Baer,p
i. La formule de ce senneni, qid s^est conservée, défend d*obéir au bandit qui prend le n m de Démétrius, mais on ne rappelle plus Otrepief. Karamziiie, XI, p. 247, prétend que ce fût un oubli de la part des lH>y irds ; ne serait-ce pas plutôt parce que la fable du molBv aposta ne trompait déjà plus personne? Go«. Gramotyy U, f 199
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D'ailleurs, avant d'essayer de soulever le peuple de la capitale, il fallait attendre que l'armée se déclarât. La cérémonie des funérailles et celle de la prestation d'hommage étant terminées à Moscou, Basmanof partit pour le camp devant Kromy, chargé de recevoir des troupes le serment de fidélité au nouveau tsar. En effet , le sort de l'empire dépendait du parti qu'elles allaient prendre, et la tsarine veuve de Boris, ainsi que le patriarche son conseiller, crurent obéir aux dernières volontés du tsar défunt^ en confiant «on fils et son armée au meilleur de ses généraux et au plus fidèle de ses sujets. Hien alors ne permettait de mettre en doute le dévouement de Basmanof . Il venait de résister aux séductions comme aux armes de Démétrius. Avec le renom d'babile capitaine, de loyal soldat, il semblait le seul homoKî qui pût étouffer la rébellion. H quitta Moscou plein d'espoir, et résolu de combattre pour ie fils de sor. bienfaiteur.
A son arrivée au camp devant Kromy, Basmanof trouva la place réduite aux abois par le manque de vivres et de munitions, naais Farmée assiégeante, travaillée par la dyssenteric et déjà instruite de la mort de Boris, lui parut découragée et plus qu'à moitié séduite. Le prince Fêdor Mstislavski était en
querelle ouv^te avec Ivan Godounof, frère de Boris, qui commandait une partie des troupes. Les boyards et les gentilshommes n'étaient pas moins divisés que les généraux. Personne ne se souciait plus d'obéir maintenant que Boris était mort; chacun prétendait gouverner l'empire , en exploitant à son profit la faiblesse de l'enfant qu'on venait de couronner. Cependant Basmanof rassembla l'armée et proclama le tsar Fêdor Borissovitch, sans qu'il s'élevât le moindre murmure. On lut la lettre du patriarche, la formule de serment; officiers et sol-* dats baisèrent la croix avec le cérémonial ordinaire* Le prince Mstislavski et Ghouiski retournèrent à Moscou y mandés par le jeune tsar qui Toulmt donner au conseil de l'empire l'autorité de leurs noms*. Après leur départ , le commandement de l'armée fut divisé entre le prince Galitsine^ Ivan Godounof et Basmanof. En voyant arriver an camp le héros de Novgorod, on crut que les opérations militaires
1. J'ai suivi la version de tous les annalistes russes. Suivant le seul Zolfciewski , Ghouîskî aurait fait prêter serment aux troupes, et leur aurait déclaré que le prétendant était un irapostear,prenantà témoin un desNagoî, qui disait avoir ense- ▼elilui-mème son neveu.1l me paraît plus probable que Cfiouiski au contraire évita , selon son usage, de se déclarer ouvertement dans cette circonstance. HN. de Zolkiewski, p. lit.
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allaient prendre une face nouvelle; il n'en fut rien. Le siège, ou plutôt le blocus^ fut conduit avec la même mollesse qu'auparavant , mais en même temps les secrets pourparlers entre les insurgés de Poutivle et les assiégeants continuèrent avec plus d'ac* tivité que jamais.
Tro^s semaines se passèrent de la sorte sans que Démétrius parût se mettre en peine de secourir la garnison de Eromy ^ sans que les Moscovites tentassent un nouvel assaut contre Korela , ou songeassent même à battre la campagne aux environs. Enfin, vers le milieu de mai 4605, Démétrius fit sortir de Pou* tivle un escadron de hussards polonais et cinq cents Circassiens* qu'il venait d'enrôler. A leur tête était un capitaine polonais nommé Zaporski, qui marcha audacieusement contre le camp moscovite, semant partout le bruit que sa troupe formait Tavant-garde d'une immense armée. Il était précédé par un Cosaque porteur d'une lettre de Démétrius pourl'ataman Ko' rela et les notables de Rromy, dans laquelle le prince
1. Peyerle, p. 27 et suiv. Piatigortsi, gens des cinq montagnes. Sous ce nom sont désignés dans la carte de Fêdor Borissovitcb les hordes duKouban et du Térek. Ces montagnards se louaient pour combattre à qui voulait les payer. Les Pia* tigortii sont les Kabardiens actuels, branche de la nation drcassienne, soumise à la RusiJe.
