‹ Épisode de l'histoire de Russie; Les faux DémétriusChapitre 27 sur 150 · Je reviendrai plus tard sur ce poinu · texte numérisé non relu

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lettres encycliques du patriarche , ne purent désabuser la multitude. Un certain nombre de gentilshommes russes exilés on suspects au gouvernement^ des débiteurs insolvables, et ces hommes , toujours prêts à se jeter dans les révolutions « parce qu'ils ont de V amertume au cesufy selon les paroles du prophète, s'étaient déjà réunis en Uthuanieet formaient une cour à Démétrius, qui bientôt allait devenir une armée. A ces transfuges se joignirent beaucoup de nobbs polonais , attirés, les uns par l'amour des aventures, les autres par l'espoir des {[randes récompenses que Mniszek promettait à ses compatriotes. Lui-m6me il avait engagé ses biens, seti pierreries, et entraînait à sa suite cette foule de clients qui , à cette époque , entouraient un grand seigneur polonais. Il s'occupait avec la plus grande activité de tous les préparatife d'une expédition, enrôlait des soldats, achetait des armes et des munitions de guerre. Aux manifestes de Boris , on répondait par d'autres manifestes. Cependant les ministres de Sigismond avaient toujours des atermoiements à opposer aux réclamations des envoyés moscovites. Tantôt le roi feignait d'ignorer les armements de Démétrius , tantôt il répondait : « que les nobles polonais étaient maîtres absolus

de leurs actions, et qu'il ne pouvait les empêcher de montrer de rintérét à un étranger malheureux; qu'au surplus, il veillerait à ce qu'ils ne fissent rien contre les traités existants ^ a Quant à Smirnoi Otrepief, il n'eut garde d'aller se montrer à Démétrius au milieu de son camp sur la frontière de lithuanie.

Sur ces entrefaites un parti de Cosaques enleva un gentilhomme russe nommé Khroustchof, familier de Boris, à ce qu'on disait ^ et député par lui aux hordes du Don pour combattre l'eifet des prédications du moine fugitif. Les Ck>saques l'envoyèrent aussitôt chargé de chaînes à Démétrius, comme un prisonnier d'imp<H*tance. Le tsarévitch le reçut avec clémence ) lui fit 6ter ses fers, et voulut le questionner lui-même. Amené en sa présence^ Khroustchof tomba la face contre terre , en s'écriant qu'il voyait devant faii le portrait du feu tsar Ivan , et avec de grosses larmes l'appela son maître et son légitima souverain. « Grftee ! disait-il, je n'ai péché que par ignorance, m Puis il s'empressa de répondre aux questions qu'on

1. Stan. Lubienski $pi,Plocen$i8 op. historica, p. i9, 30.— « Cselerum in tanta Hobilitatîs Polonae libertate , prohiber! non potuisse ne alfqui privaiim ilU studerent: si qui tamen modum ea in re excesserint» aut aliquid coutra pacta admiserint, daluros ex formula fœdcris pœnas. »

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lui adressa, tandis qu'un scribe tenait note de toutes ses déclarations , sans doute pour les communiquer au roi de Pologne. Les renseignements qu*il apportait sur la situation de la Russie étaient de nature à encourager les espérances de Démétrius. Il est inrai que Boris rassemblait des troupes de tous côtés, employant les promesses et les menaces pour avoir des soldats, et contraignant la noblesse et le clergé même à lui envoyer leurs paysans pour grossir son armée*; mais on n'obéissait qu'à contre-cœur , et les boyards qui avaient un commandement sur la frontière r^e Crimée, se félicitaient tout haut de n'avoir pas à tirer le sabre contre leur légitime seigneur. Le bruit courait que Boris, effrayé des dispositions du peuple et des soldats, et ne se croyant déjà plus en sûreté à Moscou , faisait partir son trésor pour Astrakhan , d'où il voulait l'envoyer en Perse. Depuis quelque temps on ne remarquait plus en lui la même activité ; il marchait avec peine , et semblait épuisé. Tandis qu'on publiait par son ordre que le tsarévitch était un imposteur, lui-même avait

1. Goi. Gramoty^ll, p. 164. Boris rappelle dans sa proclamation qu^autrefois, dans le danger de la patrie, les ecclésiastiques eux-mêmes prenaient les armes, mais que cette fois il se contentera des contingents de serfs armés qu*ils lui enverront.

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mandé à Moscou y du couvent où il la tenait reléguée , la tsarine religieuse y veuve divan , e| l'avait longuement interrogée en présence du seul Patriarche. Personne ne doutait qu'elle ne fût en correspondance avec son fils. Ce qu'elle avait dit , on rignoraity mais Boris n'osait le révéler et faisait redoubler la surveillance autour d'elle. Déjà à Moscou même on ne doutait plus que le tsarévitch ne fût vivant. Deux seigneurs avaient été mis à mort pour avoir bu à sa santé , trahis par les domestiques qui les servaient.

