JUtiy
t. Pour tous Ies,détaUs suivants , voir le procès-verbal de Tenquête tenue à Ouglitch dans le tome II du Sohranie goso darttvennyk gramot^ p. 103 el suiv., et la note A, à II fin de ce volume.
OU avec lequel il taillait un «iKWceau de bois. ToDt à ^Douplanoumcel'aperçut qui se débattait baigné dans Éou sang. U avait ime large plaieà la gorge, et il expira Sans pn>£érer ane parole. Aux cris de la noumoe , ia tsarine accowt, et, dans la première furie de s&n désespoir, s'écrie qu'on vient d'assassiner son fils. ËUe se jette ^r la gouvernante qui devait le surveiller, et, armée d'une bûche, la frappe à coups redoublés, l'accusant d'avoir inbxxiuit desmaolriers qui viennent d'égorger son enfant. En même temps, préoccupée sans d(»ite de ses réoents démêlés avec Bitiagofski , elle invoque contre cet homme la vengeance de ses frères et des serviteurs de sa nuûson. Survient Michel Nagoï, sortant de table, et dans un état d'ivresse, au dire de (dusieurs témoins. A son tour, il frappe la gouvernante, et ordonne de sonner la cloche d'alarme à l'église du Sauveur voisine du palais. En un instant Tenclos se remplit d'habitants d'Ouglitch et de domestiques, qui accourent avec des fourches et des haches, croyant que le feu est au palais du tsarévitch. Avec eux arrive Bitia^ski^ accompagné de son fils et de gentilshommes attachés à la chancellerie. Il essaie de parler pour apaiser le tumulte, et d'abord s'écrie que l'enfant s'est tué lui-même en tombant sur son couteau «
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dans mie altaqne 4'épvlepsle, maladie dont il étnt notoîrementmtteÎBt.— « Voîlà temeurtriert » s'écrie la tsanne. Aussitôt cent bras se lèvent ponr le frapper, fl s'enfuit dans une des maisons de Tenclos, et s'y barricade pour un moment , mais on enfonce la porte , et on le massacre. Son fils est égorgé auprès de lui. Quiconque élève la voix pour le défendre, quiconque est reconnu pour lui appartenir, est aussitôt chargé de coups et mis en pièces. La gouvernante Vassilissa , couverte de sang, à demi morte auprès de la tsarine , gisait à terre , têle nue et les cheveux épars , car les serviteurs des Nagoï lui avaient arraché son bonnet, outrage plus indigne que les coups de bâton dans les idées des Russes, à celte époque. Un serf de cette femme, touché de sa honte, ramasse le bonnet et le lui remet sur la tète; on le massacre à ÏTnstant*. Cette foule furieuse , toujours poursuivant et frappant ceux qu*on lui désigne , porte à l'église le corps sauvant du tsarévitch. Là, on traîne Daniel Volokhof, le fils de la gouvernante, qu'on savait lié avec Bitiagofski. Il n'en fallait pas davantage pour qu'ail f&t déclaré son complice, et aussitôt
t. Got, GroMWt^j II , ^ Mfi, iléposiliOB de Vassilissa Vo
égoi^é aux yeux de sa mère, devant le corps du jeune prince*. Ce fut à grand'peine que les prêtres de l'église du Sauveur arrachèrent des mains de la multitude Vassilissa et les filles de Bitiagofski. 1 utes ces femmes cependant furent enfermées dans un des bâtiments dépendant de la cathédrale^ et des gardes furent placés à toutes les avenues.
Une douzaine d'employés de la chancellerie da tsar, et quelques habitants d'Ouglitch, soupçonnés de connivence avec les assassins, périrent ainsi dans cette émeute soudaine , où les massacreurs tuaient au hasard tout ce qui s'offrait à leur rage. On les pourchassait com%ie des lièvres^ dit un des témoins dans son interrogatoire ^. Deux jours après, la tsarine^ qui venait de dénoncer les assassins prétendus, changea d'idée et s'avisa qu'une naine , qui venait quelquefois Famuser par ses bouffonneries, avait jeté un sort au tsarévitch. Elle fit tuer cette malheureuse à coups d'arquebuse , et le corps fut jeté à Peau sans autre forme de procès*.
1 Croi. Gramoty^ II, p. 106, déposition de Vassilissa Vo« lokhof.
a. id.y ihid.
