‹ Épisode de l'histoire de Russie; Les faux DémétriusChapitre 64 sur 150 · Got. Gramot^, Lettre de Bneziiiski à Dénélxios» II · texte numérisé non relu

Got. Gramot^, Lettre de Bneziiiski à Dénélxios» II

LBS FAUX DÉHÉTRIUflU 499

ritalie ^. Ni César ni Démétrius ne désarmèrent leurs ennemis par la clémence , mais la postérité ne les confondra pas avec les tyrans sans grandeur qui sont morts dans leur Ut.

Cette libéralité que Démétrius érigeait en sysfème de gouvernement, épuisait ses ressources plus vite encore que ses préparatifs militaires; il accueillait toutes les réclamations. Lorsque d'anciens semteiirs d'Ivan venaient lui présenter leurs créances, il leur accordait le double de la somme qui leur était duc*^. 11 voulait que quiconque rapprochait se retirât le cœur joyeux. Polonais, Allemands, Moscovites, puisaient à l'envi dans le trésor impérial. Jusqu'alors les souverains de la Russie s'étaient fait une loi , et presque un point d'honneur, d'amasser un trésor et de l'ajouter au dépôt qu'ils avaient reçu de lenrs prédécesseurs. Pour la masse de la nation cet usage, emprunté aux sultans tartares, était le nec plus

1. Tentemus hoc modo si possumus omnium voluntatem recuperare el diuturna Victoria uli : quoniam reliqui cnidelitatj odium elTugere non potuerunt, neque victoriamdiutids tenere, praeter unum L. SuUam, quem imitaturiis non sum. Haec nova sît ralio vincendi : ut miscricordia et iiheialitate nos muniainus.-"Lellre de César à Oppiuset Balbus, Cic. ad. AU, 9, p. S.

a. Gos. Gramoty^ U, p. 261.

ultra de Thabileté politique ; aussi les profusions de Bémétrius étaient-elles sévèrement blâmées par ses contemporains et passaient pour une faute énorme, sinon pour une trahison. Dissiper le trésor du Kremlin y c'était vouloir livrer Fempire sans ressources à ses ennemis *•

1. Sed nihil magis Moschos inenm acoendit, qnâin qaod a mulUs rétro secalis sacro et intacto veleruin MoscbOTiae priaeipnio aerario maous admoverit. Lubienski, Op. potthumot

p.ar.

Démétrius, fort peu de temps après son couronnement, avait envoyé en Pologne son trésorier Vlassief, suivi de près de son secrétaire intime Jean Buczinskiy avec mission de conclure son mariage projeté avec Marine Mniszek, et d'engager le roi Sigismond à s'unir à lui pour faire la guerre aux Turcs et aux Tartares. Us devaient encore essayer, par tous les moyens, d'obtenir du roi la reconnaissance du titre de César ou d'empereur que Démétrius venait de s'arroger.

Depuis quelque temps les relations des deux princes étaient devenues assez froides. Sigismond voyait dans ce nouveau titre une prétention blessante pour les autres souverains de l'Europe et surtout pour lui-même. Ce n'était pas sans un certain sentiment de jalousie qu'il avait appris J'étonnante fortune d'un homme qui naguère mendiait sa protection et ses secours. Il était irrité de le voir devenu son égal et

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l'accusait d'ingratitude pour le peu d'empressement que monlrait Démétrius à épouser sa querelle avec la Suède. En effet, un ambassadeur polonais, Gonciewski, ayant pressé le tsar de se déclarer ouvertement contre le duc de Sudermauie , qui prenait le nom de Charles IX, n'avait obtenu qu'une réponse évasive. Il n'avait pas été plus heureux en se plaignant que Gustave Ëricsen ftii traité en prince^ et que Déiaétrius lui contînuftt la pension accordée par Boris. Ces réclamations étaient accompagnées d'une communication secrète des plus extraordinaires. «Le roi, dit l'ambassadeur de Sigîsmond à Démétrius, est informé par un rapport digne de confiance que Boris est encore vivant. Désespérant de se dé^ fendre dans Moscou, et sur un oracle de ses devins, il a secrètement quitté la Russie pour se rendre en Angleterre, où il a porté des sommes considéra* blés, x) La nouvelle était si absurde qu'on pouvait croire qu'en invitant son allié à se tenir sur ses gardes, Sigismond cherchait en réalité à TefFrayer et à le menacer, pour ainsi dire, des propres armes que Démétrius venait d'employer avec tant de suct ces. Ressusciter Boris , c'était ranimer la guerre civile en Russie. Il est probable que Démétrius in* terpréta de la sorte cette révâation singulière; car

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il répondit avec quelque aigreur à Sigismond^ qu'avant de léciamer un servîee au nom de leur amitié, il aurait dû d'abord prouver la siernie par la reconnaissance du titre de César *.