Dans le même temps la sœur de Boris, Irène, veuve de Fêdor, était morte presque subitement dans le monastère qu'elle avait choisi pour retraite , et le peuple croyait qu'elle avait été empoisonnée par son frère, dont elle détestait l'usurpation et qu'elle aurait exhorté à rendre la couronne au prince légitime. Quant au bruit répandu par Boris ^ qu'un certain moine Otrepief se faisait passer pour le tsarévitch, personne à Moscou n'y ajoutait foi. Si Grégoire Otrepief, disait-on , avait eu tant d'audace , le tsar n'eût pas manqué d'exterminer sa famille tout entière. Or, son oncle Smh*noî était en grande faveur*. Pour qui

1. Gos, Gramoty^ n,p. 173. Interrogatoire de Khroutschof, 3 sept. 1604.

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connaissait le caractère soupçonneux et vindicatif de Boris, c'était un argument sans réplique *•

Telles ét«ent les nouvelles que donnait le prisonnier, un peu suspectes peut-être d^exagération, mais que confirmaient cependant de nouveaux rapports arrivant de tous les côtés. Si Démétrius eût été mieux pourvu d'argent, il aurait sans doute passé sur-le-champ la frontière; mais malgré tous ses efforts et ceux de Mniszek, ce fut seulement vers la fin d'octobre qu'il se trouva en mesure d'entrer en Russie ^. Il avait alors auprès de lui environ onze cents lances polonaises' et cinq cents fantassins de la même nation , outre un millier de Russes transfuges ou- exilés. Sur le territoire moscovite il était attendu par un corps de trois ou quatre mille Cosaques du Don ou Zaporogues. A la tète de cette petite troupe il s'avança résolument contre son ennemi qui avait déjà rassemblé en avant de Moscou une armée de plus de cent mille hommes.

1. Cet argument, qui peint les mœurs de Tépoquc, est de KhroQstchof lui-même.

a. Il est possible que Démétrius ait ?oulu attendre Tépoque des neiges, plus favorable dans le Nord aux expéditions militaires que Tautomne qui est ordinairement pluvieux.

3. C*est-à-dire plus de trois mille chevaux. Chaque gentil* homme polonais était suivi de plusieurs cavaliers.

La petite armée de Démétrius, qui s^était concentrée dans le palatinat de Kiovie, passa le Dnieper le S3 octobre 4604, au-dessus de Kîef^ se dirigeant verâ^ le nord *. Sa marche fut lente, car le 31 seulement elle entra sur le territoire russe, et se porta sur Moravsk) petite ville fortifiée du gouvernement actuel de Tehernigof , sur Fextrême frontière. Dès que les habitants virent briller les lances des Cosaques de Tavant-garde , ils ouvrirent leurs portes, et f/oururent présenter à Démétrius Toffrande du pain et du sel y symbole de soumission^. Les volévodes ou gouverneurs de Boris avaient voulu résister , mais le peuple les avait garrottés et les amenait en triomphe

1. Gos. Gramotyy Journal de Mniszek, II, p. 168. — Ms. de Zolkiewski, |). 3.

3. On observe aujourd'hui le même cérémonial non-seulement à i^égard de l'empereur quand il fait son entrée dans «ne ville, mais encore à Pégard d*un seigneur qui vient visilei son village.

au tsarévitch. Celui-ci les traita humainement. Il se montra affable, prodigue de promesses , plein de confiance dans la justice de sa cause et le succès de son entreprise. Quatre jours après ^ Tchernigof et quelques autres villes se rendirent de même sans coup férir. A chaque étape Démétrius recevait des dé putations accourues pour le féliciter et lui livrer les gouverneurs de Boris chargés de chaînes. Des déserteurSy des aventuriei*s arrivaient par petites troupes. Le point d'attaque , pour être éloigné du centre de Tempire, avait été bien choisi. La province de Sévé^ rie, remplie de Cosaques et de longue main travaillée par les émissaires de Démétrius, paraissait disposée à l'accueillir comme un libérateur '.

Ce fut seulement aux portes de Novgorod-Severski qu'on s'aperçut que Boris régnait encore. A l'approche du prétendant, le gouverneur Pierre Basma^ nof, envoyé peu de temps auparavant avec une troupe d'élite de six cents strelitz, mit le feu à la ville basse, et se retira dans la citadelle. Sommé de se rendre, il répondit fièrement qu'il avait prêté ser-

1. Baer, p. i5. — Peyerle, p. 6. — Journal de Mniszek — La route la plus courte ^ât été de partir de Yilna pour se diri* ger sur Smolensk, mais cette rouie Teût éloigné des Cosaques 866 plus sûrs alliés

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ment d'être fidèle au tsar Boris, et qu'il ne connaissait pas d'autre souverain. -^ < Celui qui t'envoie, ditril au parlementaire polonais, n'est qu'un imposteur, et le pal l'attend ainsi que ses complices. Hftte-toi de t'éloigner, si tu tiens à la vie ^ » L'arrivée du tsarévitch avec toutes ses forces, les sommations réitérées, les tentatives de séduction, ne purent obliger Basmanof à changer de langage. Après lui avoir laissé quarante-huit heures de réflexion, un assaut fut tenté, qu'il repoussa vigoureusement. Démétrius n'avait pas de canons d'un calibre assez fort pour détruire les palissades qui formaient la principale défense de Novgorod. Ses ingénieurs polonais passèrent trois semaines à préparer des matières incendiaires et des artifices pour mettre le feu à ces retranchements de bois ; mais la nuit fixée pour l'expédition, les strelitz, prévenus par des transfuges, se trouvèrent sur leurs gardes et accueillirent les assaillants par des décharges meurtrières, qui bientôt les contraignirent à renoncer à leur projet. Cette suite d'échecs devant un misérable fort en bois, jeta le découragement parmi les Russes et les Polonais de la petite armée assiégeante. Déjà les vivres et les

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