‹ Épisode de l'histoire de Russie; Les faux DémétriusChapitre 23 sur 150 · Id, ibid, — Etame eritieo, p · texte numérisé non relu

Id, ibid, — Etame eritieo, p

tS LES FAUX DéMÉTRIirft«

tendre convaincre les incrédules, Démétrius et ses affidés n'épargnaient rien pour les gagnar à ses intérêts. Aux uns, on représentait que Toccasion était favorable pour exercer une grande influence en Russie 9 et qu'il importait assez peu d'examiner si rhôte de Mniszek était ou non le fils du tsar, du moment qu'il avait un parti considérable dans son pays. Un prétendant , fùt-il un imposteur, serait, entre les mains du roi de Pologne, un auxiliaire utile pour effrayer Boris et l'obliger à céder sur tous les points encore en litige entre les deux gouvernements. Auprès des dévots zélés, on faisait valoir les grands avantages que trouverait la religion à rétablissement d'un prince catholique sur le trône de Russie. Les évéques et les jésuites polonais parlaient de la conversion de Démétrius conune d'un fait avéré; sa ferveur, ils la garantissaient. Quant aux difScultés qu'il éprouverait à changer ia croyance de ses peuples, on ne s'^ arrêtait pas un instant. Ne se* rait-il pas aisé , pour s'accommoder aux vieux usages des Moscovites, de faire sur les formes de la liturgie quelques concessions semblables à celles qui avaient sufS pour apaiser les scrupules d'une partie des Lithuaniens et des Polonais, ralliés aujourd'hui à rÉglise sous le nom de Grecs uni* f

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En un mot , adonter la cause de Démétrius , c*étaft travailler à Tagrandissement de la Pologne et pré-* parer le triomphe de la foi.

11 n'est pas improbable que pow séduire, en flattant leur vanité nationale, les Polonais qui se refusaient à croire cpe Démétrius fbt le fils d'Ivan , une nouveUe fable fut imaginée pour rendre intéressant l'aventurier justement suspect. Le bruit se répandit que ce jeune homme était un fils naturel d'Etienne Batthori. Son audace, son intelligence, la facilité avec laquelle il parlait la langue polonaise senoH blaient confirmer cette origine. Elle devait peut-être lui gagner plus sûrement raffection des vieux soldats qui avaient combattu sous les ordres d'Etienne , et ridée d'asseoir un Polonais sur le trône des tsars flattait trop leur orgueil pour qu'ils ne devinssent pas les complices d*une sublime fourberie*.

L'empire turc était menaçant pour l'Europe au xvn* siècle. En 1683, Vienne vit une armée ottomane

1. Baer, p. lOi, rapporte, que Jeu Sapieha, vantaDt iim jour la bravoure de ses compatriotes, lui dit ces paroles : « Nous avons donné aux Russes un aventurier pour isar,et dussent-ils en crever de dépit , ils n'auront de maître que de notre façon. » — Baer teikaii de plusieurs seigneurs polonais que le fiiuK Démétrius était fils de Batthori, p. 33. — Petreïu» répète celte version sans y ajouter foi.

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à ses portes. Pour repousser les Turcs vers TAsie , ou seulement pour préserver de leurs incursions les provinces qu'ils ravageaient périodiquement, il fallait une alliance solide entre les chrétiens orientaux , particulièrement entre les Polonais et lee Russes. Rome sentait tous les avantages d'une telle alliancCi ou pour mieux dire elle la regardait comme nécessaire au salut de TEurope. Dans la dernière guerre entre la Russie et la Pologne, le pape Grégoire XIII avait arrêté Batthori au milieu de ses triomphes pour lui rappeler Timpiété d'une guerre entre les deux puissances que Dieu semblait avoir destinées à être le boulevard de la chrétienté contre les infidèles ^ En même temps il avait envoyé à Moscou le père Pos-

1. « La paix étant déniée au Moscovite qui ne Youlait pas rendre le reste de ce quMl tenait en Ltvonie; il se servit de Tassistance du pape Grégoire XIII pour Toblenir, sous promesse d*établir la religion cattiolique dans son État. » Le Laboureur, Helatîon du voyage de la Royne de Pologne^ etc., 2« partie , p. 180. — Cette promesse ne fui jamais donnée. A la vérité, Ivan le Terrible accueillit l'envoyé du pape, le père Possevin, avec toutes séries d'égards ; il eut avec lui de fréquents entretiens sur des points de théologie. Il est fort probable que le père Possevin, qui se persuadait facilement ce qu*il désirait, ait cru avoir trouvé un catéchumène dans le tsar de Russie. Voir le récit de ces conférences dans la Relation du père Posscvin: A Poitevini, AToteovia, Anvers, t687.

