Karamzine, X, 54 et suiv
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par les Russes qui soupçonnèrent un piège , ou qui pensèrent que les Polonais , par la supériorité de leur civilisation, dominerûent dans la fusion des deux peuples.
Cependant; après la mort d'Etienne Batthori, son plan reparut, et cette fois produit par les Russes. Fêdor fut un des candidats au trône de Pologne, lors de l'élection de 1587, et selon toute apparence il aurait été désigné par la diète, si des préoccupations religieuses ne fussent intervenues, qui dominèrent la question politique. Blessé dans sa croyance et dans son orgueil national, Fêdor rompit brusquement les négociations*. Bien qu'avortées, ces tentatives prouvaient qu'en dépit de leiors vieilles que^ relies , les deux grands peuples slaves avaient conscience de leur commune origine. Entre eux il existait plutôt une rivalité qu'une haine nationale; mais ils étaient trop proches voisins, et, si Ton peut ainsi parler, trop proches parents, pour que toute révolution intérieure de l'un des deux peuples n'attirât pas l'intervention de l'autre.
1. Kararazine, X, 118 et suiv.— La Diète exigeait que Fëdor prit le titre de roi de Pologne avant celui de tsar de Russie ; de plus , qu*il demandât la bénédiction du pape , et qu'il don-' nât l'espérance de trayailler à la re union des deux Églises^— Voir aussi le Journal de la Diète de 1587.
3S LES FAVX DÉMÉTRIUS.
C'était déjà un grand juccès pour Boris que dV Yoir été reconnu sans contestation par le prince qui léguait alors en Pologne. Sigismond UI, qui succéda à Batthori. avait été élu en 1587. II était fils de Jean HI, roi de Suède, et de Catherine Jageilon. En 1S91, il hérita de la couronne de Suède. Bien que petit-fils de Gustave Wasa, qui introduisit dans ce pays la réforme de Luther , Sigismond tenait de sa mère un zèle ardent pour la religion catholique. Un historien polonais en cite cette preuve, qu^à son avènement au trtoe, son conseil était presque entièrement composé d'hérétiques, et qu'à sa mort il n*y en restait plus que deux seulement ^ . Alarmés de sa ferveur convertissante, les Suédois, ses nouveaux sujets, excités d'ailleurs par Charies, duc de Sudermanie, son oncle ^ lui imputèrent des projets menaçants pour leur croyance. Sigismond , fier de sa double couronne, et i(xi de la cause qu'il défendait, ne ménagea pas les susceptibilités des Suédois, dont bientôt le mécontentement éclata en révolte ouverte» Il essaya de les réduire, mais la diète polonaise re* fusa assez durement de se mêler d'une querelle qui n'intéressait que son roi. Battu par le duc de Sudermanie, chef des rebelles, en 1598, il fut contraint
t. Stan. Kobierzycki , Bitiwia YUidislai, p. ^
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de signer k Stonegebro une capitulation honteuse. Uannée soÎTanie, les États de Suède prononcèrent sa déchéance, offrant la couronne à son fils Vladislas, à la conditian que le jeune prince serait élevé à Slockhdm et dans la religion luthérienne. Sigismond résista a?ec opiniâtreté à tout accommodement, et à Taide de qaelcpies secours qu'il obtînt de la Pologne, il s'obstina à continuer la guerre ^
La défaite de Sigismond en Suède coïncida avec rextincti(Hi de la dynastie Varègue en Russie , et, Inen que le prince polonais fût ambitieux, et qu'il crftt avoir hérité du génie de Batthori pour la guerre en même temps que de sa couronne , il ne se sentit pas en me^re de troubler rélection de Boris. Ce démet profita aaec habileté des fautes ou des malheurs de son voisin. Dans ses relations avec la Pologne il prit un ton plus fier, et d*abord refusa de reconnaître les droits de Sigismond au trône de Suède, mais en môme temps il repoussa avec hauteur les avances du duc de Sudermanie, qui venait
1. « Prince constant, généreux, libéral, cl surloul pieux, « dévot , et si affectionné à la religion catholique qu'il en perc <lit la couronne de Suède; ce qni fit dire à i*fimpereur son « beau-frère (Ferdinand II) quMl avait perdu la terre pour « avoir le ciel. » Le Laboureur , Relation du voyage de la Royne de Poiogne, 2» pan., 198.