3. Id,y p. 106, 107, déposition de Vassilissa, et de Rousîne Rakof, baiUi d'Ouglitch, p. ISI. Probablement on jeta le corps
De leur côté, les Nagoi avaient cuvé leur vin et réfléchi, non sans terreur, aux conséquences de cette affreuse boucherie. Massacrer des secrétaires et des officiers du tsar n'était pas une action qui pût demeurer impunie sous un ministre aussi jaloux de son autorité que Fêtait Boris. Les cadavres des victimes de Féchauffourée avaient été jetés çà et là, sans sépulture. Michel et Grégoire NagoI, à défaut de preuves qui constatassent le meurtre du tsarévitch , résolurent d'en inventer. Ils produisirent des couteaux , des sabres , et d'autres armes, trempés dans le sang d'une poule, qu'ils prétendirent avoir trouvés entre les mains des officiers tués par la populace d*Ouglitch , et ces armes, disaientrils, avaient servi à frapper le jeune Démétrius. n fut prouvé qu'un des Nagoï avait donné au bailli d'Ouglitch un poignard tartare*, pour le mettre sur le cadavre de Bitiaigofski ou de quelqu'un de ses compagnons , et Ton constata que ce poignard
à Peau pour voir, selon le préjugé du temps, s'il surnageait ou s'il enfonçait. On sait qu*à cette époque on croyait dans toute rEorope qu*une sorcière flottait sur l'eau. Mais à Ouglitch OB commença l'expérience par tuer la prétendue sorcière. 1. Nagatskii noj, DéposiUon de Rakof, et de Michel Nagui,
ma.
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appartenait en effist à Gvégoire NagoI\ Tous ces laits furent établis dans une enquête ordonnée
1. Go$, Gramoty. Cette circonstance donne tien à une conjecture qui ne paraît pas avoir été approrondie à Tépoque de TévénemcDt. H résulte de Penquète faite pea de jours aprèsia mon 4u isarévitcb, qu*îl avait une Messure à la goi^e, mais les eommissaires envoyés de Moskou ne s'avisèrent pas de vérifier si elle provenait du couteau de Tenfant ou de toute autre arme. Ce point était cependant capital, et Texamcn de la blessure suffisait pour décider si la mort du jeune prince devait être attiibuée à un accident ou l)ien à un crime. A cet égard, pourtant, Tenquête ne fournit aucun renseignement précis. Mais, pour que les Nagoi attribuassent à un des assassins un fcignard tartare, pour qu'ils produisissent des subres panai les axwes dont ils les accusaient d'avoir fait usage contre le tsarévitcb^il fallait que la blessure de ce dernier ressemblât à celle que pouvaient faire de semblables armes. Un poignard tutrtare » nagaïskii noj, est un long coutdas à lame lar^, à deux Usaschants. Or, les témoins de l'aventure, la nourrice, la gouvernante et les menins déposent que le isaréviicti jouait avec un petit couteau, no/âfc; et j en effets, il n'est pas vraisembtaMe qu'on laissât un grand poignafd entre les maiias d'un eafani qui avait des accès de frénésie. Les Nagoï qui avaient porté Je cadavre dans l'église, avaient-ils perdu le sens pour donner des sabres et des coutelas à ceui qu'ils voulaient faire passer pour des assassins, si la blessure du tsarévitch indiquait un petit couteau? Remarquons d'un autre côté que bien que les trois femmes et les quatre menins déposent que Démétri us s'est percé de son couteau sous leurs yeux, leur déposition est fort suspecte , attendu que ces sept témoins chargés de surveilk^r l'enfant, soin dont ils se sont fort mal acquittés sans doute, sont disposés naturellement à mentir pour se justifier. En
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par Boiis an nom da tsar, inunédttiement aprbs ré?àieaiaiL U «¥âk aoinnpié trois commissaires ^