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leur annonçait l'approche de son avant-garde, composée, disait-il 9 de deux mille hussards et de huit mille cavaiit;rs russes. Lui-même n'attendait, pour venir à leur secours, que l'arrivée des forces polonaises, au nombre de quarante mille hommes, éloignées de seize milles seulement de Poutivle. Selon toute apparence, cette lettre n'était qu'un prétexte offert par Démétrius aux généraux russes que ses agents secrets avaient déjà séduits. Il fallait effrayer les esprits timides et chancelants, et d'ailleurs on eût rougi de se soumettre à un prince qui n'avait pour armée que quelques bandes de Cosaques*.
Les Moscovites occupaient deux camps autour de Kromy, séparés par un des affluents de TOka. Le premier, 80118 le commandement de Basmanof et de Galitsine, je second aux ordres divan Godounof, un peu plus éloigné de Poutivle. Le Cosaque expédié
t. peyerie, p. 31. — Baer, p. 58.— Peyerle prétend contre toute vraisemblance que la lettre de Démétrius fut supposée par Zaporski et que Galitsine et Basmanor en furent dupes. Mais la manière dont fut conduit le siège de Kromy, depuis Tarrivée de Basmanof, ne laisse pas de doutes sur les intelUgences de Démétrius avec les chefs de Tarmée assiégeante. Je suppose que Peyerle tenait son récit de Zaporslii lui-même, mais on sait que les subalternes s'attribuent toujours le rôle principal dans leurs relations.
par Zaporski , bien aa fait du ràle qu'il avait à jouer, se fit prendre par les avant-postes de Basmanof , livra ses dépêches , et, avec une imperturbaUe assurance 9 donna tous les détails qu'on voulut sur les forces innonabrables de DémétriuSy et l'arrivé^ prochaine de ses prétendus auxiliaires polonais. L'interrogatoire du prisonnier avait lieu en présence d'un grand nombre d'officiers. Il se fit un profond silence y quand le Cosaque eut achevé son récit, chacun cherchant à pénétrer les sentiments de ses compagnons. Enfin Basmanof s'écria : « La Providence s'est déclarée ! C'est Démétrius qu'elle veut nous donner pour maître. Ne résistons plus à ses décKets!» Le {»ince Galitsine s'empressa d'avouer qu'il était du même sentiment , et dès lors il ne fut plus question que des mesures à prendre pour entraînes* l'armée. La défection de Basmanof ne fut pas soudaine et provoquée par la lettre de Démétrius, mais elle fut sans doute le résultat des observations qu'il fit depuis son arrivée devant Kromy. Témoin, du désordre qui suivit la mort de Boris , pénétré de mépris pour la faiblesse du nouveau tsar, et craignant l'ambition de la nombreuse famille des Godounof , il jugeait qu'il valait mieux, pour lui d'abord, et peut-être pour la Russie elle-même, se jeter dans
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les bras d'un prétendant dont il n'était pas la dupe, maïs dont l'audace et le courage lui arrachaient une admiration involontaire. H respectait le vaincu de Dobrynitchi et méprisait, au fond de Tàme, un enfant gouverné par une femme et par un vieux prêtre. Il dut se dire encore, que parvint- il à conserver la couronne à Fêdor Borissovitch , le général vainqueur des rebelles ne serait jamais auprès de son souverain que dans un rang inférieur à celui du moindre de ses parents les Godounof , tandis qu'un aventurier, sans famille, accorderait la première place au capitaine qui lui ouvrirait les portes de Moscou.
