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Histoire de la Société des Concerts du Conservatoire

laquelle, grâce à sa persévérance, les œuvres de Beethoven finirent par s'imposer. Les concerts spirituels de l'Opéra ne survécurent point à son départ.

Il faut maintenant franchir un intervalle de quarante et un ans pour trouver une entreprise de concerts constituée à l'Opéra. Par suite d'une entente avec Emile Perrin, Henri Litolff s'était chargé de réunir cent exécutants étrangers au personnel de l'Opéra. Il se proposait de donner, de quinzaine en quinzaine, une série de quatorze concerts ; les prix habituels devaient être réduits pour les abonnés, il y avait même des abonnements de quatre concerts au choix. Le premier eut lieu le 7 novembre 1869 ; il débutait par l'ouverture des Girondins de Litolff. Il offrait, entre autres morceaux, trois fragments de la Damnation de Faust et trois pièces de Gounod, dirigées par l'auteur; il se terminait par la « Symphonie avec chœurs » qui, insuffisamment répétée par les chanteurs, fut massacrée. Au second, le 21 novembre, on entendit notamment la Conjuration des Djinns du Sélam d'Ern. Reyer et XSi Suite d' orchestre de M. Saint-Saëns, dirigée par l'auteur. Ce second fut le dernier, Litolff s'étant brouillé aus-

sitôt avec la direction. Mais l'idée avait germé, elle fructifia l'année suivante.

Le 2 septembre 1870, l'Opéra avait donné sa dernière représentation. Les désastres de la guerre et la Révolution du 4 septembre lui ayant fait retirer sa subvention, Perrin donnait sa démission, et le personnel du théâtre restait sur le pavé, beaucoup d'artistes sans ressources. Dans cette triste circonstance, ils eurent l'idée de se réunir en société et de demander au ministre de l'Instruction publique l'autorisation de donner des concerts à leur profit dans la salle de l'Opéra, en réservant le produit de la première soirée aux victimes de la défense de Châteaudun. Cette autorisation leur fut accordée par Jules Simon, sous la date du 28 octobre; le premier concert fut affiché pour le 3 novembre, mais il n'eut lieu que le 6.

Figuraient dans ces concerts des fragments d'opéras du répertoire et des morceaux prêtant à l'allusion patriotique, tels que le Chant du dépari de Méhul. le choeur de Charles VI : « La France a l'horreur du servage », le duo de la Muette, etc. Pour eux, M. Saint-Saëns avait composé une cantate de circonstance qui ne fut pas exécutée; la Marche héroïque qu'il dédia à la mémoire

d'Henri Regnault, son ami, et qui fut jouée l'année suivante, aux Concerts populaires, en est extraite. Malgré la haine qu'on portait alors à l'envahisseur, au troisième concert (i3 novembre» on joua la marche avec chœur de Tannhauser, et au quatrième (le 20), l'ouverture. 11 faut dire qu'à ce moment, un revirement était près de se produire en faveur de Wagner. Perrin avait depuis longtemps l'idée de monter Lohengtnn; quelques jours avant la déclaration de guerre, le Figaro aux « Echos de théâtres », lui prétait le projet de reprendre Tannhauser, et publiait la distribution des rôles * .

Ces concerts continuèrent ainsi, avec un certain succès, jusqu'au mois de mars 1871. Le vingtième était affiché pour le 19, on devait y chanter le Désert: les troubles qui venaient d'éclater dans Paris l'empêchèrent. Ce fut la fin.

I. Mnies Hisson, Vénus; Sass, Elisabeth; Arnaud, le Pâtre. MM. Colin, Tannhauser ; Faure, Wolfram; David, Hermann. 11 faut remarquer que le 3o avril 1864, l'ouverture de Tannh'duser avait été jouée dans une représentation au bénéfice de la Caisse des auteurs et compositeurs dramatiques, et qu'elle fut rejouée le 23 décembre i865, dans une représentation au bénéfice de la Caisse des pensions des artistes de l'Opéra.

Entre temps, il faut noter que le lundi 27 novembre 1870, la Société des gens de lettres donna dans la salle de la rue Le Peletier, une matinée consacrée à la récitation de pièces célèbres des Châtiments par les principaux acteurs de Paris. La séance littéraire était encadrée par les ouvertures de la Muette et de Zampa, dirigées par Georges Hainl.

