‹ Épisodes de l'histoire d'ItalieChapitre 14 sur 21 · US · texte numérisé non relu

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peuple , coupables d’avoir manqué de respect au gouvernement espagnol, ils se ménagèrent une émeute, après avoir pris toutes leurs dispositions pour la vaincre et la réprimer à leur aise. Le peuple s’empara d’abord de la Corte-Vecchia, où siégeait le tribunal criminel, et de la tour de la cathédrale ; mais bientôt il fut entouré , criblé de balles par les soldats , disposés sur les maisons crénelées ainsi que dans tous les postes favorables. L’infanterie espagnole, qui avait quitté le siège du château pour envahir les faubourgs , acheva la défaite des Milanais en les cernant de tous côtés. Ils furent trop heureux d’échapper au massacre et au pillage en livrant leurs armes et en consentant à l’éloignement de tous les capitaines de quartier qui les avaient commandés.

Les circonstances réparèrent heureusement à Lodi ce premier échec de la guerre d’indépendance. Un certain Louis Vistarini, gentilhomme lodésan au service de l’empereur, avec sept cents Italiens, se lassa d'ôtre témoin et complice des horreurs que son capitaine , un Calabrais du nom de Fabrice Maramoldo, permettait à ses soldats dans cette ville , comme Ley va aux Espagnols à Milan. Il fit prévenir le duc d’Urbin de se tenir prêt, saisit, dans la nuit du 2â juin, la tour d’un bastion où il y avait seulement six hommes de garde , et introduisit par une poterne Malatesta Baglione , un des lieutenants d’Urbin , avec trois mille fantassins. Maramoldo, surpris, fit retraite dans la citadelle et demanda du secours à Milan. Le marquis de Guasto vint en effet avec quelques chevau-légers et deux mille hommes d’infanterie , et commença le combat au milieu de la ville* Mais le duc

d’Urbin, moins prudent cette fois, passa l’üglio avec toutes ses forces et arriva sur l’Adda. Guasto craignit d’avoir affaire à une armée supérieure, il battit en retraite, et laissa Lodi au pouvoir des Italiens. Maramoldo lui-même , n’espérant pas pouvoir défendre la citadelle, rentra , favorisé par quelques corps de cavalerie détachés , dans la ville de Milan.

La réunion des armées pontificale et vénitienne, maîtresses de la ligne de l’Adda , eut lieu deux jours après. Le lieutenant général de l’armée du saint-siège, François Guicciardini l’historien, proposa de marcher droit sur la capitale de la Lombardie. Les Italiens pouvaient disposer de plus de vingt mille fantassins, d’une bonne artillerie et d’une cavalerie assez nombreuse. Le duc d’Urbin • voulut attendre l’arrivée des Suisses , qu’un certain châtelain de Mus, espèce de brigand qui portait le nom des Médicis, et l’évêque de Lodi s’étaient chargés de lever et d’amener. En vain on lui objecta que le premier ne songeait probablement qu’à s’approprier l’argent de la ligue et que l’autre avait trop peu d’influence en Suisse pour hâter l’expédition ; le prudent général mit huit jours à faire les seize milles qui séparaient Lodi de San-Martino, en appuyant sur la droite pour rallier les Suisses à la descente des montagnes. Le 6 juillet, à la vérité, comme il n’était plus qu’à une distance de trois milles de Milan, il fut rejoint par cinq cents Suisses; mais le même jour aussi le connétable de Bourbon, débarqué depuis quelque temps à Gênes, entra dans Milan avec huit cents Espagnols et cent mille ducats.

Le lendemain, en revanche, François-Marie, qui ne

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connaissait point cette dernière circonstance, sortit résolûmes de son camp et arriva en une étape sous les murs de Milan. Il eût été selon les règles maintenant de débloquer et de ravitailler le château où était serré de près depuis longtemps François Sforza ; mais cette fois , hardi à contre-temps, le chef de la ligue marcha sur les faubourgs des portes Romaine et Tosa, dont les murs étaient en assez mauvais état et les fossés comblés sur plusieurs points. 11 pensait que les Impériaux n’essayeraient même point de les défendre et qu’ils se borneraient à se maintenir dans la ville, si même ils ne l’abandonnaient pas. Surpris de voir ses arquebusiers vigoureusement reçus par les Espagnols, occupés h se retrancher, il fit approcher à une portée de trait trois pièces de canon , qui ne produisirent pas beaucoup d’effet, et ordonna un assaut où il perdit quarante hommes et un grand nombre de blessés. Cela n’était pas encourageant pour un homme peu habitué aux traits d’audace. Au milieu de la nuit, Urbin fit tout à coup partir son artillerie et ses munitions , ordonna aux troupes vénitiennes de se mettre en retraite, et engagea les chefs de l’armée pontificale à en faire autant. En vain Guicciardini le conjura de rester et de persévérer dans son entreprise, il répondit que la levée du siège de Parme par Prosper Colonna dans la dernière guerre n’avait pas empêché ce général de conquérir bientôt tout le duché de Milan , et il recula assez en désordre , non-seulement jusqu’à San-Martino , mais jusqu’à Marignan, son avant-dernier campement; de sorte qu'e ses ennemis altérèrent assez méchamment pour lui le mol de César : Vcni, vidi.. if /ugi!

