‹ Épisode de l'histoire de Russie; Les faux DémétriusChapitre 62 sur 150 · De Thou, lib. cxxxv, p. &di. PlaiOD,II,p · texte numérisé non relu

De Thou, lib. cxxxv, p. &di. PlaiOD,II,p

a. Platon, II, p. 156.

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un annaliste, rendait un bruit Payant Icursqu'on le touchait. Cette invention, due à quelque mécanicien allemand , et qui fait médiocrement honneur au goût de DémétriuSy parut aux yeux du peuple une espèce de diablerie et comme renseigne d'un laboratoire de sorcier. Le pieux annaliste auqud Remprunte cette anecdote, écho probablement des propos des moines moscovites , y voit un présage de la demeure qui attendait le tsar dans l'éternité : c Tenfer et les ténèt»res *. »

Cet amour du merveilleux et cette croyance à la magie existaient alors dans presque toutes les classes, et dans le reste de l'Europe, sous ce rapport, il n'y avait guère moins de superstition que dans la Russie. Bien que fort dévot , Boris entretenait des sorciers finnois à son service, et passait auprès de beaucoup de gens pour un sorcier lui-même. Arrivant à Moscou, Démétrius ne voulut pas entrer dans le palais de Boris, et même il donna Tordre de le démolir, comme mie demeure impie et souillée par des pratiques de sorcellerie *. Et Ton racontait que

1. Kammzine, XI, p. 297, répète assez compTaisamment cet oracle peu charitable. — Maskiewicz, qui avait visité le palai<; bâti par Démétrius, dit qu*il était le plus l)eau du Kremlin, et construit à la polonaise. Maskiewicz, p. 6S.

S. Selon Maskiewicz, c*était Tosage de tous les tsars de se

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les ouvriers avaient trouvé dans une cave uiie statue tenant une lampe à la nuûUs construite avet un te artifice qu'au bout d'un certain temps, calculé d'après la quantité d'huile ^ue contenait la lampe , le vase devait se briser et faire tomber la mèche encore enflammée sur une grande quantité de poudre à canon disposée autour de la statue* C'était une invention de Boris ou de ses magiciens pour faire sauter en l'air Démétrius avec toute sa oour, lorsqu'il viendrait occuper ce palais. Heureusement , ajoute un grave historien , la raine fut découverte avant le temps fixé pour l'explosion ^ et la statue fut brisée par ordre du tsar, grand sujet de regrets, sans doute , pour tous les antiquaires à venir. — Cette histoire, que l'illustre de Thou a consignée dans ses annales % lui avait été, sans doute, apportée de Rus^ sie par le capitaine Margeret. J'ai pensé qu'elle pou* vait donner une idée des superstitions de l'époque.

La défiance et le mécontentement des dévots au^ monta et trouva un motif bien plus plausible lorsqu'on apprit que Démétrius avait Tiatention d'épouser

faire construire un palais à leur avènement, et de ne jamais habiter celui de leur prédécesseur. Il faut se rappeler que tout ces palais étaient de bois. Maskiewicz, p. 68. 1. De Tbou, lib. 135, VI, p. 333.

Marine Mniszek^ et que le secrétaire du conseil ^ Afanassi Vlassief , allait se rendre en Pologne avec des présents magnifiques pour la fiancée. Une femme latine sur le Mne de Russie, une Polonaise non baptisée/ il y avait là de quoi révolter toutes les consciences orthodoxes. Les prêtres et les moines surtout colportaient avec activité parmi le peuple tous les bruits calomnieux ou exagérés qui pouvaient faire douter de la foi du tsar et de ses droits au trône d'Ivan. Dans leurs discours , ils le comparaient à Julien TApostaty et toutes les qualités vraiment royales qu'il leur fallait ïÂen reconnaître en Démétrius devenaient de nouveaux traits de ressemblance avec le persécuteur des chrétiens ^

Démétrius servait la malice de ses ennemis par ses imprudences, et ses efforts mêmes pour se rendre agréable aux Russes tournaient fatalement à son désavantage. A peine installé au Kremlin, il congédia ses gardes du corps polonais, afin de prouver publiquement sa confiance dans la fidélité des Moscovites. Mais il ne pouvait oublier que les soldais qu'il licenciait s^étaient attachés à sa fortune dans un momeiic où elle semblait désespérée , alors que

t. Platon, II, p. 147.

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Mniszek et les Palatins Tavaient abandonné devant Novgorod. It les combla de présents et continua à les traiter avec les égards dus à de â fidèles serviteurs. A toute heure il les admettait auprès de sa personne et ne leur adressait jamais la parole qu'en les appelant camarades. Fiers de cette distinction , les Polonais prenaient avec les Russes des airs de supériorité qui blessaient profondément la vanité nationale*.

