‹ Épisode de l'histoire de Russie; Les faux DémétriusChapitre 71 sur 150 · Journal de Marine, p. H · texte numérisé non relu

Journal de Marine, p. H

LES FAUX DÉUÉTRIUS. ^23

à cet effet, ils envoyaient d'avance un mémoire du nombre d'hommes et de chevaux qu'ils amenaient, et à chi^que étape ils devaient trouver des préparatifs en conséquence. Cette formalité avait été remplie. Cependant, de part et d autre on s'accusait de mauvaise foi. Les uns se plaignaient qu'on ne leur fournit pas les rafions qui leur étaient dues^ les autres , qu'on en exigeât plus qu'il n'avait été stipulé '• Partout, d^ ailleurs, les Polonais faisaient trop sentir qu'ils s'attribuaient la gloire d'avoir ramené Démétnus sur \e trône de ses aïeux, et aucune nation ne pardonne à des étrangers de se mêler de ses affaires. L'attirail militaire des Polonais choquait les Russes; ils n'aimaient pas à voir entrer dans leurs villes ces hussards bardés de fer, la lance haute, sonnant leurs fanfares guerrières. Â Smolensk, un homme de la suite de Mniszek ayant mis le feu par mégarde à quelques livres de potidre qui se trouvaient dans les bagages , les habitants s'étonnèrent fort qu'en pays ami on voyageât avec de semblables provisions '.

1. Journal des ambassadeurs, p. 117 et suiv* S. Journal de Marine, p. 17.

Tandis que Marine s'acheminait lentement vers Moscou , Démétrius partageait son temps entre les soins de son conseil, ses folles amours avec Xénia et les préparatifs de la campagne qu'il projetait contre les Tartares. Il faisait filer quantité de troupes sur la ligne de l'Oka, et rassemblait autour de Moscou même un corps d*armée considérable. Des revues , des exercices guerriers occupaient ses loisirs. Depuis là découverte de la conspiration de Chouiski , il avait senti le besoin d'avoir auprès de sa personne une troupe dévouée , et il s'était créé une garde entièrement composée d'étrangers , Allemands pour la plupart. C'était un petit corps de gentilshommes, divisé en trois compagnies, dont la première était commandée par le capitaine Margeret; la seconde, par un Livonien nommb Knutsen; la troisième, par un

LES FAUX oéMÉTEIUS. 225

Écossais appelé Bondman '• Officiers et soldats s'étaient bravement battus à Dobrynitchi contre Déméfrius; maintenant y leur intérêt et leur honneur de soldat l'assuraient de leur fidélité. Il se plaisait à se montrer en public au milieu de cette garde habillée de velours et de satin, couverte de plumes et portant des hallebardes dorées. Toujours imprudent, le tsar aimait à opposer l'adresse de ces étrangers dans les exercices militaires à Tinexpérience des Russes, qu'il raillait impitoyablement. Un jour, il mena ses hallebardiers , quelques escadrons polonais et un grand nombre de jeunes gentilshommes russes au couvent de Viazema, à trente verstes de Moscou. En ce lieu, on avait construit un fort avec de la neige. Le tsar y fit entrer les Russes, et lui-même l'attaqua à la tétc de ses gardes du corp^; Il voulait, disait-il, montrer à ses jeunes ofiiciers comment on prend une forteresse. Le siège commença, vrai jeu d'écoliers en vacances. De part et d'autre, les projectiles étaient des boules de neige. Les Russes, embarrassés de leurs longues pelisses et plus encore préoccupés du soin de ménager le tsar, avaient naturellement le désavantage. Bientôt, aux boules de neige les gar*

Page 1