Sûr de L'assentiment des principaux officiers russes, Basmancf jugea prudent de mettre dans ses intérêts le commandant des mercenaires étrangeis, qui-, disposant d'un corps de quatre mille soldats bien discipliné;, pouvait jeter un grand poids dans la balance, si la question devait se décider par les armes* En conséquence, il manda dans sa tente le baron de Rosen, que nous avons vu combattre vaii* lamment à Dobrynitcbi , et, sans préambule, l'engagea à se joindre à lui pour proclamer le tsar Démétrius. Dans le premier moment, Bosen crut qu'on lui tendait un piège, et se récria en protestant de sa
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fidélité. II se rendit bientôt cependant, dès qu'il eut reconnu les véritables dispositions des généraux russes. Ce fut chose facile de convaincre les officierSy mais les soldats montrèrent quelques scrupules. L'approche de la prétendue avant-garde polonaise , c'est-à-dire de la petite troupe commandée par Zaporskî y acheva de décider les incertains . Entraînées par leurs chefs, les troupes de Basmanofet deGalitsine crièrent: «ViveDémétrius tsar de Russie!» trois semaines après avoir crié : a Vive Fêdor Borissovitch!»
Au bruit de ces acclamations, au tumulte qui venait d'éclater dans le camp de Basmanof , les généraux qui occupaient l'autre bord de la rivière , mirent leurs troupes sous les armes , et envoyèrent demander la cause de ce mouvement inattendu.
D'abord on leur répondit qu'une grande armée polonaise s'avançait, et qu'on se préparait à la recevoir. Bientôt Basmanofet Galitsine^ parurent sur le
1. Karamzine (XI, p. 251 ), d'après les Annales de Nikon» rapporte que Gaiitsine feignit de ne céder qu*à la violence, et joua la comédie jusqu'à se faire garrotter. (Nikon, p. 66.) Ce récit est évidemment inexact. Démétrius, au contraire, dans une lettre qui s'esi conservée , attribue à Gaiitsine la défection de Parmée. Gos. Gramoty, II, p. 198, lettre de Démétrius à madame Sophie Mniszek, starostine de Sanoci (la belle fille de George Mniszek).
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pont qui séparait les deux corps d'armée, t Soldats^ « s'écria Basmanof élevant au-dessus de sa tête la a lettre de Démélrius d'où pendait le sceau impérial, «voici Tordre de notre tsar Démétrius Ivanovitch , a que le traître Boris avait voulu faire périr. Sauvé « par la divine Providence , il est notre légitime c( souverain. Que les Russes fidèles passent de ce « côté ! Quant aux traîtres , qu'ils s'attendent au sort ce de Boris et de ses complices 1 » A ces mots s'éleva un afifreux tumulte. Les sabres furent tirés , et quelques compagnies se chargèrent. Cependant le nombre était pour les partisans de Démétrius^ soutenus ^ d'un côté, par les Polonais de Zaporski^ et de l'autre par une sortie des Cosaques de Korela. Les troupes fidèles àFêdor^ intimidées, mirent bas les armes. Plusieurs chefs s'enfuirent, beaucoup de soldats se dispersèrent sans vouloir prendre de parti. Quelques bataillons allemands gagnèrent Moscou en bon ordre *» Ivan Godounof fut arrêté et chargé de chaînes^ et Basmanof prit le commandement général.
1. Cfr. Baer, p. 53. — Peyerle, p. 87-32. Il résulle du récit trè&*circonstaDCié de Peyerie que le baron de Rosen et une partie des Allemands se déclarèrent des premiers pour Démétriuâ. Baer, qui ne veut pas qu*un de ses compatriotes puisse être un trattre , attribue à tous les mercenaires allemands la conduite de quelques bataillons.
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Dès le lendemain le prince Galitsine se rendit k Poutivle avec quatre mille hommes y emmenant avec lui Godounof prisonnier. Ce ne fdt pas sans surprise que ses soldats virent que cette armée formidable dont on leur annonçait rapproche, ne se composait que d'une poignée de hussards et de quelques milliers de Cosaques; mais il était trop tard pour se dédire. Présenté à Démétrius, Galitsine se prosterna en le suppliant d'user de clémence envers des sujets égarés et repentants. — «Nous avons été tellement « séduits par les ruses de Boris , dit-il , qu'à sa mort « nous avons reconnu son fils« Nous avions promis « de combattre un certain Grichka Otrepief , mais « non pas notre tsar l^itime. La formule de ser- « ment nous a été dictée autrement que nous ne € pensions. Nous ne pouvons tirer Tépée contre « notre souverain, et dès que nous avons connu la c vérité , nous sommes accourus auprès de toL Rea prends le trône de tes glorieux ancêtres , et règne « longtemps et heureusement sur nous! ^ » Démé-
I. Go$. Gramoiy, II, p. 19S-S. Lettres de Démétrîus à SUaislasMoiszek et à sa femme Sopbie, S4 mai 1605.^On lemarquera que cUns ces lettres Basmanot n^est pas même uommé, mais seulement le prince Galitsine. U n'en faut (>as conclure, je pense» que Basmanof ne Joua qu'un rôle secondaire; la
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trius reçut ses nouveaux sujets avec son affabilité ordinaire. D diargea Basmanof de prendre le serment des troupes rassemblées autour de Kromy^ et lui-même se disposa à marcher à leur tête sur la capitale ^ où ses émissaires lui annonçaient qu'il était impatiemment attendu.
