Peyerle, p
mina bientôt. Il était facile de s'apercevoir que les Moscovites étaient mal servis parleurs espions , et qu'ils ignoraient complètement les forces réelles de leurs adversaires. L'audace des hussards et des Cosaques terrifiait les milices peu aguerries deBoris» et des milliers de cavaliers couraient s'enfermer dans leur camp à la vue de quelques fourrageurs. Dans le dernier engagement^ les Russes avaient perdu plus de deux cents hommes , mais ils avaient pris un Polonais. Cet homme, dit un chroniqueur, était ivre, et à toutes les questions des généraux moscovites, il ne répondait qu'en demandant de la bière et de l'eau-de-vie. On eut bea' i le charger de coups pour le faire parler; il mourut sous le bâton en criant a à boire ! » Chouiski le fit pendre à un sapin au milieu du camp comme pour prouver aux Russes que les Polonais n'étaient pas immortels. Ce misérable ivrogne montrait cependant qu'ils étaient des soldats déteiminés \
Après de longues délibérations , les généraux de Boris, pressés par les lettres de leur maître, et animés par la présence de plusieurs capitaines étrangers , résolurent de livrer bataille , et , le 20
g, Petrelas, p. 301
120 LBfl VAUX DCuiTRIUS.
janvier 1605, développèrent leur immense armée dans la plaine de DobrynitchL Démétrius ne leur laissa pas l'honneur de l'attaque. Il divisa sa troupe en trois corps. Son infanterie composée de quatre mille Cosaques occupa une hauteur avec son artillerie, huit mille Zaporogues à cheval formaient le corps de bataille. Démétrius lui-même, avec quatre cents hussards polonais et deux mille cavaliers russes y se plaça de sa personne à Tavant-garde. Dès que les Russes, sortant des bois, commencèrent à se former, il fondit au galop sur leur centre. A ce mouvement, la cavalerie russe plia , soit par crainte du choc , soit pour démasquer rartillerie et l'infanterie qui firent aussitôt une décharge générale. Quatorze canons et seize mille arquebusiers tirant à la fois avec la précipitation de la peur, n'abattirent qu'une dizaine d'hommes, et au même instant, parmi la fumée que le vent leur chassait au visage , les Moscovites virent briller devant leurs yeux les lances des hussards. L'avant* garde de Démétrius, de son premier élan, culbuta l'infanterie, sabra les canonniers, et fit une large trouée au milieu de la ligne ennemie. Si, en ce moment, les Zaporogues eussent chargé avec la même vigueur, on croit que Démétrius remportait une victoire complète. Mais ces Cosaques demeu-»
rèrent immobiles , et bientôt tournèrent le dos sans rendre de combat. Cependant deux enseignes de gens de pied étrangers, commandées par le Livonien Walther de Rosen et le Français Margeret, arrêtèrent la charge impétueuse de Démétrius et donnèrent aux Moscovites le temps de se rallier et de revenir au combat. Les Allemands, qui composaient la majeure partie des auxiliaires de Boris, criaient dans leur langue : Hilf Goit! Dieu nous soit en aide! C'était leur cri de guerre. II devint le cri de ralliement des Russes qui le répétaient sans le comprendre. Après avoir payé, bravement de sa personne, Démétrius , dont le cheval était blessé , tourna bride et s'enfuit, chaudement poursuivi. Heureusement son infanterie cosaque arrêta un moment les vain* queurs; pour lui, sans se soucier de renouveler une lutte désormais désespérée , il courut jusqu'à Sievsk, suivi des débris de ses hussards. Quant aux Cosaques à pied, enveloppés par toute l'armée moscovite, ils se firent tuer jusqu'au dernier en défendant leurs canons \
Si Démétrius fut trahi par les Zaporogues, achetés, dit-on, par l'or de Boris, Boris lui-même fut mal
1. Gfr. Baer, p. 48. — Peyerie, p. ao. — Margeret, p. IIS. — Pelrelus, p. 302.
f22 LES FAUX DEMÉTRIUS.
servi par ses généraux qui , au lieu de suivre leur succès, arrêtèrent leurs troupes sur le champ de bataille, et favorisèrent ouvertement la fuite du prétendant, a Qu on cesse le carnage et qu'on sonne la retraite, disaient-ils; la poule est dans le pot*. » Rien n'était fait cependant tant que Démétrius vivait encore. Il avait perdu quatre mille hommes, toute son artillerie, tous ses bagages, mais le prestige de son nom lui restait, et c'en était assez pour recommencer la guerre.
Il ne fit que traverser Sievsk , qui ne pouvait faire de résistance sérieuse, et poussa trente milles plus loin, jusqu'à Rylsk. Delà, il gagna Poutivle, toujours accompagné de ses Polonais, car il ne se fiait plus aux Zaporogues. Bientôt cependant, ces lâches qui le suivaient à la trace se présentèrent aux portes d€ PoutivJe , mais au lieu de les laisser entrer, on lei accueillit par des volées de canon. Ils se dispersèrent
1. L*ex pression employée par Petrelus, qui sans doute Ta prise à Baer, lequel Ta traduite du russe, est en allemand : Sie hetten schon den reehten Hahn gefangen; Pétrelus, p. SOa, M. Oustrialof Va retraduite ainsi en russe : Popalsia kour vo chtchiy la poule est tombée dans la soupe aux choux. Ghouiski et les chefs rosses voulaient taire croire aux soldats que Démétrius était pris, ayant intérêt à ce que la victoire de Boris ne fût [las complète. Y. Baer, 48 et note 52, p. 945 et suiv
LB6 FAUX DÉMÉTftlDS. 4t3
alorS; et Tegagnèvent lans campemenls habituels sur
les bords du Dnieper ^
Pendant que Démétrius déployait toute son activité à mettre Poutîvle en état de défense, qu'il rassurait ses partisans et cherchait partout de nouveaux soldats, les généraux moscovites ne songeaient qu'à se faire payer leur victoire. A la lenteur de leurs mouvements, on eût dit qu*ils voulaient éterniser la guerre, et sans doute telle était leur intention , per* suadés que tant qu'elle durerait, Boris aurait à compter avec eux. Aussitôt après la victoire de Dobrynitchi, Gbouiski avait renvoyé une partie de ses troupes qui, dismt-ii, faute de vivres, ne pouvaient tenir plus longtemps la campagne. En effet, à cette époque on ne savait en Russie ce qu'étaient des magasins et des approvisionnements militaires. Chaque soldat pourvoyait à sa subsistance par sa propre industrie^. Quoique fort réduite, Tarmée russe, bien dirigée, suffisait à exterminer les débris des rebelles. Mais Ghouiski, au lieu d'aller chercher le prétendant à Poutivle, s'amusa à faire le siège de Rylsk. Boris, mécontent de lui et le soupçonnant peut-ôlre de traluson, rendit le commandement à Mstislavski h