‹ Épisode de l'histoire de Russie; Les faux DémétriusChapitre 96 sur 150 · Baur, p · texte numérisé non relu

Baur, p

i. Margerel, p* 1^3> 145 et suif.

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dessus de la table sur laquelle le cadavre était étendu. Lorsqu'ils approchaient, elle disparaissait, et revenait lorsqu'ils s'éloignaient. Ce phénomène, qui se produit assez souvent sur les cadavres en putréfaç^ tion, inspira au .œuple une terreur superstitieuse. Un marchand, dont le nom est demeuré inconnu , obtint des boyards la permission d'enlever le corps et de l'enterrer dans le cimetière de Serpoukhof , hors de la ville. On se rappelle qu'un ouragan avait accueilli Démétrius à son entrée dans Moscou : un autre oiu*agan l'accompagna à sa sortie ; et, si Ton en croit un auteur contemporain , présent à Moscou à cette époque, le tourbillon ne passa que sur les rues traversées par le funèbre cortège. Au moment où il franchissait la porte de Koulichko , le vent redoublant de violence emporta le toit d'une des tours et couvrit la route de ses débris ^ Les prodiges ne faisaient que conmiencer. Le corps du tsar, enterré auprès de la chapelle et non loin d'autres victimes de la vengeance moscovite , ne devait pas longtemps demeurer en repos. On remarqua que deux oiseaux semblables à des colombes s'étaient abattus auprès

1. Baer^ p. 100. — Journal de Marine, p. 63. — Petreïus» p. 354. ~ Peyerle, p. 70 — Journal des ambassadeurs polonais, p. 192.

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desa fosse ; ils s'envolaient à l'approche des curieux, mais bientôt après revenaient à leur premier poste y comme des génies funèbres préposés h la garde de ces restes mutilés. On vit ou l'on crut voir une nouvelle flamme voltiger au-dessus de c^tle tombe; quelques-uns entendirent une musique surnaturelle. Puis, bientôt îa fosse fut ouverte , bouleversée , et le cadavre se retrouva sur le sol , loin de la chapelle , à l'autre bout du cimetière. La terreur était générale ; le peu|4e crut que Démétrius était un être diabolique, une espèce de vampire. Plusieurs disaient qu'il avait appris la magie panni les Finnois, et qtfil était de ces sorciers qui, par leur art infernal, savent mourir et ressusciter. On le jeta dans un bûcher qui le réduisit en cendres. Par surcroît de précaution , on recueillit ces cendres et Ton en chargea m. canon, qu'on traîna jusqu'à la porte par où Démétrius était entré dans Moscou; puis lescanonniers tournant la bouche de la pièce vers la route qui conduit en Pologne, fu*ent feu, et la Russie se crut à jamais délivrée * . Vain espoir! La poussière de Timposteur était dispersée dans les airs , mais son nom subsistait encore avec le souvenir de son audace et de ses suc-

1. Peyerle, p. 70 — Baep, p. 100 et suiv. — Peireïus, p. 35^ — Journal des ambassadeurs polonais p. 102.

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cas. Nouveau phénix , Démétrius allait renaître de ses cendres.

Il régnait dépôts onze mois moins quelques jours , lorsqu'il fat assassiné. Il fut conune un brillant météore qui éelate tout à coup dans les ténèbres, et (fisparalt sans laisser sa trace. Il annonçait de grandes réfcmnes et de vastes desseins qui périrent avec loi. S*il eût obtenu des succès contre les Tartares , il eût formé une armée nationale qui l'aurait affermi sur le trône. Ce fut cette armée qui lui manqua, ou plutôt il ne sut pas lui donner des chefs pour le seconder. Le peuple 9 un instant ébloui par son audace, Fabandonna; le croyant vend» aux étemels ennemis de la Russie. Cependant, sauf son mariage avec une Polonaise, Défiiétriusne négligea rien pour satisfaire Torgueil national de ses sujets, et Ton ne peut douter qu'il ne voulût sincèrement Tindépendance et la grandeur de son pays, que d'ailleurs il identifiait avec sa propre gloire. On l'accusa de vouloir céder à la Pologne quelques-unes des provinces de son empire, au moment même où il reniait la tutèle de Sigismond. Mais tous ses agents étaient ligués pour le ti'ahir. Les boyards, fatigués du joug de Boris , Tavaient accueild comme un libérateur , parce que seul il avait osé lever un étendard contre le despote

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détesté mais craint de tous. Ils le prirent d'abord pour un soldat hardi, qui, en retour de quelques vtûns honneurs, prêterait son épée à la noblesse abaissée et avilie par Boris. Les principaux de cette noblesse s'attendaient à gouverner sous le nom de Démétrius; et , si Ton peut ainsi parler, il^ l'accueillirent et favorisèrent son entrée à Moscou comme un expédient d'interrègne. Les aristocraties ambitieuses et timides adoptent facilement un chef au moment du danger, mais elles veulent recueillir pour ellesmêmes les fruits de sa victoire* Lorsque les boyards s'aperçurent que ce jeune aventurier voulait et pouvait régner par lui-même , ils ne s'appliquèrent plus qu'à le rendre odieux. Son irréligion , ou plutôt sa tolérance, servit merveilleusement leurs projets» Libre des superstitions populaires, impatient comme un jeune homme de policer son pays , aveuglé d'ailleurs par son étonnante fortune, Démétrius ne mesura pas la grandeur des obstacles qu'il avait à surmonter.

Il s'était proposé pour modèle notre Henri IV, conquérant comme lui de son royaume héréditaire, n en parlait souvent avec admiration et voulait entretenir avec ce prince une correspondance suivie * •

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