Cette inqualifiable retraite fut surtout ressentie par les habitants de Milan et les défenseurs de la citadelle. Les souffrances des Milanais devinrent telles que les Espagnols étaient obligés de lier leurs hôtes pour les empêcher d’émigrer ou de se précipiter du haut des toits sur le pavé. Quelques notables se jetèrent aux pieds du connétable de Bourbon, et le conjurèrent de soustraire aux mauvais traitements de ses soldats un pays dont la possession lui était peut-être destinée. Le connétable, attribuant tout au défaut d’argent, leur demanda trente mille ducats pour pouvoir éloigner tous ses soldats de la ville, et, après avoir reçu la somme, il n’en envoya que la moitié dans les faubourgs. Dans la citadelle, Sforza, pendant la nuit du 17 juillet, fit sortir trois cents bouches inutiles, qui traversèrent sans difficulté les lignes des Espagnols et vinrent implorer le duc d’Urbin à Marignan de secourir le château , s’il ne voulait pas le voir capituler bientôt.

Celui-ci venait de recevoir cinq mille Suisses, conduits par le châtelain de Mus. Il aurait bien voulu attendre encore cinq mille autres Suisses que la France avait promis de lever pour son propre compte , mais les réclamations des autres capitaines furent telles cette fois, qu’il fut obligé d’y céder. Le 18, il partit de Marignan, et, après avoir fait huit milles en quatre jours, il vint prendre une position de forte assiette à trois milles de Milan, dans un endroit appelé l’ Ambra. Le sommet du triangle que formait son camp était à l’abbaye de Casaretto, la base adossée au Lambro, l’un des côtés au Naviglio, l’autre menaçait les murailles de la ville entre les

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portes Renza et Tosa, et était k portée du château. Mais il s’agissait moins de s’établir dans une forte assiette que d’attaquer un ennemi qui se tenait sur la défensive. Le 23 , les capitaines italiens demandèrent énergiquement à marcher contre les lignes espagnoles pour porter secours à François Sforza ; le duc d’Urbin traîna tellement la délibération , qu’on dut remettre la décision au lendemain. Le châtelain de Mus ce jour-là se joignit aux instances des autres; mais comme François-Marie opposait encore à leurs demandes de nouvelles raisons stratégiques, on apprit que Sforza, qui n’avait plus de vivres que pour quelques heures, venait de capituler et avait obtenu de sortir libre avec* sa garnison, sans préjudice de ses droits.

Une ligue a besoin de succès pour vivre ; tout revers est ordinairement entre alliés un sujet d’accusations réciproques et une menace de dissolution. On ne manqua pas à l’armée d’accuser du dernier malheur la prudence exagérée du duc d’Urbin. Celui-ci répliqua qu’on l’avait entraîné malgré lui sous les murs de Milan, et qu’il regardait la reddition du château comme un embarras de moins et l’événement le plus favorable à la campagne ; puis il demanda, ou à ne plus se mêler désormais que de l’armée vénitienne, ou à avoir le commandement absolu de toute l’armée de la ligue. Cette dernière prétention était d’autant plus inadmissible qu’à la cour pontificale on n’avait pas grande confiance en Urbin. Clément VII se rappelait l’avoir fait dépouiller, sous Léon X, de son duché d’Urbin et du comté de Monte-' feltro, que la république de Florence possédait même

encore. On accusait déjà le ressentiment du duc de n’être pas étranger aux incompréhensibles lenteurs du général ; comment lui confier maintenant tout le sort de la guerre? La république de Venise comprit elle-même l’inadmissibilité des prétentions de son général , et lui dépêcha le sénateur Louis Pisani , qui l’y fit renoncer. Mais , ce qui fut aussi fâcheux , la question du commandement ne fut pas encore réglée définitivement, et les forces des alliés restèrent , comme devant , sans direction ferme et certaine.