La politique joua bientôt un mauvais tour à cet artiste. Après la fermeture de l'Opéra, il était parti pour Lyon où il dirigeait l'orchestre du théâtre. Vers la fin de la Commune, il reçoit un billet signé : Charles Garnier, qui l'invite à prêter son concours à un concert organisé à l'Opéra. Il accepte aussitôt, croyant avoir affaire à l'architecte, alors que ce Charles Garnier, son correspondant, n'était qu'un pauvre diable d'acteur qui, grâce à la Commune, avait usurpé la direction de l'Opéra K

I. Par arrêté du 10 mai 1871, signé du citoyen Cournet, délégué à l'Intérieur, Emile Perrin, directeur de l'Opéra, était révoqué et le citoyen Ch. Garnier promu à sa place. Une commission lui était adjointe pour veiller aux intérêts de l'art musical et des artistes. Le jeune compositeur Raoul Pugno figurait parmi ses membres; elle fut installée le I 2 mai 1871. Voir Moriac : Paris sous la Commune, 1 vol. in-i8, Dentu, 1872.

Le premier acte d'exploitation de Garnier fut de préparer et d'aflicher un concert au profit des victimes de la guerre, veuves et orphelins du personnel de l'Opéra. Entre autres morceaux, on devait y entendre la poésie de V. Hugo, Patria, adaptée à une mélodie de Beethoven, chantée par Mme Ugalde, la scène finale de l'opéra Nahel de LitolflP, chantée par Mme Morio, de la Scala, un hvmne révolutionnaire de Gossec, Vive la liberté! et deux compositions du jeune Raoul Pugno : Hymne aux Immortels, sur des vers de 'V. Hugo, chanté par M. Romani, du Théâtre-Italien, et Alliance des peuples, marche et chœur sur des paroles de circonstance de David Gradith. Annoncé pour le 22 mai 1 871, ce concert fut répété seulement. L'entrée des troupes dans Paris en empêcha l'exécution.

Enfin, il faut arriver aux deux auditions des 22 et 2g mai 1S80 organisées par Vaucorbeil. Présentées sous le nom de «Concerts historiques», elles offraient un programme varié, une partie rétrospective composée de pièces de chant et d'orchestre de Lulli, Rameau, Gluck, Grétry, Rossini, une oeuvre moderne : l'oratorio la Vierge de Massenet. Malgré l'excellence de l'exécution par les

meilleurs chanteurs de l'Opéra, malgré la présence du jeune maître au pupitre, ces concerts n'eurent pas de succès. Peut-être faut-il attribuer leur échec aux prix élevés des places, peut-être à ce fait qu'ils avaient lieu le samedi soir au lieu d'être offerts en matinée, le dimanche.

Cet article a été écrit à l'occasion des concerts qu'institua M. P. Gailhard, directeur de l'Opéra, à la fin de l'année iSqS, dans le but d'assurer aux jeunes compositeurs le moyen de se faire connaître. L'orchestre et les chœurs étaient ceux de l'Opéra ; ils étaient placés sous la direction de leurs chefs respectifs, MM. Paul Vidal et G. Marty, le ballet lui-même concourait à ces séances musicales ; des danses anciennes en costumes étaient offertes aux spectateurs, et ce fut même là le plus grand attrait de ces matinées du dimanche, l'intérêt musical de ces concerts étant en somme assez médiocre.

Il y eutdeux saisons, l'une en 1896, l'autre en 1897. La première commença le 3o décembre 1895 et le même programme fut redonné, le dimanche suivant, 5 janvier 1896. Et ainsi de suite : 19 et 26 janvier, 9 et 16 février, 2 et 4 avril (concert spirituel).

Outre les danses anciennes, des fragments de tragédies lyriques classiques : Alceste, Œdipe à Colone, la Vestale, interprétés par les meilleurs chanteurs de la troupe de l'Opéra: Mmes Caron et Bosman, M. Delmas, alternaient avec des œuvres inédites de jeunes compositeurs, Prix de Rome, pour la plupart, et des morceaux déjà entendus dans d'autres concerts. Dans la première saison, les nouveautés s'appelaient : Temps de Guerre, suite d'orchestre en cinq parties de M. Fernand Le Borne, la Nuit de Noël de M. Gabriel Pierné, qui eut un grand succès, puis des fragments du Duc de Ferrare, drame lyrique en 4 actes de Georges Marty, qui fut représenté en 1899 ^ ^^ Renaissance transformée en Théâtre-Lyrique par les frères Milliaud. Ensuite vinrent : A la villa Médicis, suite d'orchestre de M. Henri Bûsser, une autre suite de M. Hirschmann et le Songe de la Sulamite de M. Bachelet, chanté par le ténor Affre et Mme Bosman ; puis le Poètne carnavalesque de M. Silver, des fragments de la musique de scène écrite par M Georges Hue pour la Belle au bois dormant, féerie de M. Rob. d'Humières ; enfin une ouverture dramatique de M. Mestres, Saint Georges, cantate de M. Paul

