M. sabrant et culbutant Ui cavalerie étrangère, entrèrent pèle-mèle avec elle dans son camp, d'où ils la chassèrent dans les bois. Cependant l'infanterie étrangère demeurait en bon ordre à l'abri des bois, en sorte qu*i) était difficile à notre cavalerie de