outre, les termes de leur déposition, qui sont les mêmes, ^seitasl «I fea «ne leçon «pfHrîse pat cœur. Ajooions qn« la dépofiiliwi des témems «pri aeeusobt MîcImI et Gj'égoire Ifagel 4i*«ipeir ))lacé des arfiies tn^rès des prélfeiHlfis eofipabtes , «e tilt q«e très-faibleiiient contredite far Orégoirc, eC qn^elte Ait confirmée par Taveu de Miciiel, notaminent <!|«ant à ta su);po~ siHon du poignard tartare. Ne ponrraiv-on pas inférer de ta qve le coup mortet f^tt porté au jeune prince par un homme «t avec farme redoutable d^nn assassin ? Il parait d^'ailieurs constant qrie personne ne vit, ou ne voulnt voir la tra-gédie, et qnelestéaioins intimidés s*empressèrent de confirmer le mot de BitiageC>ki , que le tsarévitcb sV!ail percé h gorge 4uinteedans un accès d'épilepsie. — Qu'il fût atteint de cette maladie , €*est vn fait avéré par des témoignages irrécui^ables , Botamment par celui d* André If ago!, qui dépose que l'enfint, dans un de ses accès, avait une fois l)le8sé sa «ère d*nn eMp de couteau, et une autrefois mordu au bras une dé ses cousines. (Déposition d'André Nagoï, p. 100.) — L*enquèle qui eut Heu à Oogiitcb , et dont le procès-verbal existe «acore en original dans les archives de Vempire à Moscou , a été taxée de faux par la plupart des historiens russes et même pas riUustve Karamdne. Selon ce dernier, tous les témoignages forent fat-* sifiés ou arracibés par l*intimidation. luges et témoins auraient cédé à la crainte que leur inspirait 9oris. i\ est vrai que ce procès-verUal doit inspirer nne eetlaine défiance, mais je ne paise pas qu*ea doive pour oéla rejeier de parti pris, les setis renfHîi'giiemeiits circonsHMciés et authenti^iues qui enstent snr ce mysiérîeax évéttement It ne faat pas s'attendœ à trouTer dans une pièce datée de 4*jmaée 1^1, ces formes ingénieuses et prudentes qu'une longue expérience a intr»»
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dont le principal fut le jffince Basile GhouUki, personnage dont le rang , la naissance , la fortune , le caractère indépendant et même un peu frondeur,
daites aujourd'hui dans la procédure de toutes les nations policées, et je crois qtt*il serait souverainement injuste de voir de la prévarication, là où il n*y a peut-être que de IMgnorance. Qu*on ne s*étonne donc pas de ne rencontrer dans Fenquète ni rapport de médecin, ni autopsie du cadavre, ni comparaison de la blessure avec Tarme qui Ta faite. Qui peut dire que dans le reste de TEurope on se fût avisé alors de semblables recherches? Et Fenquète eut lieu dans un pays et dans un temps où Ton fusillait une femme sur le soupçon de sorcellerie. Il me parait également impossible d'admettre que tou$ les témoins cédèrent à Tintimidation , quMls mentirent soit pour plaire à Boris, soit même par la seule appréhension de le trouver coupable. Plusieurs d*entre eux , surtout les ecclésiastiques qui venaient d*arracher quelques malheureux à la rage de la populace, étaient par leur position et leur conduite dans cette catastrophe, à Tabri des vengeances du Régent. Tous chargèrent les Nagoi d*une voix unanime.
Si Démétrius fut assassiné , comme on peut le soupçonner diaprés les indices que j*ai rapportés sur la nature de la plaie quMl avait à la gorge, il est probable qu*un seul meurtrier, qui peut-être s'échappa , lui porta le coup mortel. Les malheureux qui Turent mis en pièces par les habitants d'Ouglitch n'avaient commis d'autre crime que celui de contreH^arrer les Nagol dans leurs prétentions, et de contrôler peut-être trop sévèrement leurs dépenses. Le massacre dOuglitchfalt une vengeance illégale mais juste^ dit Karamzine (X, p. 103). C'est un mot qu'il aurait dû laisser à Danton et à ses pareils» et qu'on s'étonne de trouver chez un historien si éclairé et d*ordinaire si impartial.
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garantissaient sinon un examen impartial y du moins la libre défense des accusés ^ Enfin , il faut ajouter que Barile Ghouiski appartenait à une maison hostile à la politique de Boris , et que j soit avant y soit après Tenquéte , loin d'obtenir la moindre faveur, il fut sans cesse y ainsi que toute sa famille , en butte aux soupçons du Régent, à ses persécutions même.
Cest ainsi qu'il fut exilé plusieurs fois, et qu'on lui refusa toujours la permission de se marier*.
