‹ Épisode de l'histoire de Russie; Les faux DémétriusChapitre 52 sur 150 · Karamzine, XI, p · texte numérisé non relu

Karamzine, XI, p

lES FAUX DÉHiTRIUS. 457

Les historiens russes ont blftmé sévèrement sa conduite à l'égard du patriarche Job, et les annalistes ecclésiastiques particulièrement ne trouvent pas de termes assez forts pour exprimer leur indignation. Quant à moi , il m'est impossible de la par* tager. Job était une créature de son ennemi , et le patriarcat même une institution de date récente , introduite sous le règne de Fêdor par Boris, dans une pensée de politique toute personnelle. Pour dominer plus sûrement le clergé , le régent avait voulu loi donner un chef suprême , créer une espèce de pape de l'église russe, à la nomination du tsar, résidant à la cour, et toujours prêt à couvrir de son autorité les décrets impériaux. C'est ainsi que Boris était parvenu à réunir dans sa main tous les pouvoirs de l'État. Démétrius comprit les avantages politiques de l'institution^ il conserva le patriarcat, mais il ne pouvait faire moins que de changer le patriarche. N'était-ce pas Job qui l'avait excommunié , dénoncé comme moine apostat, qui peut-être même avait suscité contre lifi des assassins fanatiques? Il est vrai qu'à l'exemple de tous les dignitaires laïcs et ecclésiastiques, le patriarche, revêtu de la pourpre qu'il tenait de Boris, s'était incliné devant les décrets de la Providence, et qu'aussitêt après le mouvement

populaire de Moscou, il avait prêté serment de fidé* lité à l'homme contre lequel peu de jours auparavant il lançait ranathème ^ ; mais cette faiblesse ne pouvait faire oublier sa conduite précédente. U eût été imprudent de laisser à la tète du clergé un parisan déclaré de la maison déchue. Démétrius usa du pouvoir que les tsars de Russie ont toujours exercé; il destitua le patriarche et Texila dans un couvent. Rarement le clergé grec a essayé d'entrer en lutte contre le pouvoir temporel^ cette fois encore il céda sans murmure devant la volonté du souverain. On ne peut nier que l'exécution du décret qui retirait à Job sa haute dignké ne fot accompagnée de violences qui attirèrent quelque intérêt sur le prélat décrédité par sa rapide palinodie. Il célébrait la messe dans Tégiise cathédrale» lorsqu'une troupe ie soldats vint lui signifier Tordre du nouveau souverain. A défaut de courage , Job avait de la résignation ; il détacha luimême sa panagia ^ c'est-à-dire Fimage de la Vierge

1. Gos. Gramoty, II, p. ÎOO. Manifeste de Démélrîus. — Platon {KratkaSa tserkovnata rossiiskaHa istorvia, II, p. 140) essaie deju^titier Job; mais il ne trouve d'autre molif pour nier sa soumission si prompte, attestée par plusieurs contemporains, que de la déclarer improbable, vu la grande piété au prélaL

LES FAUX DÉMÉTillUS. 459

que le patriarche portait suspendue sur sa poitrine comme un signe de sa dignité , et la déposa derant la Vierge de Saint-Vladin)ir, en priant le ciel de plrotéger la Russie et TËglise orthodoxe. Aussitôt on le dépouSla de ses habits pontificaux, et sa dégradation fut proclamée au nom du tsar. Revêtu d'une robe de bure, il fut entraîné hors de l'église et con duit dans un mauvais chariot au monastère de TAssomption , où il devait prononcer ses vœux *.

Démétrius conféra la dignité de patriarche à Ignace, évéque de Riazan, et l'on dit qu'en cette occasion, il céda à rinfiuence des jésuites polonais qu'il avait à sa suite. Ignace était un Grec, autrefois archevêque de Chypre. Lorsque Ttle fut envahie par les Turcs, il passa en Italie et fit un assez long séjour à Rome. On assurait qu'il s'y était secrètement converti aucathoficisme^. Sous le règne de Fêdor Ivanovitch , il était

Page 1