‹ Épisode de l'histoire de Russie; Les faux DémétriusChapitre 3 sur 150 · Karamzine, IX, 4i · texte numérisé non relu

Karamzine, IX, 4i

LES FAUX DÉMÉTIIIC«. 5

pas dépouillés malgré sa tyrannie. Maintenant cette licence invétérée allait être réprimée avec une rigueur inexorable. Sans doute les peuples n'eurent plus à craindre ces accès de fureur sanguinaire qui valurent à Ivan son surnom de Tel rible y mais une surveillance soupçonneuse, assidue , pesa lourdement sur chaque famille. Le dernier tsar était une béte féroce, redoutable à rencontrer, mais dont on pouvait éviter l'approche, peut-être môme désarmer la colère; tandis que ni un acte, ni une pensée de désobéissance n'échappaient au Régent servi par d'innombrables espions. Grands et petits sentirent également sa main de fer. Dans son impassible sévérité, il chfttiait l'ignorance comme un crime, et, pour réformer un ancien abus, il inventait cent contraintes nouvelles* Plein de confiance dans la supériorité de ses lumières, et peut-être confondant de bonne foi la grandeur de sa maison avec celle de son pays, Boris pliait tout sous sa volonté, et n'acceptait ni conseils ni remontrances. Les Russes se sentirent plus esclaves que jamais sous ce nouveau despotisme , régulier et minutieux, et parfois ils se prirent à regretter les fureurs intermittentes d'Ivan le Terrible.

Les efforts des ennemis de Boris, pour détniire son ascendant, n'aboutirent qu'à le fortifier. On voulut

6 Ii£S FAUX DÉMÉTRIUS.

obliger Fédor à répudier sa femme Irène, soeur du Régeut, pour cause da tlérilité, et déjà méme^ pour lui suecéder, on désigaait la sœur do prince Mstislavsid, le premier boyard du conseil. Boris para le coup* B fit intervenir l'anlorité ecclésiastique tonte puissante sn* Te^prit de Fédor, et lai persuada quMl aérait dangereux poor la Russie de priver Démétrius d'une couronne a laquelle il semblait prédestiné. H lui montra dans l'avenir la goerre civile s'allumant entre œ prince et ses neveux, et les barbares profitant de l'anarchie pour dévaster l'empire. D «emble qu'à celte époque le droit de succession an trône ne fôt pas encore bien nettement réglé en Rnssie, et l'on peut crom que l'nsage musulman, qui attribue la couronne an pins proche descendant du foncfaiteur de la dynastie, conservait de nombreux partisans dans on pays ok les Tntares ament implanté tant de tra<fitions orientales. Quoi qu'il en soit, Fêdor ne répudia pas son épouse, et la sœur du prince Mslàs* lavski fiit contraime de prendre le voile.

Boris voulait êfare craint avant tout, mais il ne dédaignsiit pas une certaine popularité pour sa maison , et s'appli^piait avec soin à rendre sa sœur Irène chère au peuple nisse. Les rigueurs s'exerçaient au nom du tsar, et pal Fordce du Régent; les actes de

Page 1