Journal de Marine, p
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que s'accroître par le^rs relations avec les boyards du conseil^ qui prenant exemple sur leur souverain exagéraient à Fenvi ses manières hautaines. Le lendemain de son mariage , Démétrius ayant invité les ambassadeurs à dîner , ils demandèrent , avant d'accepter, s'ils seraient assis à la même table que le tsar. Cet honneur leur était dû, disaient-ils, au moins à l'un d'eux y car Sigismond avait admis à sa table Ylassief, Vambassadeur russe y avec les envoyés du pape et de l'Empereur. — a Qu'est-ce qu'un pape , qu'estce qu'un Empereur? s'écrièrent les boyards avec mépris. Notre maître est bien an autre seigneur qu'eux. Sachez qu'en Russie tout Pope est un Pape *. » Les Polonais irrités refusèrent de se rendre à l'invitation impériale; et Mniszek, qui faisait des efforts inouïs pour concilier des vanités intraitables, alla leur tenir compagnie et tenter d'en obtenir quelque concession. Tandis que Démétrius semblait prendre à tâche de mortifier de toutes les manières les ambassadeurs de Sigismond, il affectait de redoubler de prévenances et de gracieusetés pour les gentilshommes polonais venus à Moscou sans caractère officiel. Affable seulement pour eux, il les traitait avec cette familiarité
1. Journal des ambassadears» p. 154. C*est un mauvais jea de mots.
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militaire y naturelle chez lui et qu*il ne quittait que par calcul ; il les entretenait de ses armements contre le Turc, et leur offrait une solde avantageuse, s'ils voulaient prendre parti dans son armée. En attendant, il était à son ordinaire prodigue de faveurs et de cadeaux : chaque hussard reçut de lui des fourrures « des pièces de brocart et quatre bœufs ^
Pressés par leurs compatriotes, que séduisaient les caresses du tsar, vaincus par les instances et les promesses de Mniszek, les ambassadeurs se décidèrent malgré l'étiquette à offrir leurs présents à l'empereur avant d'avoir été invités à dîner. Cette première concession les obligea de réclamer avec encore plus de vivacité le privilège de manger à la table même du tsar. Démétrius leur répondit luimôme, selon son habitude : a Je n'ai pas invité le roi de Pologne à mes noces; si je Teusse fait , j'aurais assigné à ses représentants une place convenable à ma table. Aujourd'hui, j'invite ses ambassadeurs.» Us voulurent répliquer, mais le tsar ne les écoutait plus. Enfin, à la persuasion de Mniszek, ils se rabat-
I. Journal des ambassadenrs, p. 156. — Caeterum Polonoruai studia affectans simulata comitaie eos conciliarevolebat... commilitones, contuberoales, suae foriunae socios appellabat Lubienski, 71.
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tirent à demander qu'on leur donnât acte de leur résistance prolongée , et qu'en outre le Palatin de Sendomir se portât leur caution auprès du roi de Pologne 9 en cas de blâme de sa part. Le certificat délivré et toutes ces pointilleuses discussions terminées tant bien que mal, les ambassadeurs dînèrent à une table séparée, à la droite du tsar, avec quelques dames russes et polonaises. Ils mangèrent dans des plats d'or massif un dîner qu'ils trouvèrent détestable % scandalisés en outre au dernier point de voir, pendant tout le repas, leur compatriote le Palatin de Sendomir debout et tête nue devant son gendre \ Pour traiter ainsi un vieillard d'une santé délicate y Démétrius, qui dans sa correspondance particulière lui témoigne toujours une afiTection véritable , avait «ans doute en vue de prouver à ses sujets qu'il savait soutenir la majesté de son rang , et que devant le
1. Joarnal des ambassadeurs pol., p. 159 et suiv.— Selon Le Laboureur, les Polonais n*avaient pas le droit de médire de la cuisine russe. Voir le récit quUl fait du festin donné à Marie dé Gonzague, en 16i5, à Dantzick. — «La Reine n*en mangea pas de meilleur appétit, car tout était préparé à la polonaise, et presque consommé d*avoir bien bouilly avec le saffran et les espices. l\ n*y eut que deux perdrix cuites à la françoise qui fussent à son usage. » Relation du voycige de la Royne d$ Pologne, première partie, p. 153.
i. Journal de Marine, p. iS.
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tsar de toutes les Russics, un Palatin polonais^ fût-il son h^au-père , devait se tenir dans la plus humble attitude. Démétrius voulait n^ontrer qu'il était vérita* blement russe; mais il était trop tard.