iO LES FAUX DÉMiTBIUS.
d*étre nommé régent par les États. Fidèle à sa politique de temporisation, il évitait de rompre ouvertement avec les deux princes rivaux , mais il suivait avec joie les progrès d'une lutte qui les épuisait Tun et Tautre. Une trêve de quinze ans avait été jurée entre la Pologne et la Russie; elle n'empêcha pas Boris de reprendre ses prétentions sur la Livonie, que le sabre de Batthori avait récemment arrachée à Ivan. Des émissaires russes inondaient cette province, en attendant que Toccasion se présentât de la reconquérir à main armée. Le tsar prodiguait For pour s'y faire des partisans; il accordait des priiviléges aux marchands livoniens; il accueillait avec faveur les exilés; en un mot, il ne négligeait rien pour accroître son autorité et se présenter comme un arbitre irrécusable entre les puissances du Nord.
Parmi les moyens qu'il employa pour atteindre ce but, il en est un qui, à mon avis, eut une influence fatale sur le sort de la Russie, mais dont il était impossible alors de prévoir les conséquences.
Outre les deux princes qui se disputaient la couronne de Suède , SIgismond et Charles , duc de Sudermanie, il y en avait ur troisième, qui avait aussi des prétentions à faire valoir, plus légitimes peutêtre que les deux premiers : c'était Gustave Éric-
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seUy fils de Eric XIV, roi de Suède j et de Catherine MansdofkA^r, femme d'une basse naissance, mais qui pourtant avait été reconnue pour reine par la nation, n avait un an à peine, lorsque son père, atteint d'une démence furieuse, fut déposé et enfermé dans une forteresse, où il mourut en 1577, empoisonné publiquement, et en quelque sorte avec l'autorisation solennelle des États*. Cependant la couronne fut remise au frère d'Éric, Jean m, le chef principal des rebelles, qui à sa mort la transmit à son fils Sigismond, déjà roi de Pologne. Gustave partagea quelque temps la captivité de son père, après avoir été déclaré indigne du trône à cause de son origine ijnoble. Échappé à la prison et probablement à la mort que lui préparait son oncle, l'usurpateur Jean m, il mena longtemps une vie errante, promenant sa misère dé pays en pays, excitant partout la curiosité, plutôt que la pitié des princes du Nord , par ses infortunes et son savoir, qui passait alors pour extraordinaire *. Il parlait , dit-on , avec facilité toutes les langues de
1. Messenius Scandia Hlustrata, VII» 10, 93 et suiv. — Geyer, Bist. de Suéde, chap. xi . ^
%. Il étudia chez les jésuites, à Braunberg, à Thorn et à Vllnay passant les journées dans leurs écoles , et les nuits dans une auberge , où il gagnait sa vie k panser les chevaux. Le journal Us d'Eric XIV, que possède aujourd'hui la bibliothë-
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TEnrope , et on le teDail pour un grand alchimiste* Tout jeune encore, on Tavait surnommé le nouveau Paraeeise. Comme la plupart des adeptes des sciences occultes, il était réduit à mendier son pain auprès des rois et des grands seigneurs qu'il amusait de ses expériences, n^ayant d'ailleurs d'autre ambition que de s'illustrer par des découvertes scientifiques, et plus fier de sa renommée d'alchimiste que de son origine royale. Un agent de B(»ris le découvrit à Thom en 1599, d'où il le conduisit à Moscou avec de grands honneurs. Ou lui fit des présents magnifiques, on lui assigna un état de maison considérable; bref, il fut traité en prince et en prince légitime. S'il faut en croire quelques historiens, Boris lui ofiBrit même la main de sa fille Xénia, is^il consentait à entrer dans la communion grecque*. Mais il est peu vraisemblable que, voulant en faire un prétendant au trAne de Suède, il lui créât un obstacle formidable par un changement de rdigion. Au reste, le tsar ne tarda pas à reconnaître à quel
qae d'Upsal , et qui a appurleon à GasUve , fut , dit-en» laissé par ce dernier en gage à YUna, chei un aubergiste qu'U ne pouvait payer autrement En i59S , Sigismood lui fit une penlioo nèdiocre, et de plus aœei inexactement soldée. Gfr. Uessenius, loc. eii , et Geyer.