11 en résulta dans la conduite de la guerre un singulier, désarroi du côté des Italiens. Fortement établi à l’Ambra, le duc d’Urbin commença le siège régulier de Milan , et détacha Malatesta Baglione, avec trois cents hommes d’armes , autant de chevau-légers et cinq mille hommes , contre la ville de Crémone, occupée aussi, moins la citadelle , par les Espagnols : double entreprise fort contraire à toutes les règles de l’art que celle de poursuivre deux sièges à la fois! D’un autre côté, le pape, voyant que rien ne se décidait sur ce point* voulut aussi faire quelque chose. Il envoya le Français Pierre Novarro, avec seize galères et quatre galions, Doria, avec les flottes vénitiennes et pontificales, bloquer le port de Gênes, priant en outre le duc d’Urbin de lui envoyer quatre mille hommes pour entourer la ville par terre. C’étaient trois sièges à la fois. Quoiqu’il eût reçu un renfort de six mille Suisses, le général de la ligue répondit qu’il ne détacherait pas un homme- de son armée avant d’avoir fini au moins son siège de Crémone, et pour se donner au moins cette satisfaction , il marcha de sa

personne contre cette ville à la fin d’août avec un renfort qui portait ses forces disponibles à onze mille hommes. Mais il fit en vain , de la citadelle dont il était maître , diriger, vers la porte Saint-Luc et vers le Pô , deux parallèles réunies par de larges tranchées. Malgré toute sa science et le nombre de ses troupes , les seize cents hommes de la garnison espagnole prolongèrent la défense pendant la plus grande partie du mois de septembre.

Tout traînait en longueur à Crémone, à Milan, à Gênes. Le pape Clément VII commença h retomber dans ses tergiversations ordinaires. Il voyait Hugues de Moncade, retiré, depuis sa sortie de Rome, dans les domaines de la famille gibeline des Colonna, faire des armements sur la frontière du royaume de Naples. Si la longueur de la guerre permettait enfin à Charles-Quint de faire arriver ses flottes par la mer et ses troupes par les Alpes, il pourrait bien payer cher cette guerre de l’indépendance. Clément VII faisait ces réflexions quand Vespasien Colonna, jeune homme qu’il aimait passionnément, quoique fils de Prosper Colonna, son ennemi le plus irréconciliable, vint lui offrir, de la part de sa famille , l’abandon d’Anagni et le passage de leurs troupes dans le royaume de Naples , s’il voulait leur accorder la sécurité de leurs places, le pardon du passé et le retrait du monitoire lancé contre le cardinal Prosper. Le pape crut trouver là un moyen d’affaiblir Hugues de Moncade et de montrer sa bonne volonté aux Impériaux. Il accepta, et , par mesure d’économie aussi bien que pour montrer son désir de la paix , il licencia la plus grande partie des

troupes qu’il avait sous la main à Rome , et distribua le reste dans les villes voisines.

On lui avait tendu seulement un de ces pièges grossiers qui faisaient de la diplomatie au seizième siècle l’art de tromper. Quelque temps après, le 20 septembre, le pape apprit de bon matin qu’une troupe armée s’était saisie de la porte Saint-Jean de Latran et pénétrait sans résistance dans la ville. C’étaient le cardinal Pompée Colonna, son fils Vespasien et l’ambassadeur d’Espagne, Hugues de Moncade, avec huit mille paysans qu’ils menaient comme au pillage. Les Romains, mécontents de l’administration et de l’économie même du pape , se mirent aux fenêtres ou sur leurs portes pour voir défiler ces troupes , qui d’abord occupèrent la place des Saints-Apôtres , puis marchèrent par le pont Sixte sur Saint-Pierre et le Vatican. Clément VU , revêtu de ses ornements pontificaux, voulait attendre dans tout l’appareil de sa dignité ce Prosper Colonna , auquel il avait enlevé le pontificat et qui avait terminé plus d’une querelle l’épée à la main. Mais à la vue des ennemis déjà dans le Borgo-Vecchio , les cardinaux craignirent une scène semblable à celle qui s’était passée entre Boniface VIII et Sciarra Colonna. Ils entraînèrent le pape au château Saint-Ange , dont ils fermèrent les portes, abandonnant aux pillards le palais du pape, l’église Saint-Pierre et les maisons des cardinaux ennemis des Colonna. Le pire fut que le pape Clément VH n’avait pas pour vingt-quatre heure i de vivres au château ; Hugues de Moncade en profita pour lui imposer une sorte de capitulation aux termes de laquelle

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le pape rappelait ses troupes de Lombardie, la flotte d’André Doria du golfe de Gênes, et s’engageait, au nom de ses alliés, *à une trêve de quatre mois; juste le délai dont Charles-Quint avait encore besoin pour sortir d’embarras.