Au festin succéda un bal non moins étrange pou."* nos usages modernes que le dîner lui-même. Démé* trius habillé en hussard dansa d'abord avec la tsarine, puis avec le Palatin son beau -père. Les seigneurs qui voulaient prendre part à la danse, s'approchaient de l'empereur , lui baisaient la main et figuraient deux à deux. Mniszek dansa une fois avec sa fille, qui ne lui donnait que la main gauche, et une autre fois avec l'ambassadeur Olesznicki. Ce dernier seul était couvert, et n'ôtait son bonnet qu'en passant devant l'empereur ^ On servit beaucoup de vins pour rafraîchissements, et quand les jeunes gentilshommes polonais se retirèrent au grand jour, ils
1. Voici commeDl Le Laboureur parle des bals de la cour de Varsovie, où il assista eu 16S5 : a Je ne vy jamais rien de plus grave, de plus doux uy de plus respeciueui. Ils dansoient en cercle , et plus ordinairement les femmes esloient deux ensemble, puis deux hommes, et ainsy du reste. Le premier tour n'estoit que de révérences, ensuilte c^estoit une cadence bien réglée; et de temps en temps, les deux dames qui menoieni le branle destournoient par le milieu loui à coup d'un pas un \wû plus viste, comme pour se dérober à la poursuite des deux ^entilzbommes qui les sui voient. » Première partie» p. 21 4.
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ne pouvaient donner aux Moscovites qu'une trèsmauvaise opinion de leur sobriété *• Ils insultèrent des femmes dans la rue ; tirèrent le sabre contre des gens paisibles qui leur reprochaient leurs insolences; en un mot, ils commirent tous les désordres qui •peuvent suivre une nuit de débauche '• La haine na* tlonale des Moscovites enregistrait soigneusement sous ces méfaits. La coupe était pleine ; elle allait bientôt déborder.
Ce moment que Cbouiski attendait avec patience depuis plusieurs mois lui parut enfin venu. Il vit que la révolte était imminente, que les étrangers avaient exaspéré le peuple jusqu'à la fureur, et que s'il tardait à donner le signal, il allait perdre lui-même le fruit de sa longue dissimulation. Il rassemble ^ en secret, dans sa maison quelques boyards, des marchands, des capitaines et des cinquantenlers de strelitz ; la haine des Polonais avait réuni toutes les classes, toutes les professions dans ce conciliabule. — a Chrétiens orthodoxes, leur dit Cbouiski, vous le voyez, Moscou, la ville sainte, est aux mains des étrangers. Les Polonais nous bravent et nous insultent.
1^ Die Folen soffen Sie sicb so ueberaus voll und toll, dasz 8*6 sich selbst regieren nicbt kundlën. Petreïus, p. 340. 1. Baer,p.76.
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Ce n'est pas assez pour eux de nos trésors abandonnés à leur cupidité; il leur faut encore nos femmes et nos filles. Un aventurier amené par eux » nous a dit qu'il était le fils d'Ivan. Aveuglép par votre haine contre Boris , vous l'avez reconnu pour le tsarévitch Démétrius, mort à Ouglitch; vous avez cru trouver en lui le défenseur de la foi^ le conservateur de nos saintes coutumes nationales. J'ai vu le péril et j'ai voulu le prévenir. Seul, j'ai tenté de démasque! l'imposteur, et j'ai failli périr sa victime. Maintenant jugez vous-même si le danger que je prévoyais est véritable. Vous avez tous vu cet homme qui se prétend rhéritier de nos glorieux tsars. Ce n'est pas même un Russe. Ne porte-t-il pas le costume polonais? Habillé en hussard il se pavane sous Taccoutrement de nos ennemis. N'a-t-il pas pris pour femme une Polonaise, une païenne, qui conduit des milliers de ses compatriotes à la curée? Ce tsar que vous avez salué de vos acclamations est un Polonais luimême, croyez-moi. Pourriez-vous en douter? Il n'aime que les étrangers. Il se plaît à profaner nos églises. Il conduit ses Polonais et ses Lithuaniens non baptisés dans les églises de Saint-Nicolas et de la Très-Sainte-Mère de Dieu. Ils y entrent avec lui, le sabre au côté, traînant sur les dalles ; ils y mènent leurs