Vidal, un Requiem de M. Alfred Bruneau, chanté par Mmes Bosman, Héglon, MM. Vaguet et Delmas.

Des compositeurs illustres ou estimés rehaussèrent de leur réputation l'éclat de ces programmes; on y vit figurer le Prologue de Françoise de Rimini, opéra tombéen 1882, quivalutuneovation à sonauteur, Ambroise Thomas ; la marche de S\abady de J. Massenet, la symphonie en mi bémol dit M. Saint- Saëns, œuvre de jeunesse; l'Enterrement d'Ophélie et la Rapsodie cambodgienne de Bourgault-Ducoudray, une cantate de M. Ch. Lefebvre : Sainte Cécile et même une marche avec chœur tirée de Ma^eppa, opéra de Mme de Grandval.

Pour la seconde saison, la Direction se montra moins hospitalière aux jeunes. Le premier concert (3 et 10 janvier 1897) révéla du moins la symphonie en ut majeur de M. Paul Dukas, qui est entrée par la suite au répertoire de nos sociétés de concerts; le second (24 et 3i janvier) fit entendre une cantate de M. Xavier Leroux: Vénus et Adonis {soli par Mmes Héglon, Carrère et Lorentz); le violoniste Laforge y exécuta un Concerto-féerie d'un M. Gaby, parfaitement obscur, et qui fit rire le public; le quatrième, donné les 7 et 14 mars,

offrait aux auditeurs une rapsodie marocaine de M. Lucien Lambert : Tanger le soit\ et les Lupercales de M. A. Wormser. .

La partie rétrospective comprenait des chants populaires français recueillis et harmonisés par M. Tiersot, des fragments de Paris et Hélène de Gluck, chantés par Mme R. Caron, l'ouverture de Léonore de Beethoven, des morceaux du Sélam d'Ernest Reyer {soli par le baryton Renaud et Mlle Bréval), de l'Opéra; C/rcede M. Th. Dubois, le Ping-Sin. de M. H. Maréchal; la Mer, cantate de Victorin Joncières. Aux écoles étrangères furent empruntés un tableau duMe/isto/ele d'iV. Boïto et une symphonie de Svendsen. Enfin la Damnation de Faust, d'Hector Berlioz, chantée par MM. Vaguet, Fournets et Paty, et successivement par Mmes Grandjean et Bréval, eut, sous la direction de M. Paul Vidal, quatre auditions, les 21 et 28 février, 28 mars et 4 avril.

Médiocrement rémunératrice, cette expérience de deux années suffit à M. P. Gailhard. Bien que l'acoustique de la salle avec l'orchestre sur la scène eût paru défectueuse, la Société des concerts, dont la salle était livrée aux réparations, imagina de s'installer provisoirement dans la salle de

l'Opéra, le dimanche en matinée. La première séance eut lieu le 12 décembre 1897. Mais l'essai ne réussit guère sous le rapport pécuniaire, et n'augmenta pas la renommée artistique de l'illustre compagnie. Ce fut plutôt le contraire. Aussi la Société s'empressa-t-elle de réintégrer dès la saison suivante (4 décembre 1898) la petite salle pompéienne de la rue Bergère.

Ci finit l'histoire des Concerts à l'Opéra.