sevin , jésuite , chargé d'offi*ir à Ivan la médiation du Saint-Siège. Le père Possevin était homme d'esprit et de grandes vues* Non content d'obtenir du tsar, qui avait besoin de lui , une tolérance particulière en faveur des catholiques y il s'était appliqué à préparer pour l'avenir les moyens d'étendre l'influence de réglise latine en Russie. Par ses soins des séminaires furent fondés en Lithuanie, à Vilna et à Dorpat y comme des postes avancés sur la frontière du pays schismatique Ml ne cessait de solliciter Timpression de livres religieux en langue russe et surtout celle d'une Bible, car il n'y avait encore que deux traductions des Saintes Écritures imprimées à Tusage des Slaves, une Bible polonaise, et une autre dans le dialecte tchèque ou bohémien^, Tune et

i. LeUre du Père Possevin au grand-duc de Toscane. Esamê erUico, p. 49.

2. 'Vers 1563, Ivan le Terrible voulut faire imprimer une Bible russe à Moscou; mais Tentreprise avorta, Timprimeur ayant été obligé de quitter la Russie précipiiamment après avoir commencé son œuvre, tourmenté comme il semble par les dévols qui voyaient dans cette entreprise je ne sais quelle impiété. Y. Esam$ critico^ note 17, p. 78 et suiv. — Il parait, au reste, qu'à celte époque, et parmi les Grecs orientaux, on ne croyait pas quMl fût licite de traduire les Sainies Ecriiures dans un dialecte vulgaire et non hiératique. Je ne sais s! aujourd'hui, en Espagne t il est permis de vendre publiquement la traduction de la Bible en castillan.

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i'aatre probablement pea intelligibles pour les Russes. Que Ton attribue ces projets de conversion au zèle religieux ou bien à Tambition tant reprochée de la Société de Jésus, on n*en pourra méconnaître la grandeur, et il faut avouer que leurs premiers résultats eussent tourné au profit de la civilisation et de l'humanité.

La cour de Rome, préoccupée d'autres soins plus pressants , ne leur accorda pas peut-être toute l'attention qu'ils méritaient. Le Père Possevin quitta la Russie , et les établissements qu'il avait fondés en Lithuanie,et qui déjà avaient contribué puissamment à propager le catholicisme parmi les Grecs de cette province, furent dirigés par des hommes qui n^avaient ni son mérite ni son zèle ardent pour la Foi. Néanmoins ses plans et ses instructions subsistaient encore, et il ne fut plus permis de les taxer de témérité lorsqu'on vit un tsarévitch demander à rentrer au giron de TÉglise et promettre la conversion de ses sujets. Les jésuites , successeurs du Père Possevin , s'applaudirent d'un succès si inespéré, et le nonce, à leur persuasion, s'offrit pour présenter Démétrius au roi de Pologne.

Sigismond, déjà prévenu, consentait aie reconnaître pour le fils divan , mais à la condition qu'il

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abjurât d*abord te sdiisme d'Orient et qu'A s'engft^ geât à introduire et propager la foi catholique en Russie. De son côté Mniszek songeait à ses intérêts particuliers, et stipulait sa récompense. Dans sa position équivoque , Démétrius n*eut garde de discuter les conditions qu*on lui proposait, et promit sans balancer tout ce qu'on exigeait de lui. Le 25 mai 1604, à Sambor, il signa une promesse de mariage à Marine Mniszek, par laquelle il lui faisait ion des villes de Novgorod et de Pskof . Par le même acte il s'engageait à payer à son beau-père un mil- Mon de florins polonais, dès quMl serait monté sur le trône. En outre il permettait à Marine de professer librement le culte catholique et d'avoir des églises, des évéques et des prêtres latins dans ses seigneuries de Novgorod et de Pskof, en attendant que, selon son désir, il pût ramener toute la Russie à la foi catholique. Une clause assez étrange insérée dans cet instrument témoigne de la médiocre confiance que Démétrius inspirait alors à ses protec* teurs. La promesse de mariage n'était valable qu'à Moscou, et pour une ann^e seulement y à moins qu'au bout de ce terme , Marine et son père ne consen^ tissent à la renouveler*. Peu de jours après, le 1. Oos. Gramoty, II, p. 159. L^original, ècrH en polonais et