Un usurpateur a besoin de gloire, et est pour ainsi dire forcé de devenir conquérant. Le grand projet de Démétrius était celui d'Etienne Batthori ; il voulait réunir toutes les forces de la race slave pour les jeter sur les Turcs et les Tartares. Il y travaillait dès le lendemain de son arrivée à Moscou. Agrandissement de ses États, gloire injmense pour lui-môme, affermissement de son autorité, tels étaient les résultats qu'il se promettait de cette vaste entreprise. Mais elle offrait bien des dangers, dont les plus considérables n'étaient pas les hasards de la guerre. Pour former la coalition dont il aspirait à devenir le chef, Démétrius était obligé à de grands ménagements à l'égard du roi de Pologne et du pape ^. Avec

I. Got. Gramoty, II, p. 158. LeUre de I. Burzinski à Démétrius.— Lobienski, p. 71.

S. Voir la correspondance da pape Panl Y avec Démétrius,

le Saint-Siège surtout soo iMe éisài difficile. Eu Pologne , il avait fNroims la conversion de ses sujets et était devenu cathoUqiie hà-mèoie; à Moscou , il loi fallait amuser le pape par un ibla prétendu pour les intérêts de l'Église latine , el en même temps cacher sdgneusement son changement de croyance à ses sujets déjà trop portés à douter de son orthodoxie. De là» une correspondance difficile et compromettante avec Rome y où Ton ne se faisait guère une idée des obstacles contre lesquels il avait à lutter. D'un autre càté^ ses préparatifs militaires exigeaient des dépenses très-copsidérables. L'argent venant à lui manquer^ il eut recours au moyen qui bii sembla le plus expéditif. De même que Charles Martel , il se crut le droit de faire peser sur le clergé une partie des charges d'une expédition qui avait pour but la gloire et le triomphe du christianisme. Il voulut coooaltre exactement les revenus des nombreux monastères de son empire, et déclara hautement qu'il n'entendait pas que tant de moines oisifs vécussent dans Fabondance^ lorsqu'il s'agissait de délivrer une partie de la chrétienté du joug musulman. Les ré-

et celle du cardinal BoiglMse avec Claudio Eaoïgooi, noAce du pape en Pologne — Tourghenief , BUtoriea Buitia. Afon»*

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fornieficomtnencèrentyetaveceliesyles confiscations. Plusieurs couvents furent supprimés, et l'on annonça pourrav^ûr degrandesréductioDsâans leurs revenus temporels. Enfin, le tsar, voulant avoir près de lui tous les gens de sa maison et particulièrement ses musiciens étrangers , fit déloger les moiues des couvents d'Arbate et de Tchertol, voisins de son palais^ afin d'en agrandir les dépendances ^

Partout et de tout temps les moines ont fait payer eherlesentreprises contre leurs biens temporels. Les derniersdécrets deDémétrius achevèrent d'exaspérer ies esprits, et une conspiration se forma pour détrôner le nouveau Julien. Plusieurs boyards s'y associèrent, et parmi ces derniers quelques-uns des hommes qui avaient montré le plus d'empressement à déserter la cause de Boris. En réalité , la plupart des seigneurs russes s^étaient peu souciés que Démétrius fût ou ne fftt pas Fhéritier légitime divan le Terrible, ne demandant qu'à être délivrés d'un despote contre lequel ils n'osaient eux-mêmes se soulever. Boris mort, chacun crut le moment venu de se partager ses dépouilles. Chacun prétendît gouverner l'empire à son profit, et au nom de ce tsar encore inconnu que le ciel leur

t. Baer, p. 67»

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' envoyait pour libéraleur. Les uns se seraient contentés du rôle de régent ou même de favori; quelques^ unS; témoins et envieux de la haute fortune de Boris et du succès inespéré de Uémétrius , ne songeaient à rien moins qu'à ceindre eux-mêmes une couronne qui en si peu de temps avait si souvent changé de maître. Le nouveau tsar avmt mécontenté toutes ces ambitions. Ce n'était pas un roi fainéant comme Fëdor, mais un despote aussi absolu que Boris ^ heureusement plus doux, moins soupçonneux, moins prudent. Il s'était empressé de congédier les nombreux espions que son prédécesseur entretenait avec tant de soin. Le renverser tandis qu'il était encore

mal affermi sur son trône, semblait chose facile avec Tappui du clergé et de la populace fanatique. Enfin,

en cas de non-succès , on comptait encore peu^étre

sur sa clémence et sa douceur, qui dans cette cour

sauvage passaient plutôt pour Teffet de sa faiblesse

que de sa grandeur d'âme»

Le principal et le plus habile des conjurés fut le

boyard Basile Chouiski, autrefois président de Ten-

quête d'Ouglitch , et que nous avons vu attester et

démentir tour à tour la mort du jeune Démétrius.

Suspect à Boris, peut-être parce qu'il était maître

d'un secret terrible, peut-être seulement à cause de

bES FAUX DÉMÉTRIUS. 493

sa naissance illustre et de se5 immenses richesses , il s'était rangé du parti au vainqueur sans empressement exagéré, mais assez à temps toutefois pour obtenir un poste élevé et tes bonnes grâces du nouveau mattre , qui lui savait gré des sourdes persécutions dont il avait été victime sous le règne précédent. Mais l'ambition de Chouiski était immense; s'il n'avait pas disputé le trône à Boris, il ne s*en croyait pas moins le seul digne , car il se prétendait le plu6 proche descendant du sang de Rurik. Audacieux dans ses plans, il était timide à les exécuter; peu scrupuleux d'ailleurs sur les moyens de parvenir à son but. Dès qu'il s'aperçut de la haine croissante des Moscovites pour Démétrius, il comprit que s'il ne se mettait pas à la tête des mécontents, il laisserait à un autre les fruits d*une révolution près d'éclater. Partagé entre son ambition et sa circonspection naturelle, il se vit à la fin obligé de prendre un parti décisif, et son concours apportait tant de forces à la conjuration qu'il en devint aussitôt le chef reconnu. Il avait parmi le peuple de la capitale une clientelle immense , et pour l'orthodoxie et rattachement aux vieilles coutumes, c'était un vrai Russe d'antique race. «A l'œuvre , dit-il aux mécontents, le mal pèse sur nos épaules * •»

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