La nouvelle de cette malencontreuse trêve arriva au camp des alliés le 24 septembre , le lendemain du jour où Crémone avait capitulé, et la veille de celui où le marquis de Saluces arrivait avec les cinq cents lances françaises depuis si longtemps promises, et de plus quatre mille hommes d’infanterie. Guicciardini offrit de feindre pendant deux ou trois jours encore qu’il n’avait point reçu de nouvelles de Rome , pour qu’on tentât au moins un dernier effort contre la ville de Milan ; mais le duc d’Urbin refusa , moins par honneur que par timidité, et ramena ses troupes le 7 octobre de l’autre côté du Çô, vers Plaisance, tandis que l’amiral André Doria sortit avec ses galères du golfe de Gênes. Quinze jours à peine après ce double mouvement , qui faisait perdre tout le terrain qu’on avait gagné , le vice-roi de Lannoy, avec une flotte de quarante vaisseaux , appareillait dans le port de Carthagène en Espagne, et derrière les Alpes, un capitaine bien connu dans ce pays, le redoutable George Frondsberg de Mindelheim , rassemblait une armée allemande.

On ne peut s’empêcher d’admirer avec quelle habileté et quel dévouement l’empereur Charles-Quint fut souvent obéi , parfois même deviné par ses généraux. Le vice-roi de Lannoy avait tout fait en France pour obtenir de François I er l’exécution du traité de Madrid.

On l’avait vu prier à genoux et avec larmes ce roi auquel il avait rendu de grands services, et refuser les riches présents destinés à adoucir les rigueurs d’un refus. Après avoir perdu toute espérance de paix , il mit une ardeur égale à lever des troupes en Espagne , à diriger trois mille hommes d’infanterie allemande , qui étaient à Perpignan, sur Garthagène, et à rassembler dans ce dernier port les vaisseaux de guerre et ceux de transport nécessaires pour réparer en Italie les conséquences de l’infidélité de François I". En Allemagne, George Frondsberg n’attendit pas les ordres de l’empereur quand il apprit la triste position des Impériaux à Milan par son fils , qui servait sous le connétable. Laisser là les rimes , dans lesquelles il se plaisait à célébrer ses anciens exploits, reprendre l’épée qui pendait à la muraille et engager les bijoux de sa femme pour se procurer les premiers fonds, fut pour le vieux guerrier l’affaire d’un instant. Au son rauque de la trompe et au roulement du tambour qui publièrent le ban de guerre par les villes et les villages de l’Autriche et de la Souabe, les soldats répondirent presque aussi vite à l’appel de leur capitaine. Il ne leur garantissait qu’un demi-mois de solde ; mais il leur promettait la victoire et plus de butin qu’on n’en avait rapporté jusque-là d’Italie ; car il s’agissait cette fois , publiait-il , de venger l’honneur de l’empereur et l’oppression de l’Allemagne sur le seigneur pape, dont le nom n’était alors, comme on sait, rien moins que populaire au delà des Alpes.

Entre ces deux menaces suspendues sur l’Italie, les négociations de Clément VII et les opérations du duc

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d’Urbin furent plus embarrassées que jamais. Le pape n’était guère disposé à observer une trêve qui lui avait été indignement extorquée, et il avait fort à cœur de se venger des Colonna ; mais le jeu devenait d’autant plus dangereux que le châtiment pouvait être plus prompt et plus terrible. Un jour, prenant une demi-mesure, il ordonnait à Jean de Médicis de rester avec quatre mille hommes en Lombardie, comme au service du roi de France ; le lendemain il envoyait un ambassadeur à l’empereur pour traiter, il voulait même s’embarquer luimême et aller à Madrid terminer la paix en personne. Un peu plus tard , il renvoyait Doria dans le golfe de Gênes, et donnait ordre à Vitello-Vitelli , à la tête des troupes florentines, de marcher sur les fiefs des Colonna et d’y mettre tout à feu et à sang, croyant satisfaire au moins sa vengeance , sans pour cela rompre complètement avec l’empereur. De son côté, le duc d’Urbin, flottant entre le désir de garder la descente des Alpes et de prendre Milan, passa tout le mois d’octobre, malgré les impatiences du fougueux Jean de Médicis, à transporter s es campements autour de la ville de Milan , de Monza à Marignan , et de Marignan à Biagrasso pour re-r venir enfin sur l’Adda.

