Baer, p
LES FAUX DSMÉTRIDS. 135
giqne ne dominait plus son corps brisé par la fatigue. Tout à coup il chancela et s'évanouit. Au bout d'un instant, il reprit connaissance^ mais il se sentait frappé à mort. Reyétu d'une robe de moine ^ comme un malade désespéré, il reçut les sacrements, et, selon l'usage du temps, prit un nom de religion*. Le même jour il expra entre les bras de sa femme et de ses enfants. H est probable qu'épuisé par le travail et les veilles, il usa le reste de sa vie dans ses e£Porls pour montrer un front serein à sa cour. Cependant il ne trompa personne. Le peuple crut même qu'il s'était empoisonné. — ail s'est fait juslice, disait-on. Il a prévenu la vengeance du prince dont il a usurpé le trône. Il a vécu en lion , régné en renard, il meurt comme un chien.*» Tel fut le sou-
1. Bogolèp, Agréable à Dieu. Lettre du patriarche Job. Gos, Gramoty, n, p. 189.
2. Baer, 58.— Peyerle, p. 33.— Margeret, p. 118. Lubienski, Op. Potth., p. 155. --Selon quelques annalistes, Boris s'évanouit en sortant de table et cette circonstance a pu donner Heu au bruit d'un empoisonnement. Dans la suite on accusa Basmanof de ravoir empoisonné; mais il ne semble pas qu'aucun de ses contemporains ait partagé cette opinion. Le suicide est trèsînvraisemblable à mon avis, cependant il n'est pas impossible que Bons ait voulu se dérober par une mort volontaire aux traitements ignominieux que le vainqueur pouvait lui réserver. Depuis longtemps il était attaqué de la guutto et les
136 LES rAUX DÉMÉTRIUS.
venir que laissait à ses contemporains cet homme dont l'administration et le règne contribuèrent puissamment à préparer la grandeur de la Russie. Pas une larme ne coula sur sa tombe : les services qu'il avait rendus à son pays étaient depuis long* temps oubliés. La calonmie qui Tavait poursuivi pendant toute sa carrière n'épargna pas sa mémoire. On le maudit pour son ambition , son despotisme , sa sévérité y pour le crime enfin , peut-être supposé y auquel il dut le trône. Aujourd'hui on peut se demander si son amour de l'ordre et sa ferme volonté d'introduire d'utiles réformes dans son pays ne furent pas les motifs réels de la haine que lui vouèrent ses contemporains.
eruelles émotions qu'il éprouva pendant les derniers Jours de sa Tie suffisaient bien pour occasionner une crise Tatale. V. ramzine, XI, p. 234.
Dès le lendemain de sa mort, le corps de Boris fut porté dans la sépulture des tsars, où il ne devait pas demeurer longtemps, et cet ensevelissement précipité ne contribua pas peu à confirmer le bruit de son suicide ^ Aussitôt après, le patriarche Job, et les boyards du conseil prêtèrent serment de fidélité à son fils Fëdor, ftgé de seize à dix-sept ans. A leur exemple , tous les fonctionnaires publics et les strelitz de Moscou s'empressèrent de baiser la croix devant le nouveau tsar \ La mort de Boris avait été si prompte , si inattendue , que les partisans de Démélrius n'avaient pas eu le temps de se préparer.