‹ Épisode de l'histoire de Russie; Les faux DémétriusChapitre 63 sur 150 · Para xa dUlo, beda Ma pletehami, Baer, p · texte numérisé non relu

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Cependant il ne voulait rien précipiter, et selon sa politique ordinaire j il espérait contenir Torage qui grossissait, jusqu'au moment où il serait devenu irrésistible. Ce moment, à son avis, c*était l'airivée de Marine à Moscou, qui ne manquerait pas i^appotîer un redoublement d'énergie à Findignation popnlaire. La présence d'une tsarine infidèle et des nombreux étrangers qu'elle amènerait à sa suite , soulèverait les vieilles haines nationales des Moscovites et arme< rait toute la nation contre l'ennemi de la foi. On <dit encore que se croyant infailliblement désigné pour replacer F usurpateur ^ il voulait laisser reve^ <nir en Russie les perles et les diamants amassés par f van et par Boris, et que Démétrius avait envoyés en Pologne pour les offrir à sa fiancée. Ces pierreries, d'une valeur immense^ auraient été pardues pour lui «t pour l'empire, â la révolte eût éclaté avant l'arri* -vée de Marine ••

Quelque soin que prit Chouiski pour cacher ses trames, il ne pouvait imposer sa prudence à tous ses complices. Les conjurés se recrutaient dans toutes les classes et jusque parmi les strelitz, qui passaient pour être affectionnés au tsar. Le seoret ne fut pas

t. Karamz.,XI, p.83ft.

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longtemps gardé; les indiscrétions et les vanteries des subalternes firent avorter le complot longtemps avant sa maturité. Quelques soldats, quelques popes obscurs furent d^abord arrêtés, qui mis sous le bâton dén(M)cèrent leur chef. Démétrius fit grâce aux ecclésiastiques par politique, ou pentrétre par mépris. Pour les soldats il se montra sévère ; il passa en revue les strelitz , et se plaignit de leur trahison. — « Nomm&4noi les traîtres , lui dit Grégoire Mikou- « line, colonel de cette milice ; c'est peu de leur cou- « per le cou ; je veux moi-même leur arracher les <( entrailles à belles dents *. » Le tsar désigna les plus coupables et déclara qu'il pardonnait à leurs complices, pourvu qu^ils prouvassent leur repentir en châtiant les perfides qui les avaient entraînés. Aussitôt les strelitz se jetèrent sur les malheureux qu'on leur signalait 3 et les mirent en pièces à coups de sabre avec tant de fureur, que les bourreaux s*entreblessaient en s'acharnant à frapper leurs victimes '. Démétrius procéda moins sommah-ement à Fégard de Chouiskî, signalé comme Tâme du complot; il le fit amener en sa présence, lui reprocha son crime, et

1. Gos, Gramoty, Interrogatoire de J Buczinski, U, p. 297. t. Id., t'&id.— Petreius, p. dU.

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ayant pris Tavis du conseil des boyards, il le fit fustiger et prononça contre lui la sentence de mort. On le conduisit sur la place des exécutions devant le palais. Là un scribe lui lut sa sentence; le bourreau le dépouilla de son cafetan et le iM agenouiller devant le billot. Déjà il brandissait sa hache, lorsqu'un officier accourut élevant un papier au-dessus de sa tête : Arrête ! cria-t-il au bourreau. L'officier s'approcha, monta sur Téchafaud, et remit une cédule impériale aux ministres de la justice. Le tsar, usant de sa clémence accoutumée, faisait grâce de la vie au coupable, en considération de sa naissance^ et sur sa promesse qu'il ne prendrait plus de part à de nouvelles rébellions. £n même temps on répandit parmi le peuple que c'était à la prière des Polonais que le tsar pardonnait au chef des conjurés. La tsarine-mère, disait-on, avait à leurs sollicitations intercédé pour le coupable. Basile Chouiski, après avoir promis tout ce qu'on voulut, monta sur un chariot qui devait le conduire en Sibérie ^ Mais tel n'était pas encore le dénouement de la comédie préparée d'avance par Démétrius, selon toute probabilité; un courrier rattrapa l'exilé sur la route, après quelques

t. Baer, p. 68.— Margeret, p. 123.

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étapes, et le ramena dans la capitale, où l'attendait son pardon, complet cette fois. Le tsar lui rendit ses biens et même son rang, et sa place au conseil de Fempire, croyant sans doute que tant d'humiliations, que les verges, et la hache du bourreau un instant levée, lui avaient acquis un sujet fidèle. It s^applaudissait d'avoir réconcilié les Moscovites et les Polonais , en attribuant à ces derniers uneinter^ cession en faveur d'un illustre représentant de la vieille noblesse russe. Démétrius n'était pas cruel, il avait même une douceur naturelle rare de son temps, et peut-être déplacée dans un usurpateur, car c'est le chfttiment de ceux qui parviennent au pouvoir par la violence, de ne s'y maintenir que par la terreur.

Si ce n'est pas à ces parties incomplètes du caractère de Démétrius qu'il faut attribuer sa clémence , on peut lui supposer un autre motif purement politique : en faisant mourir le président de Tenquéte d'Ouglitch y il eût donné lieu de croire qu'il voulait se débarrasser d'un témoin redoutable. Lui pardonner, c'était prouver au contraire qu'il n'avait rien à craindre de ses révélations. En outre il se flattait que la reconnaissance ou la terreur obligeraient Chouiski à confirmer le désaveu qu'il avait déjà fait

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de la mort du tsarévitch. Les serments ne coûtaient rien à Chouiski , et ses contradictions ne lui attiré-» rent pas alors, comme il semble, le mépris qu'elles exciteraient aujourd'hui. Il reparut à la cour sans beaucoup d'embarras, désarma les soupçons par une humilité feinte et cependant, passant pour un martyr parmi les mécontents , il continua de les diriger avec (dus d'autorité que jamais.

Loin de conseiller d'épargner Chouiski, les plus avisés des Polonais et les plus attachés à la personne de Démétrius, rengageaient à le garder dans une prison perpétuelle, ainsi que les Godounof. — « Ces « gens-là , lui disait son secrétaire Jean Bucaûnski, <i vous forceront à vous repentir de votre clémence, « ci vous leur rendez la liberté, s — «Non, répondit a Démétrius ; j'iu juré de ne pas répandre le sang n chrétien, je tiendrai mon serment. Crois-moi, il y a <x deux manières de gouverner un empire. Par la terii reur?... Mais je ne veux pas être un tyran.... Par « la générosité?... Je ne ménagerai pas l'argent; j'en n donnerai à tout le monde '• a Ce langage est presque mot pour mot celui de César à ses confidents, lorsqu'il s'était rendu maître ea quelques jours de

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