Le vice -roi de Lannoy et le capitaine allemand George Frondsberg, allaient au contraire directement an but. Arrivé avec quatorze ou quinze mille lansquenets au commencement de novembre à Botzen , Frondsberg avait devant lui deux chemins, l’un à l’ouest du lac de Garde, facile, assez large pour une armée, mais long et fermé par la position de la Rocca d’Anfo ; l'autre.

non gardé , plus court , mais au milieu des précipices de la masse du Tonal et à peine suffisant pour un homme. 11 choisit ce dernier. Les Allemands commencèrent leur ascension le 1 7 novembre , à travers plusieurs pieds de neige, avec quelques chevaux seulement, dont la plupart roulèrent dans les ravins avec les hommes qui les menaient. Les plus agiles furent obligés, aux passages les plus difficiles, de faire pour les autres, avec leurs lances, des ponts et des parapets ; plusieurs fois on porta à bras le vieux Frondsberg, vainqueur dans cent combats , qui ne pouvait regarder sans vertige les abîmes ouverts à ses pieds. Le 20, l’armée descendit enfin la dernière colline dans le territoire de Brescia, et ramassa sur sa route tout le bétail, qu’elle chassa devant elle pour son entretien. Parti à peu près vers le même temps de Carthagène , malgré la mauvaise saison , avec trente-deux vaisseaux et sept mille hommes de vieilles troupes , le vice-roi, assailli en route par une affreuse tempête, vit deux vaisseaux sombrer, en perdit de vue cinq autres, et relâcha pour se refaire au golfe de San-Fiorenzo en Corse; mais il envoya à temps l’investiture impériale de Modène et de Reggio au duc de Ferrare , dont le pape perdit décidément l’alliance pour avoir encore trop tardé.

L’amiral André Doria essaya au moins de disputer le passage à la flotte espagnole avec seize galères. Il l’attaqua près du cap Porto-Fino , lui coula un vaisseau et en endommagea deux autres; mais à la faveur de la tempête, qui dispersa les combattants, de Lannoy arriva avec quelques galères à San-Stephano, d’où il envoya

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assurer le pape de ses bonnes intentions, et rallia bientôt dans les parages de la Sardaigne et de la Sicile le reste de la flotte, qu’il ramena saine et sauve vers le port de Gaëte. Dans la Lombardie , le duc d’Urbin avait pris une bonne position sur l’Adda entre Frondsberg et Milan, pour empêcher la jonction des Allemands avec le connétable. Rien ne pouvait mieux aller à Frondsberg, qui se dirigea sans aucun obstacle entre l’Oglio et le Mincio, sur le Pô. Urbin, un peu plus tard, leva le camp avec six cents hommes, des chevau-légers et sept à huit mille piétons , et se mit à sa poursuite , mais seulement pour le harceler, lui couper les vivres et enlever ses traîneurs. Dans la riche campagne entourée de rivières qu’on appelle le Serraglio de Mantoue , l’affaire fut un peu plus chaude. Frondsberg s’apprêtait à passer le Mincio par Governolo pour atteindre le Pô , quand Jean de Médicis , pour l’enfermer dans l’angle formé par les deux cours d’eau, se jeta hardiment en tête du pont, tandis qu’Urbin pressait l’arrière-garde allemande. La tactique était habile. Mais la veille même , le duc de Ferrare avait envoyé à Frondsberg quatre fauconneaux. A la seconde décharge, Jean de Médicis fut atteint à la cuisse et mis hors de combat. Il mourait quelques jours après, le 30 décembre, tandis que Frondsberg passait le Pô sans obstacle, remontait sa rive droite, et, arrivé près de Plaisance, c’est-à-dire sur le territoire pontifical , écrivait au connétable de Bourbon : « Nous sommes arrivés ici à travers les hautes montagnes et les profondes rivières , malgré la faim et les ennemis ; maintenant que faut-il faire? »

DeLannoy, à la même époque, voyait enfin toutes ses troupes débarquées à Gaëte, et, sans perdre de temps , entrait aussi de son côté sur le territoire pontifical. Ce fut en voyant les Allemands au nord et les Espagnols au midi que Rome comprit combien elle allait payer cher la diplomatie de Clément Vil et la tactique de François- Marie d’Urbin !

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