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chiens. Us s'assoient sur les châsses ; ils s'adossent contre les saintes images.Quand nos prêtres célèbrent les divins mystères, les trompettes lithuaniennes couvrent nos chanta de leurs fanfares impies. Votre tsar de toutes les Russies chasse de leurs demeures les serviteurs de Dieu pour loger ses bouifons , ses sonneurs d'instruments, ou qui pis est, ses prêtres latins. Non, pareille impiété, pas un Russe n'en serait capable ! A ce trait , reconnaissez un Polonais non baptisé. Qui de vous l'a jamais vu s'incliner devant les images des Saints? Demandez aux gens qui le servent s'il salue même celle de saint Nicolas) La veille de la fête de ce grand Saint , il a donné un banquet où il n'y avait que du veau, servi par ses cuisiniers polonais, car il n'eût pas trouvé un Russe pour apprêter ces viandes impures. Depuis son mariage il n'est pas allé aux bains, ni sa Polonaise non plus, qui cependant s'échauffe tant à ses bals^ ses concerts, ses mascarades, tous ces abominables divertissements empruntés aux païens. Mais ce que vous savez et ce que vous voyez n'est rien encore. Apprenez quels sont ses projets. L'imposteur a vendu la sainte Russie au roi de Pologne. Tous ces hussards bardés de fer que vous avez vus à sês noces, toutes ces armes qu'ils ont apportées dans leurs
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chariots, il les a fait venir pour massacrer vos boyards et les ministres de notre sainte religion. Dimanche , les Panes Polonais montent à cheval pour célébrer par un carrousel, disent-ils, le mariage de la femme qu'ils ont amenée. Tout le conseil , tous les boyards sont invités à cette fête ; et lorsque nous serons ainsi désarmés entre leurs mains, le traître donnera le signal de regorgement. Poui vous tous, s'il vous laisse la vie, il vous ôtera jusqu'à votre dernier rouble pour le donner à ses Lithuaniens. 11 vous ôtera vos femmes, votre religion même, car le pape de Rome est son Dieu , et il a promis de détruire en Russie la foi orthodoxe , d'y bâtir des églises, d'y mener des cardinaux et des évéques. Pour moi, je ne verrai pas ces abominations. Fussé-je seul encore une fois à me lever contre le tyran, je périrai s'il le faut , mais de la mort glorieuse d'un martyr. Je mourrai devant cent mille Russes , qui se laissent faire la loi par cinq mille Polonais. Ah ! si vous avez honte de votre lâcheté , chrétiens (H*tho« doxes, joignez-vous à moi. Levez-vous , et en une heure vous serez délivrés des étrangers qui nous oppriment' ! »
1. Journal des ambassadeurs, p. 171. « Gos, Gramoly, Idterrogatoire de J. Buczynski, II, p. 298. — Baer, p« 74.
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Ce discours est accueilli avec enthousiasme; chacun s'offre pour partager le péril et la gloire de délivrer la patrie. Après une courte délibération , on règle le plan d'attaque^ on assigne à chaque conjuré le poste qu'il doit occuper. Toutes les mesures soni prises pour qu'au signal que donnera Basile Ghouiski, déjà reconnu pour chef du complot et presque de la nation, l'usurpateur soit assailli dans son palais, tandis qu'en même temps les Polonais logés dans la ville seront massacrés isolément, avant qu'ils aient pu s'armer et se réunir. En attendant cette sanglante exécution , des hommes affîdés se dispersent dans les faubourgs, chargés de répandre parmi le peuple, dans les marchés et dans les cabarets , que le tsar vient d'abjurer la religion grecque , et que, par son ordre , les Polonais se préparent à tuer les boyards et les meilleurs citoyens, rassemblés hors de la ville pour te carrousel annoncé. .
La conjuration était flagrante , presque publique; les chefs seuls se cachaient encore, ou plutôt ils rédoublaient de flatteries et de bassesses pour endormir leur victime dans une fausse sécurité. A la cour, il n'était question que de fêtes et de festins. Le tsar^ nageant dans la joie, voulait que tout ce qui Tappro* chait fût heureux comme lui. Il répandait l'or à
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pleines mains. Oubliant la politique soupçonneuse de Boris^ qui voulait anéantir toutes les grandes familles, il avait . quelques mois avant son mariage avec Marine y célébré en grande pompe les noces du prince Fêdor Mstislavski avec une cousine de la tsarine Mar« pha * . Maintenant , il voulait que Basile Chouiski se mariât également à une demoiselle de la famille des Nagoi^; il avait assisté aux fiançailles et aux apprêts des divertissements qui allaient se succéder sans interruption; il semblait qu'il eût^oublié ses projets de guerre contre les Tartares. Au milieu de toute cette allégresse qui ne dépassait pas les murs du Kremlin , les discours incendiaires de quelques conjurés subalternes y les menaces vagues des artî* sans et des gens du peuple finirent par attirer l'attention des Polonais y et même celle du tsar, quelque soin que prissent ses ministres pour lui en dérober la connaissance. Tour à tour Mniszek , des gardes du corps allemands et plusieurs capitaines de strelitz firent part à Démétrius de leurs inquiétudes et des symptômes alarmants qu'ils avaient remaiv qués dans les dispositions de la populace. Boris avait encom*agé les délateurs; et, dès les premiers