Les Nagoï se défendirent fort mal. C'étaient des hommes sans énergie et sans intelligence. Aucun d'eux n'avait vu frapper le tsarévitch. Grégoire nia faiblement la tentative de corruption contre le bailli d'Ouglitch; Michel en convint, et aucun des deux frères ne put produire un indice matériel du crime supposé de Bitiagofski. En ameutant la populace contre lui, ils avaient saisi l'occasion de se venger d'un homme avec lequel ils étaient sans cesse en discussion pour des affaires d'intérêt personnel. Il est vrai que la tsarine avait d'abord désigné Bitia-
1. Basile Chouiski avait été élevé, dit-on , dans la maison des Nagoî. Ms. de Zolkiewski , 12.
a. Margeret, p. 12S. — Karamzine, XII, 326. — Selon Zolkiewski , il aurait été emprisonné , ainsi que son frère Ivan ; son troisième frère, Alexandre, suivant le ipAme auteur, aurait été mis à mort. Ms. du Zolkiewski , 10.
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gofski comme l'assassin, mais il était eo ce momeot loin du palais, ^ il n'est pas surprenant cpi^une mère, dans l'empoilement de sa douleur, ait prononcé son nom au hasard. En effiet, htesÊÙt après, oubliant ses soupçons contre le maiiieureux aeeiétmre de la chancellerie, die avait tourné sa fureur contre une autre victime. Deux jours plus tard, elle ne croyait déjà plus eHennème à un assassinat, car elle accusait une pauvre femme d'avoir ensorcelé son fils. La tsarine ne fut pas interrogée par les corn* missaires, sans doute par respect pour la mémoire divan le Terrible, mais die confessa spontanément son repentir. Ayant mandé ati{»ès d'elle le métropolitain Géiase, elle avoua que la naort de Bitiagofski était an crime et un péché y et supplia ie prélat d^intercéder auprès du tsar pour obtenir son pardon et celui ànmisércb^i^er de ^rre, son fièreJilichd^. A ces aveux accablants se joignirent d'autres dépositions qui semblent ridicules aujourd'hui, mais tpti à cette époque devaient produire une profonde impression à la cour de Moscou. On accusa Michel Nagoï d^enlretenir des sorciers pour faire des malé-
l.Gos, Gramotyfll, p. 191, déposition de Gelase.-^BeiInyt teherv, pauvre ver de terre, est une expression usitée autre* fois dans les placets pour désigner le suppliant
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fiées contre le tsar. Toute F Europe était encore entichée de la croyance aux sdenees occultes, et, peu d'années auparavant, les ligueurs de Paris pr^daient à l'assassinat de Hemn DI par des conjurations magiques. En effet, un astrcdogoe vivait dans la maison de MBehel, ^ quel que fût Tusage <pi'il fit du savoir de ce misérable, c'en était assez pour attirer l'indignation de Fëdor et celle de s<hi ministre loiÉ puissant ^
Un jugement ne se fit pas attendre, rendu, comme il semble^ anree q^lqoe solennité, et sanctiomié par Favis d\ifie assemblée nombreuse de dignitaires ecclésiasiiqttes. La tsarine douairière, obKgée de pr^odre le vo^ sous le nom de Marfa, fut reléguée dans le monastère de Saint-Nicolas, près de Tchelepovets, et ses deux frères, Midid et Grégoire, furent exilés loin de la capitale. En même temps on faisait des funérailles magnifiques à Bitiagofskî et à ses compagnons, et un service solennel était célébré en leur honnetir. Quant aux baWtants d'Ouglitcb, qualifiés do rebelles, on sévit contre eux avec une
1. 6of . Gramoty^ II, p. 1S3. A cette époqœ, il n^y avait gaère de i^nœ ou de grand seigneur qui à'tAi son astrologie ou son magicien attaché à sa personne. En ttussie on se servait ordînatreneot de Finnois pour les opératioDS de soicellerie.
rigueur approchant de la cruauté. Plus de deux cents périrent dans les supplices; d'autres eurent la langue coupée ou furent jetés dans des cachots. Déjà la terreur en avait dispersé le plus grand nombre, et une cité autrefois florissante était devenue un désert *. Le reste des malheureux habitants fut envoyé en Sibérie, province conquise et , pour ainsi parler, découverte sous le règne d'Ivan, mais encore presque inhabitée. Ils y fondèrent la ville de Pelim, une des premières colonies russes dans ces contrées sauvages. La colère du Régent s'attacha jusqu'aux objets inanimés, aux souvenirs matériels de ce forfait mystérieux. Le palais du tsarévitch fut rasé, et la cloche de l'église d'Ouglitch, qui avait ameuté ses habitants, fut exilée avec eux. Selon Karamzine, on la montrait encore, à la fin du siècle dernier, dans la capitale de la Sibérie \