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i2 juin, Démétrius souscrivit un autre acte par lequel il cédait la ville de Smolensk et toute la Sévérie à Mniszek et au roi de Pologne qui devaient se partager cette province par moitié*. Toutes ces promesses signées, Démétrius se rendit à Cracovie pour y prononcer son abjuration dans le palais du nonce. Si Ton en croit un témoin oculaire dont il est difficile de soupçonner la bonne foi, elle eut lieu en présence d'un assez grand nombre de personnes^; mais évidemment ceux qui assistèrent à la cérémonie s'étaient engagés à garder le secret, car le tsarévitch continua toujours d'observer les formes extérieures du rite grec.

Ce fut y disent quelques historiens , par le conseil

en russe, esi signé dans les deux langues de la main de Démétrius. Il ne prend d*autre titre que celui de tsarévitch , qui se trouve également inscrit sur le sceau. Après le serment d'observer fidèlement toutes les promesses contenues dans Tacte quMI va signer, la version russe se termine par cette phrase qui n'existe pas dans le texte polonais : et d'amener tous les Russes à la foi latine» Au resto , cette phrase ne peut être nue interpolation, car la même promesse est mentionnée UD peu plus haut dans les deux langues.

1. Ga$. Gramaty^ II, 165. — La Sévérie comprenait la partie la plus importante de la Petite-Russie, c'est-à-dire les gou- ▼emements actuels de Starodoub, Novgorod-Severski , et Tchernigof.

S. Alla presentia di moitié tra questi mi trovai anche io»

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d'un jésuite , qu'il demanda la main de Marine ^ et sur Tespoir que personne ne douterait de sa naissance si le fier palatin de Sendomir Tacceptait pour gendre. Il me parait plus vraisemblable que séduit par les attraits de Marine, Démétrius éprouva pour elle une affection véritable. Au reste, que cette résolution fût spontanée ou le résultat d'un calcul, elle était fort imprudente, car les Russes avaient alors une espèce d'horreur pour les alliances de leurs souverains avec des étrangères, et le choix d'une Polonaise ne pouvait que blesser leurs préjugés religieux et nationaux. En outre, Mniszek tint secrète la promesse de mariage*, et si elle eût été connue, la clause qui en ajournait l'effet jusqu'à l'entrée du

CillH p. iU^Esamecritieo, p. 18. —Voir encore la lettre du pape Paal Y à Démétrius, datée du iv des ides de juiUet 1605 où se trouvent les passages, suivants : « Nunc vero catholicae religionis lumine illustratum in regale solium patris tui vult

(Deus) restituire Multaquidem de singulari tua pietateac

religione tua, nobis renunciaia sunt quemadmodum Celsi-

tudo tua antea fecii Jta et in posterum catholicam religionem, quam Ecclesia sancla Romana docet, integram in viola tamque custodierit, etc. » A. J. Tu rghenief» Ht jtoHca Rtusiœ Monimenta. H, p. 73.

1. Le 96 septembre 1605, Neri Giraldi écrivait au grandduc de Toscane : « La opinion comun ë cbe debba S. M. pigUar una sua figlia (di Mniszek ) per moglie, sebbene non ci è certezza alcuna. » Esame eritieo, p. 55.

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prétendant à Moscou , témoignait une défiance plus propre à confirmer qu*à détruire les soupçons sur son origine.

Aussitôt après cette abjuration , le nouveau converti fut présenté à Sigismond par le nonce en audience solennelle. Sigismond le reçut debout, une main appuyée sur une table selon l'attitude déjà classique des souverains. Démétrius s*avança fort ému et tout tremblant ^ La tête découverte, après avoir baisé la main que le roi lui tendait, il dit en balbutiant, mais en asseï bons termes, sa naissance, ses droits et ses malheurs. Puis, il supplia le roi de lui accorder protection et assistance pour recouvrer rhéritage de ses pères. Bien que préparé sans doute à cette harangue, Sigismond n'y fit pour le moment aucune réponse ; sans doute Tétiquette ne le permettait point. Un maître des cérémonies fit Ut signe à Démétrius, qui se retira aussitôt dans une sa le voir sine où Tattendaient le palatin de Sendomir et la foule des courtisans. Le nonce demeura seul quelques instants avec le roi pour avoir Tair de délibérer. Bientôt on introduisit de nouveau Démétrius dans la salle d'audience. H s'avança jusqu'au pied du trône,

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