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Deux faits Tun et Tautre parfaitement établis la contredisent , d'ailleurs , d'une manière qui me semble péremptoire. D'abord il est certain que le faux Démétrius parlait le polonais avec la plus grande facilité, et qu'il se servait même de cette langue dans sa correspondance intime, de préférence à Pidiome russe*. Un contemporain affirme qu'il ne parlait pas le russe purement , ou du moins qu'il mêlait dans ses discours des expressions empruntées au polonais^. Si Ton néglige ce dernier témoignage un peu suspect, car il vient d*un étranger qui savait lui-même assez mal la langue russe , il n'efi reste pas moins incompréhensible et piesque impossible qu'un moine élevé dans Tintérieur de la Russie se soit si bien familiarisé avec le polonais , quMl le parle dès en entrant en Pologne aussi bien que sa langue natale'. En second lieu, l'adresse merveilleuse de
1. Ainsi , dans la collection des Archives impériales, on voit la liste des membres du conseil de Démétrius écrite en polonais.
2. «Il parloit aussi bon russe que fsiire se pouvoit, sinon que pour orner le langage, il y mesloit parfois quelque plirase polonoi>'e. » Mnrgeret, p. 163.
3. La grande ressemblance entre les langues russe et polonaise et la communauté de leurs racines est dans le fait une difficulté de plus pour les parler correctement Tune et Pautre. On sait que, dans ce cas même, Taccent national trahit toujours eelui qui s*exprime dans la langue qui lui est étrangère.
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Démétriu& dans tous les exercices guerriers , sa grâce à monter à cheval , ses habitudes de chasseur et de soldat j comment les concilier avec une éducation monacale? Sans doute, il y avait alors en Russie bien des moines qui ne menaient pas une vie régu* lière , mais dans quel couvent en eût-on trouvé qui tuassent des ours d*un seul coup d'épieu y ou qui pussent condmre à une charge un escadron de hussards? A cette objection , on a essayé de répondre en supposant que le moine Otrepief , ayant sans doute conscience des talents qui lui manquaient pour jouer le rôle de prétendant, serait allé faire son éducation militaire soit chez les Zaporogues^ soit chez le prince Wiszniowiecki , mais la comparaison dés dates entre la fiiite du moine Otrepief, lequel ne quitta au plus tôt la Russie qu'au comn)encement de Tannée 1603, et Tapparition de Démétrius chez le prince Wi^^zniowiecki vers le milieu de la même année , ne permet pas de croire qu'en quelques mois un moine ait pu se transformer en un hardi capitaine d'aventuriers ^ Enfin des témoins dignes de foi , le
1. Karamzine (XI, p. 165 et suW.), sans faire attention à la date dePentrée de Déméirins en LItbuaDie, raconte «qu'il habHn suoeessiyement les cooyents de Petchera, de Nikolsk et de Derman, officiant en qualité de diacre. Pois» quittant son froc, il
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ministre luthénen Baer et le capitaine Margeret attestent l'existence siainltanéede Démétrius et d'Otrepief. Le dernier même affirme que le véritable Otrepief 9 beaucoup plus Agé que Phomme qui prenait le nom de Démétrius, reparut en Russie à sa suite 9 qu'il lui survécut, et qu'il résida quelque temps à laroslavly sa ville natale , sous son véritable nom^ •le crois à peine nécessaire de réfuter le roman inventé après coup pour résoudre cette difficulté. On a imaginé qu'au moment de passer la frontière, Otre-
s associa aux Zaporogues et servit dans la bande de Gberaz Evmghel , où il apprit à manier un sabre et à çondaire qb dttîval. Après quoi ii s'en alla en Yolhyaie à Gatcha (Huszsza) étudier le polonais et le latin. Enfin il entra an service du prince Adam Wiszniowiecki, où il demeura assez {onglempt.»
Ainsi le moine Otrepief qui sortit de Russie en 1603, et qui, ▼ers le milieu de la même année, se fit reconnaître pour le tsarévitch Démétrius, serait, en moins de six mois, allé de Bossieen LiUiuanie, de Lithuanie à Tembouchure du Dnieper, de là en Volhynie, puis de nouveau en Lithuanie, faisant partout d*assez longs séjours, apprenant chemin faisant le latin , le polonais , Tescrime et l'équitation. Quel moine que cet OtrepieC, et quelle merveilleuse facilité pour fiire et apprendre tant de choses en si peu de temps ! Tantôt moine, tantôl soldat , puis écolier, puis valet de chambre, et prince finalement,, tout cela, sans préjudice des grandes intrigues qui Toecupaient, dans six mois de l'année 1603 1
1. «G^est chose toute approuvée et asseurée que ledit Rostrigue [Rostriga , moine défroqué) est aagé de trente-dcq k
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pief donna son nom à un autre moine fugitif, son compagnon, elle chargea d'aller soulever les Cosaques*. Mais pourquoi prendre ce nom d'Otrepief parfaitement inconnu aux hordes du Don? Quel crédit pouvait avoir parmi elles un moine de laroslavl? Enfin le moyen de croire que le véritable Otrepief , reconnu pour le tsarévitch Démétrius , ait été assez fou pour exiler le faux Otrepief, son instrument, à laroslavl , c'est-à-dire dans une ville où le véritable Otrepief avait des parents et était connu de tout le monde? Il est inutile de s'arrêter à des inventions si
trente-huit ans, au lieu que lodit Démétrius n*avoit que vingttrois à vingt-quatre ans lorsqu^ii r^entra en Russie; puis l'y. ramena, ei un chacun qui Ta voulu voir Ta veu. L*on connoissoit ce Roslrigue devant sa fuitte pour un homme insolent , adonné à IMvrognerie, et pour laquelle insolence fut par ledit Démétrius conlinô à Jérislaf [laroslavl] 230 virst de Mosco, où il y a «me maison de la com|)agnie angloise, et celui qui y demeuroit m*a affirmé qu'il avoit été asseuré par ledit Rostrigue, lors même que les nouvelles vinrent que ledit Démétrius avoit été meurtry, que ledit Démétrius étoit le vrai fils de Tempereur Joannes RasiUus (Ivan Yassilievitch), et qu*il Tavoit conduit lui-même hors de Russie; ce quMI attesta avec grands serments, asseurant que Ton ne pouvoit nier que luimême ne fût Grlsque Olrepiof (Grichka Otrepief), surnommé Rostrigue. Quelque temps après, Yacilel Ghoutsqui (Vassili Ghoniski) renvoya quérir; mais ie ne sçay ce qa*U est de« venu.» Margeret, p. 156.