I. Ce morceau est le même que le Ecce ego mitto, chanté
à 3/2, dont le développement en imitations présente un travail analogue à celui du Domine, emitte bona, mais d'un sentiment moins délicat. La marche séraphique qui le suit, jouée pendant le retour du souverain couronné vers son trône, est bien au-dessous du programme que s'est tracé le compositeur : au chœur des séraphins chantant : Dominus Deus sabaoth ! répondent les accents de la marche du début et les cris de joie du peuple. Dans le double chœur de V Unxerunt Salomonem, il y a un passage mélodramatique sur le : Fac ut inimici non possint nocere principi, exturbantur, confundantiir, prœcipitantur ! qui aurait bien mieux convenu au sacre d'un empereur guerrier qu'à celui d'un roi pacifique tel que Charles X ^.
On sait que la messe du sacre proprement dite était de Cherubini. Plusieurs auteurs de notices sur Le Sueur ont rappelé, d'après les souvenirs des contemporains, qu'à la répétition dans la salle du Conservatoire, des morceaux composés pour la cérémonie, la musique de Cherubini avait produit
sur d'autres paroles la veille du sacre, la surcharge du manuscrit l'indique.
1. C'est une des raisons qui me feraient croire que le morceau a pu être composé primitivement pour le sacre de Napoléon.
la meilleure impression : le compositeur n'avait reçu que des compliments. Sous les voûtes de la cathédrale, au contraire, les chants de Le Sueur semblèrent convenir davantage à l'acoustique particulière des églises K C'est probablement le souvenir de cette audition solennelle qui faisait dire à Choron , en parlant des œuvres de Le Sueur : — C'est de la musique de pierres de taille !
La justesse de cette remarque s'avère à la lecture des compositions religieuses de Le Sueur. Elles ont, par leur nature mélodique, par la solidité de leurs harmonies, où les dissonances sont rares, parla fréquence des pédales^, quelque chose
1. Castil-Blaze, O. Fouque. Confirmé par une note de Sueur Merlin, parent de Le Sueur, au maire d'Abbeville, au sujet des honneurs que cette ville voulait rendre au compositeur (Papiers de Le Sueur, aux Archives de l'Opéra).
En outre, Le Sueur avait composé une cantate qui fut exécutée, lors des fêtes du sacre, à l'hôtel de ville de Reims, par 12 dessus, 7 ténors, 9 basses et un orchestre d'harmonie. Ch. Malherbe en possédait la partition manuscrite dont voici les paroles :
France, réponds en chœur à ce chant solennel ! L'huile sainte a coulé sur le front d'un roi juste
Et consacré la palme auguste Dont son fils ombrageait le trône paternel.
2. Cette fréquence tourne même à la monotonie, d'autant que sur la « pédale » prolongée pendant tout un morceau,
d'abrupt, de simple et de grandiose dans la forme qui en fait, selon l'expression de Berlioz, de la «musique de cathédrale». Ce mérite appartient surtout à ses récits, bien déclamés et bien prosodies ; il y en a, notamment dans les chants pour voix de basse, qui atteignent à une réelle grandeur. Le Sueur avait réfléchi aux convenances de l'art et il était trop pénétré des leçons de l'antiquité pour ne point respecter l'harmonie entre le vaisseau qui sert de cadre à la musique et les chants qui doivent le remplir ^
« Le Sueur, écrivait Berlioz ^, a eu le bonheur peu commun de n'imiter personne au début de sa carrière, et de n'être point imité quand sa manière a été généralement connue. Son style est un style à part dont la simplicité naïve et la force
il n'emploie souvent que deux ou trois accords, toujours les mêmes.
1. « Toute la différence qu'il y a, écrivait-il dans sa brochure de 1787 (entre la musique d'église et celle de théâtre), c'est que la musique d'église est une statue colossale dont les traits doivent être d'autant plus fortement prononcés qu'elle est faite pour être vue de loin. C'est pour cela qu'elle ne peut être transportée au concert, comme celle du concert ne peut l'être à l'église ; autrement elle deviendrait cette statue colossale placée dans un petit appartement et l'autre une miniature placée au milieu d'un temple. »