‹ Épisodes d'histoire musicaleChapitre 21 sur 60 · Confirmé par Castil-Blaze · texte numérisé non relu

Confirmé par Castil-Blaze

Par une défaillance de la mémoire de l'auteur, qui était bien âgé et bien près de sa fin au moment où fut préparée la publication. Elle eut lieu, en efîet, en i836 et iSSy ^ Il put dire sans mentir que son œuvre avait été exécutée au couronnement de Napoléon P"", si l'on entend par là la marche initiale ^, et peut-être un ou deux morceaux, VUrbs beata Genovefœ par exemple, dont les paroles sem-

1. Dates relevées dans le Journal de la Librairie : janvier i836 pour le premier oratorio ; juillet iSSy pour le troisième, et septembre iSSy pour le second. Or Le Sueur mourut à Chailiot le 6 octobre iSSy.

La publication de ses œuvres religieuses avait commencé en 1826, par VOratorio de Noël ; en 1827 parut une des messes solennelles; en 1828, Déborah ; en 1829, trois Te Deum ; en i83i, la deuxième messe solennelle; en i832, deux Oratorios de la Passion et du Carême ; en i833, le psaume Super Jlumina avec le troisième Oratorio du Carême ; en février i835, Rachel ; en avril, Ruth et Noémi, Ruth et Boo^ ; en i838, la troisième messe solennelle et la cantate religieuse composée pour le mariage de Marie- Louise, suivie du motet : Veni, sponsa ; en décembre 1839, les trois psaumes : Ad templum, Credidi et Cœli enarrant ; en 1840, la messe basse, le motet Joannes baptisât ; enfin eii 1841, un recueil renfermant deux Domine salvum, un 0 Salutaris, un 0 Filii, et un Stabat en français.

2. La page de garde du manuscrit du premier oratorio donne cet avertissement au copiste ou au graveur : « Pour ouverture, la Marche du Courontiement et le Vivat, qui ne sera développé qu'à la fin du troisième oratorio. » C'est bien dans cet ordre que fut disposée la partition gravée

blent s'appliquer à Paris et non à Reims ^ 11 est possible aussi qu'il ait formé sa partition d'une mosaïque de motets composés en diverses circonstances politiques, les uns pour le règne de l'Empereur, les autres pour le sacre de Charles X, et de fragments de ses messes-. Il aura ensuite confondu le tout dans un ensemble unique, en un scénario idéal, imaginaire, dont les paroles sont disposées de manière à convenir au « couronnement des princes souverains de la chrétienté »,

1. Sur le titre manuscrit du premier oratorio, une annotation, tracée d'une autre main que ce titre, a ajouté : y compris l'Urbs beata. Cela semble indiquer que ce morceau a été ajouté au plan primitif. Le manuscrit porte ces mots : « Entrée de l'Empereur dans le temple ; il va trouver le Pape au sanctuaire et faire ses adorations à l'autel, accompagné de ses guerriers et de toute sa cour. » Ce programme a été modifié dans le texte imprimé.

2. On en a la preuve pour l'ensemble animé du deuxième morceau du second oratorio : Exnltate, omnes populi antiquœ Galliœ ! dont le thème est emprunté au Gloria Patri et Filio qui porte le numéro 1 1 sur le catalogue de Grégoire. Quant au Beatus qui legil du même oratorio, il parait provenir de l'épitlialame composé pour le duc de Berry. Ce morceau avait été d'ailleurs déjà chanté isolément à la chapelle royale, le 5 avril i8i8 (Programmes conservés aux Arch. nat. O' 291). Du reste, ses grandes messes solennelles ne sont pas constituées autrement ; il y a fait entrer des 0 Salutaris et autres motets pour l'Offertoire, composés sur des paroles latines qui n'appartiennent pas à la liturgie de la messe.

sans égard aux communions. C'est ainsi que, partout, les notices [imprimées en tête des morceaux emploient des termes très généraux : le Pape ou l'Archevêque, l'Empereur ou le Roi, l'Empire ou le Royaume. C'est une adaptation en laquelle se reconnaît l'esprit pratique de Mme Le Sueur, qui se montra très dévouée à la gloire de son mari, mais qui n'aurait pas été fâchée de tirer des revenus de ses œuvres ^ Ainsi, lorsqu'en i853, l'éditeur Schonenberger fait paraître la réduction de piano, la couverture du triple oratorio indique simplement qu'il a été exécuté au sacre de l'Empereur Napoléon P'^. C'est un Napoléon qui règne en France, on renie le ,sacre de Charles X.

Le total des morceaux de l'oratorio du Couronnement est de 21. Dans la première partition, dont la durée est de 25 à 3o minutes, le morceau le plus remarquable est un solo de basse avec chœur. In virtute tua, précédé « d'un prélude doux des

1. Après la mort de son mari, Mme Le Sueur, qui ne décéda elle-même qu'en 1861, poursuivit à ses frais l'édition de ses œuvres, en envoya des exemplaires aux bibliothèques, aux maîtres de chapelle de province et de l'étranger, aux divers souverains de l'Europe (Papiers de Le Sueur, aux Archives de l'Opéra).

2. La partition appartient actuellement à Lemoine, 17, rue Pigalle.

cors, accompagnant l'arrivée de l'auguste épouse du prince* ». Il est empreint d'un sentiment tendre, et la mélodie n'en est pas trop démodée. Un Jtnale très mouvementé accueille l'arrivée du souverain.

Tandis que les grands dignitaires vont avec le clergé chercher les ornements royaux, le chœur chante : Domine, emitte bona super principem nostrum. Le thème circule en imitatiojis dans les différentes parties vocales, so//, petit chœur, grand chœur. Le développement, conduit avec une adresse assez rare chez Le Sueur, aboutit à un decrescendo et à un smor^ando qui devait, dans une église, faire un murmure délicieux. Le retour des dignitaires est accompagné d'un chœur exultant, assez vulgaire, en si bémol majeur.

A la lecture de la prophétie, le chœur chante : Beatus qui legit prophetiam. La partition porte cette mention singulière : « Chœur prophétique à la manière des Hébreux en contrechant antique au diapente^ et au diton ou hemiditon, où la mélodie

1. Cette pièce ne pouvait convenir à la cérémonie de Notre-Dame, puisque Joséphine fit son entrée en même temps que Napoléon.

2. Diapente, diton, noms grecs de la quinte et de la tierce majeure.

se retrouve toujours la même dans chaque région des voix de diapasons différents, sans rien changer à ces mélodies semblables qui se réunissent pour former par un seul et unique moyen, d'abord duo, ensuite trio, puis quatuor ; ce que les modernes du moyen âge {sic) ont appelé contrepoint à la douzième et à la dixième. »Au milieu du morceau suivant, qui est bien faible, et sur ces paroles : Sicut locutus est ad patres nostros, Abraham et setnini ej'us, intervient une mélopée grandiose qui fait avec lui un contraste étrange. Cette sorte de récitécritsurune lente gamme descendante composée de 2 tons et un demi-ton, trois tons et un demiton, est d'une impression mystérieuse. L'auteur l'appelle : « chœur prophétique à la manière des Hébreux et en antique contrechant alternatif ». Un finale accompagne le serment du souverain sur l'Évangile. A un canon sur le Gratias agimustibi succède un allegro d'allure militaire : In hocfesto sanctissimo où reviennent comme des échos de Marseillaise.

Les morceaux suivants n'ont pas grande valeur, sauf le Peregrinus veniens S en mouvement lent

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