Cependant Fêdor occupait encore le Kremlin , et Moscou lui obéissait. Une grande ville bien fortifiée , renfermant une garnison nombreuse et une population immense j ne pouvait être enlevée par un coup de main, et il semblait téméraire de se présenter sous ses murs avec une armée plutôt surprise que séduite. Démétrius voulut sonder les dispositions de ses habitants* Les premières lettres qu'il leur adressa furent interceptées, et ses émissaires égorgés par les Godounof qui commandaient au nom de Fêdor. Sans se laisser intimider par cet exemple y le 4«' juin 1605, deux gentilshommes russes Pouchkine et Plestcheîef, porteurs de nouveaux manifestes, arrivèrent à Krasnoé Sélo, gros bourg
faveur dont il joaU dans la suite auprès de Démétrius, prouve que celui-ci appréciait toute Timportance du service rendu. Hais le prétendant voulait faire croire, même à ses amis, qu'il était proclamé par Tenthousiasme populaire, et il se garde de fiiire mention de ses principaux agents.
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près de Moscou, habité par beaucoup de riches marchands qui avaient leurs comptoirs dans la capi> taie. Là • ayant réuni les anciens et les notables , ils donnèrent lecture d'une lettre de Démétrius contenant la promesse d'une amnistie en cas de soumission immédiate y et la menace d'un châtiment terrible si Ton difiEerait à obéir, a Si mes envoyés ne revien-
< nentpas avec une réponse satisfaisante , disait-il en a terminant, je ne ferai quartier à personne, non
< pas môme aux enfants à la mamelle. * » Pouchkine et Plestcheïef, accompagnés d*uu
grand nombre d'habitants de Krasnoé Sélo , qui devaient leur servir de sauvegarde, entrèrent àMoscou, et, appelant le peuple sur la grande place, l'invitèrent à reconnaître et à proclamer leur légitime souverain, Démétrius, fils divan. La plupart des boyards du conseil se joignirent à eux ainsi que plusieurs exilés illustres, qui, sur le bruit de la mort de Boris, s'étaient empressés de revenir à Moscou. Le peuple, déjà travaillé par les émissaires de Démétrius, fit retentir la place de ses acclamations, et en un instant la révolution fut consommée. Un contemporain raconte que Basile Ghouiski , celui-là même qui avait
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présidé l'enquête sur les événements d'Ouglitch, fut sommé par les Moscovites de déclarer s'il était vrai que Démétrius ne fût pas mort. Sans hésiter, Chouiski répondit que le cadavre exposé à ses yeux n'était pas celui du tsarévitch, mais celui du âls d'un pope égorgé à sa place *. Sur cette déclaration, accueillie avec enthousiasme, la populace se porta au Krem ^ lin, se saisit de Fêdor, de sa sœur Xénia et de la tsarine veuve de Boris. On les conduisit hors du palais dans la maison que Boris occupait avant son avénemen (au trône. Ils y furent traités avec égards, mais en prisonniers, et une garde nombreuse veilla autour d'eux pour prévenir toute tentative d'évasion , jusqu'à ce que le couveau maître eût ordonné de leur sort. Quant aux Godounof , frères ou parents de Boris, tous furent chargés de fers, et, au milieu de mille outrages, envoyés à demi nus, sur de méchantes charrettes^au camp du vainqueur^. Aucun d'eux n'essaya de résister, et pas une épée ne
1. Er berichtete da$x Demetriuê des Borii Gudenctos Nachstellung entkommen, und einei PrUstes Sohn an seiner Stadt erschlagen, und furstlichbegraben worden, Petreîus, p. 310. — Chouiski n'aimait pas Boris; il savait que Démétrius s^avançait à la tête de cent mille tiommes, et il ne se souciait nullement d*être martyr pour la cause ie la vérité.