P. S. — Depuis lors, il n'y a plus eu à l'Opéra, comme auditions de musique non dramatique, que celle du Jugement de Paris, pièce symphonique de M. Ed. Malherbe, couronnée le i3 février igoS par un jury spécial et exécutée par l'orchestre le 27 octobre, avant la dernière reprise du Freischiit^. D'autre part, la salle a été louée par M. Gabriel Astruc, en 1906 et 1907, pour des festivals. Engagé par lui, le célèbre Kapelimeister F. Weingartner dirigeait le 28 avril 1906, en l'honneur de Berlioz, la Damnation de Faust [soli par Mme L. Bréval. MM. Plamondon, Delmas, Nivette), le i*' mai, en l'honneur de Beethoven, la Fantaisie avec chœurs et la Neuvième Symphonie (soli par Mme Verlet et Passama, MM. AfTre et Gresse). Grâce à lui aussi, des concerts de musique russe, symphonies ou fragments de drames lyriques, dirigés par MM. A. Nikisch, Rimsky- Korsakofï et Chevillard eurent lieu dans le même local, les 16, ig, 23 et 3o mai 1907. C'est de là que date la révélation du talent du baryton Chaliapine et du mérite de Boris Goudounniv, qui fut représenté l'année suivante. Enfin, le 26 mai 1909, concert de gala pour l'érection d'un monument à Beethoven.

Après avoir comparé en Le Sueur le compositeur dramatique et le maître de chapelle, Raoul Rocheîte, dans l'Éloge qu'il lut à l'Institut le 5 octobre iSSgS concluait en ces termes: « L'Église garde plus fidèlement les talents qui se vouent à son culte que le monde ne fait de ceux qui travaillent pour ses plaisirs. Il y a toujours dans les travaux de ceux que la religion inspire quelque chose de sa puissance et de sa durée ; et c'est ce qui a lieu surtout pour la musique... On peut dire des chants de l'Église qu'ils participent à ce qu'elle a elle-même d'immuable et de sacré. » Raoul Rochette fut mauvais prophète en ce qui concerne Le Sueur.

1. Publiée dans la Fj-ance musicale d'Escudier le 17 novembre i83g, cette notice parut chez Didot en brochure, l'année suivante.

L'Église a négligé de garder le souvenir d'un musicien qui a tant écrit pour elle et qui a dû le meflleur de sa renommée à ses productions religieuses. Octave Fouque, qui a écrit la moitié d'un volume in-i8 sur Le Sueur dans ses Révolutioniiaires de la Musique^, n'a étudié de près que V Oratorio de Noël. C'est le seul pour lequel on ait une. date certaine. Après avoir épuisé toutes les sources d'information, notices des dictionnaires, souvenirs des contemporains ou des descendants, archives, ouvrages historiques et journaux du temps, j'en suis réduit à exposer de simples conjectures,— et je m'en excuse d'avance auprès du lecteur, — en ce qui concerne l'origine, l'époque de la composition et de l'exécution delà plupart des oratorios de Le Sueur. Avant de les passer en revue, il me semble utile de rappeler brièvement ici la carrière de leur auteur. Cet essai rapide de biographie servira à faire connaître l'homme et l'artiste, à rectifier bien des erreurs commises par les faiseurs de notices et les compilateurs de dictionnaires.

Jean-François Le Sueur est né le i5 février 1760 (et non lyôS) à Drucat-Plessiel, près d'Abbe- I. Un vol. in-i8, Paris, i883, Calmaan-Lévy.

ville ^ On a beaucoup discuté sur la condition sociale de ses parents. D'après les uns, son père était un obscur paysan ; d'après les autres, plutôtun agronome qui vivait, très pauvrement d'ailleurs, du produit de ses terres. D'autres le font descendre de Pierre Sueur, échevin d'Abbeville en 1192. Sa famille aurait donné des mayeurs et des échevinsaux villes de Boulogne, de Saint-Valéry-sur- Sommeet d'Abbeville. Alliée aux plus nobles maisons de la Picardie, aux Créqui, aux Rambure, aux Chastellux, aux Castillon, aux Séguier, elle se rattacherait à celle d'Eustache Le Sueur, l'illustre peintre du temps de Louis XIV. Cette prétention qu'énonçait dans son éloge académique Raoul Rochette^ qui tenait ses renseignements de la veuve du compositeur, était celle de Le Sueur lui-

1. Rectification à la notice sur Le Sueur de R. Rackette, par un de ses camarades d'enfance, l'abbé Tiron, ancien maure de musique à la cailiédrale de Samt-Ouen, etc.. France musicale du 19 avril 1840). Dans un ouvrage récent sur Le Sueur, M. F. Lamy adopte cette date.

