‹ Épisode de l'histoire de Russie; Les faux DémétriusChapitre 7 sur 150 · Karamzine, X, itt · texte numérisé non relu

Karamzine, X, itt

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prince dont il avait depuis longtemps usurpé toute rautorité*. II voulait régner. Les annalistes russes, qui sans doute ne connaissaient pas les légendes écossaises, représentent Boris comme un nouveau Macbeth poussé au crime par les prédictions de ses devins. — a Tu régneras! » lui avaient-ils dit; puis ils s'arrêtèrent ef&ayés de ce qu'ils lisaient encore dans l'avenir. Pressés de continuer, ils ajoutèrent d'une voix timide : — « Tu régneras, mais sept années seulement!» — a Ne fût-ce que sept jours, s'écria Boris, qu'inaporte, pourvu que je règne! » Les traditions populaires dans tous les pays ont la même forme poétique.

Cette légende, évidemment inventée après Tévéaement, ne rend pas justice au caractère de Boris. Son ambition était démesurée , mais patiente. Son habitude était de temporiser, et les négociations de la Russie avec la Suède, la Turquie et la Pologne, sous son administration, en fournissent la preuve. Toujours il s'avançait vers son but d'un pas ferme,

1. Chronique de Morosof, Ms. cité par Karamzioe, X, ICS. » Zolkiewski, à tous les crimes imputés à Sorts, ajoute celui d'avoir fait empoisonner Ivan le Terrible, au moyen d'un médecin anglais qu'il était parvenu à séduire. Ms. de

Zolkiewski , 4.

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mais lent y attentif à ne jamais hasarder une fausse démarche. Ce but d'ailleurs, comme il est probable, ne fut pas d'abord bien distinct à ses yeux. 8'il est vrai qu'il fit assassiner le jeune Démétrius, il n'en faut pas conclure que dès ce moment il prétendait au trône ; mais Thérîtier présomptif , élevé par ses ennemis, sous un prince aussi faible que Fêdor, aurait pu traverser un jour ses desseins et ruiner son autorité. JVlaître absolu de Fesprit du tsar, à l'abri derrière ce fantôme de souverain , Boris avait trop de sens pour hâter le moment où le dernier tsar de la dynastie Varegue descendrait au tombeau. Au reste, l'événement était prévu à Tavance , et l'on pouvait s'étonner que Fêdor, malade dès le berceau, eût vécu si longtemps. Boris s'était préparé de longue main à Textinction de la dynastie. Tous les fonctionnaires publics étaient ses créatures; les Strélitz, le clergé étaient pour ainsi dire dans sa main, et s'étaient habitués à le considérer comme le seul chef de TÉtat. Le peuple, tout en le haïssant, croyait à son habileté et à sa fortune; et c'était une opinion établie, que l'empire ne pouvait se passer d'un génie si fécond en ressources. Enfin Fêdor lui-môme le regardait comme son successeur, pour ainsi dire inévitable, et sembla le désigner comme tel à la nation. Peu de

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jours avant sa mort^ lui présentant un cofiret rempli de reliques : — a Mets tes mains sur ces saintes relier queSy Régent du Peuple Orthodoxe, lui dit-il. Goucc verne-le avec prudence. Tu parviendras à ce que a tu désires 9 mais tu éprouveras que sur cette terre « tout est vanité et déception*. »

De même que Richard III et d'autres ambitieux , Boris fit mine de refuser la couronne lorsque déjà elle ne pouvait plus lui échapper. Dès que Fëdor eut rendu le dernir soupir, le Régent obligea les boyards du conseil et les grands officiers de l'empire à prêter le serment de fidélité à Irène, la tsarine veuve. Mais, soit par dégoût du monde, soit par un ordre secret de son mari mourant, soit enfin à Tinstigation de son frère, elle annonça Tintention de se renfermer dans un cloître. Quant à Boris, il déclara hautement qu^il voulait quitter les affaires et vivre dans la retraite, bien convaincu qu'on viendrait Ten arracher. A plusieurs reprises, les grands, les députés des provinces, et le clergé, le patriarche en tête , se jetèrent à ses pieds et le supplièrent avec larmes de régner sur la Russie. C'était à qui aurait l'honneur de le persuader, ou plutôt chacun sentait déjà la nécessité de

i. Livre des degrés de Latoukhine; Karamzine, X, %9U

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prouver son dévouement, et selon un annaliste russe, a ceux gui ne pouvaient pleurer se mouillaient les c yeux de leur salive *. )» Le peuple même, effrayé à propos par le bruit répandu d'une invasion tartare ^, joignit ses instances à celbDs des grands pour fléchir le favori du destin. Devant lui, les mères jetaient à terre leurs enfants à la mamelle sans écouter leurs cris. Une multitude innombrable entourait le couvent où Boris s'était retiré, et répondait à chacun de ses refus par un long hurlement de désespoir, a Par a pitié , disait Boris en pleurant, o car il avait aussi ses larmes de commande ; a par pitié , ne faites pas « de moi une victime du trône ! » Mais cette feinto résistance eut son terme. Il céda dès qu'il fut bien constaté qu'il était élu par le vœu de la nation. Au milieu de Tenthousiasme général, les princes Ghouiski seuls avaient montré de la tiédeur, ou même quelque velléité d'opposition *; Boris ne Toublia jamais.

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