Telles étaient les relations di[domatiques des detix aottverains. Je ne trouve d'ailleurs^ dans leurs négociations, rien qifl ait trait à la cession de la principauté de Smoiensk, consentie par Démétrias pendant son séjour en Pologne. Fao(-il croire qn*ui> traité, demeuré inooimu, eût ajourné cette cession à une époque plus ou moins éloignée , on Uen que l'acte même fût resté secret entre les mains de Mniszeky' intéressé à ménager son gendre futur ^? Sur ce point d'ailleurs, Démétrius n'eût pas manqué

1. Go8. Gramoty^ II, p. VIS et 217. Noie secrète remise par A* Gonciewski etréponse deDémélrius. — Cependant on trouve dans les archives du Vatican une lettre de Démétrius au duc de Sudermanie, dans laquelle^ après lui avoir notifié son avènement, le tsar le somme de se démettre de son titre de roi, et de céder le trône à Sigismond, son allié. Il se peut que cette lettre n'ait jamais été envoyée au duc de Sudermanie, et que Démétrius offrit seulement de Venvoyer, dans le cas où Sigismond reconnaîtrait son nouveau titre. La cour de Rome devait intervenir dans la négociation. V. Tourghenief, Bistorica Ruêsiœ Monim,, II, 82.

a. La cession d'une partie de la principauté de Smolensk au roi de Pologne, ne fut peut-être introduite par Mniszek dans-

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de prétextes pour se refuser à tenir ses promesses, car la conduite des Polonais^ qui l'avûent abandonné au milieu de son expédition, le dispensait sans doute d'observer des engagements que ses alliés avaient été les premiers à enfreindre. Quant à la profession de catholicisme , qu'on avait exigée de lui l'année précédente, elle ne fut pas rappelée davantage. Il est vrai que dans la correspondance que le pape Paul y et son légat en Pologne, Févéque Rangoni, avaient à cette époque avec Démétrius, on trouve de fréquentes allusions à son changement de croyance et à son zèle pour la foi , mais en même temps on y remarque fort peu d'impatience d'obtenir un témoignage public de sa conversion * . Le légat même se prêtait facilement à solliciter auprès du Saintson traité avec Dérnclrius, qu^aGn cl*obtenir pour liii-mômc rautorisation d'accepter la suzeraineté que son gendre lui donnait. Or, Mniszek avait pu tenir cette clause secrète jusqu'à ce que le moment fût venu d'en réclamer Texécution. Peut-être enfln cette danse était elle subordonnée au mariage de Marine avec le tsar.

1. Le légat Rangoai s*expi1me à ce sujet avec une grande réserve. 11 recommande au tsar de lire dans une Bible latine qu'il lui envoie les^ chapitre ix et x de V Exode et le chap. vu du Hore II des Rois (menaces de Moyse à Pharaon et ordre donné par Nathan à David de b&tir le temple}. Gos. Gramoty, \l p. 218

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Siège toutes les concessions propres à ménageries susceptibilités religieuses des Russes et à prolonger leur erreur au sujet de Torthodoxie du tsar^ 11 est vrai que Démétrius avait toujours traité avec distinction les jésuites polonais qui l'avaient accompagné dans sa campagne et l'avaient suivi à Moscou. 11 leur avait accordé une faveur alors inouïe, la cession d*un enclos considérable dans Tenceinte sacrée du Kremlin, avec la permission d'y bâtir une église catholique et d'y célébrer leurs offices K Mais bientôt il se montra tout aussi facile pour les Réformés allemands, qui, à leur tour, obtinrent bientôt après une chapelle

1. N. S. gli da facoltà di dispensare quanto aile nozze del Gran Duca , in evento che si dovessero cclebrare nel tempo della^quaresima , e lo avvisi anco ad eseguirle senza aUo publico, ma segretamente, in foro conscientia che tanto hajsta... Lettre du cardinal Borgbese à Rangoni, 34 déc. 1605. . N. S. ha date ordine che si vedono li punti sopra li quali Demetrio domanda risolutione, e si farà straordinaria diligenza per inyiare la risposta quanto prima. In tanto ha fatto bene y. S. ad esortare la Gran Duchessa à conserTarsi nel rito latino, per che se non si potià eompiaeer Demetrio, lei ancora menire si mostrerà renitente, ginstificherà tanto più la causa. — Du même au même. Historica Russiœ MonimentOf II, p. 80, 85.

3. Lettre de Neri Giraldi au grand-duc de Toscane, 2S ock 1605. Etame criiko, p. 58.— Platon, II, p. 155.

luthérienne non loin du palais*. Que ces concesfions, peu agréables aux Russes, fussent de la part de Démétrius un acte de tolérance ou de politique ^ elles n'indiquaient nullement Tintention df^ con-traindre ses sujets à changer leur croyance , et il est évident que sur ce point, comme pour la cession d'une partie de ses provinces, il ne se mettait guère en peine de ses serments.

On ne peut s'expliquer comment, dégagé de ces scrupules, d'ailleurs assez rares chez un aventurier, Démétrius ait persisté à épouser une Polonaise catho* lique, lorsqu'il ne devait pas se dissimuler combien oeite union était odieuse à son peuple. Réduit à implorer par tous les moyens les secours des palatins de Lithuanie, on conçoit qu'il sollicitât avec empres* sèment Talliance de Mniszek; mais une fois assis sur le trône des tsars, cette alliance ne pouvait plus que lui être préjudiciable. Il fut le premier cependant à se souvenir de sa promesse, et à peine couronné à Moscou il invitait Marine à venir partager son trône > Lorsqu'il signait en Pologne la promesse de mariage, fl était sans doute sous Fempire des charmes de Marine, mais à Moscou Ton ne peut attribuer à.

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