2. Et, après lui, Stephen de la Madelaine dont la brochure parut en 1844, et deux notices publiées, l'une en 1844, dans les Notabilités contemporaines, revue mensuelle, avec un portrait lithographie, l'autre dans les Archives générales,-çn 1854, signée par M. de Vilagre, secrétaire de Baour-Lormian, qui avait été en relations suivies avec Le Sueur.

même^ Ses amis l'avaient publiée bien longtemps auparavant, un rédacteur anonyme du Mercure de France le 2g avril 1786, Ducancel, dans son Mémoire pour Le Sueur, en 1802, et Choron avait recueilli cette tradition dans son Dictionnaire historique des musiciens, qui date de 18 10.

En réponse à la notice de Raoul Rochette imprimée dans la France musicale d'Escudier (17 octobre iSSg», l'abbé Tiron, qui avait connu Le Sueur à la maîtrise d'Amiens, s'inscrivit en faux contre cette double légende : naissance noble et parenté avec Eustache Le Sueur. Son condisciple s'appelait, affirmait-il, simplement Sueur; il était le fils de Jean Sueur, pauvre paysan du hameau du Plessis, dépendant du village de Drucat, entre Abbeville et Saint-Riquier, et il était né dans une chaumière'^. Cette affirmation d'un prêtre qui a connu Le Sueur

1. Note rédigée le 4 thermidor an X, où il réclame ses titres et fait valoir ses parentés (Papiers de Le Sueur, Archives de l'Opéra).

2. La même thèse a été soutenue plus récemment par M. L. Petit, dans sa petite brochure in-8', publiée en i883, à Abbeville. D'après cet auteur, qui a publié l'extrait de naissance de l'artiste, le père de Le Sueur s'appelait Jean- François Sueur, il était batteur en grange chez M. Descaules, receveur des Domaines du Ponthieu au Mesnil-Val- Cresson, ferme dépendante de Drucat. Il se maria au Plessiel avec Jeanne Duchaussoy.

tout enfant, qui a partagé ses études et ses jeux, semble décisive. Elle fut cependant démentie en 1844 par la notice de Stephen de la Madelaine, qui était documenté par la famille de l'artiste et qui l'avait connu de près. La tradition, conservée encore aujourd'hui par les héritiers de Le Sueur S est confirmée par les pièces concernant la généalogie du compositeur, comprises dans les papiers de Le Sueur appartenant aux Archives de l'Opéra. L'artiste eut d'ailleurs à faire la preuve de ses dires pour obtenir la noblesse que Charles X lai accorda par une ordonnance royale du 17 juillet 1828, avec le titre d'écuyer et le droit de relever les armes d'Eustache Le Sueur.

Au reste, je n'ai discuté cette question que dans le but d'élucider les points obscurs de sa biographie; elle est à mes yeux sans importance. Spiritus flat ubi vult.

D'après les notices des dictionnaires, qui tous se recopient, la vocation du compositeur se serait

I. Boisselot écrivait à Escudier que la famille de Le Sueur (dont il était le gendre), prenait la responsabilité des assertions qu'avait formulées Raoul Rochette. Il annonçait l'intention de publier une biographiie authentique de son maître qu'il n'a jamais écrite {La France musicale du 36 avril 1840).

déclarée de très bonne heure, lors du passage d'un régiment au Drucat-Plessiel. La musique s'étant mise à jouer, l'enfant se serait écrié : « Oh! plusieurs airs à la fois 1 » Ce récit est traité de légende, avec toutes les apparences de la raison, par l'abbé Tiron.

Que Jean Sueur fût un simple paysan ou un cultivateur de bonne race peu fortuné, suivant la version de Stephen de la Madelaine, il plaça son fils, à l'âge de sept ans, comme enfant de chœur à la collégiale Saint-Wulfran d'Abbeville; puis, comme celui-ci avait une voix de soprano magnifique, il l'offrit aux chanoines d'Amiens, qui l'admirent à leur maitrise. C'est là que Le Sueur apprit ce qu'il savait de latin. Il n'entra au collège de la ville que lorsqu'il eut perdu sa voix, à l'âge de quinze ans. II y fit sa philosophie et reçut la tonsure. A sa sortie du collège, il fut nommé maître de chapelle à Séez, en 1778. Il avait donc dix-huit ans, et non seize ans et demi, comme on l'a soutenu.

A ce moment, son instruction musicale ne devait pas être bien avancée, s'il faut en croire son condisciple, l'abbé Tiron, qui ne partage pas sur les maîtrises de l'Ancien Régime l'opinion favorable de Raoul Rochette ^ Le jeune maître de

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