CHAPITRE PREMIER
LE DUC d’aRCOS, LES ALARBES ET LES LAZZARON1.
— MASAMELLO PÈCUELR»
Il y a une quinzaine d’années , c’est-à-dire avant les derniers troubles de l’Italie, paraissait au delà des monts un petit livre sous ce titre singulier : Relation de la vingtseptième révolte de la très-fidèle ville de Naples. Si c’est là une preuve du tempérament emporté et insurrectionnel de cette population méridionale , c’en est une aussi , à coup sûr, de la maladresse ou des excès des gouvernements qui se sont succédé" tant de fois sous ce brûlant climat. De toutes ces révoltes, la plus curieuse et la plus célèbre est sans contredit celle à laquelle Masaniello et le duc de Guise ont donné leur nom au milieu, du dixseptième siècle et qui fait le sujet de ce récit.
Il faut dire, pour être juste, que cette fois les monarques espagnols, maîtres alors de ce royaume, et les vice -rois chargés de l’administrer eurent à s’accuser eux-mêmes des événements qui faillirent leur faire perdre cette belle conquête du siècle précédent. Déjà sur le penchant de la ruine qui devait l’atteindre dans moins de cinquante ans, cette grande monarchie, épuisée de bonne
heure par l’ambition de Charles-Quint et de Philippe II , ne prolongeait son existence qu’en pressurant les contrées tombées sous sa main. Qu’on ajoute aux exigences que le premier devoir des vice -rois était de satisfaire le désir qu’ils avaient eux-mêmes de s’enrichir pendant leur passage rapide au pouvoir, et l’on se fera aisément une idée du régime ordinaire du royaume de Naples sous la domination espagnole. Plusieurs vice -rois y avaient déjà usé leur autorité et leur vie ; la population napolitaine elle-même avait essayé plusieurs fois aussi de secouer ce joug oppresseur et détesté. La nouvelle administration de don Rodrigo Ponce de Léon , duc d’Arcos, nommé à la fin de 16Z*6 à la place de l’amirante de Castille , Enriquez de Cabrera , duc de Médina de Rio-Seco, porta les choses au comble 1 .
Connu pour l’opiniâtreté de son caractère et la souplesse de son esprit , le duc d’Arcos avait été choisi , à cause de ces qualités, dans un moment critique. L’Espagne était engagée dans une guerre difficile et coûteuse contre la France ; elle pouvait moins que jamais ménager les hommes ou l’argent de ses royaumes, et la cour de Madrid croyait avoir à se plaindre de l’insuffisance ou plutôt de l’humanité du duc de Médina. Le nouveau venu .. avait donc à réparer ce qu’on appelait l’incapacité d’une • 1 administration précédente. Ambitieux de plus, et ne voyant dans sa vice-royauté qu’un moyen de parvenir plus haut, il voulait lui-même se recommander à la cour
* V oir l’Histoire de quelques vice-rois précédents et les Habitudes ordinaires de l’administration espagnole dans notre Histoire d’Italie, page 420. l vol., chez Hachette.
de Madrid par un succès complet. Quels que fussent les besoins de la monarchie espagnole , l’habileté et l’ambition du duc d’Arcos , il paraissait fort difficile de se tirer avec avantage de la situation.
Tous les moyens à l'usage des gouvernements exigeants et besogneux avaient été employés par les vicerois précédents. Soumis à toutes les sortes d’impôts et d’extorsions, le royaume de Naples ne semblait plus offrir de prise nouvelle. Exciter les haines et les jalousies du clergé contre la noblesse , et du peuple contre l’un et l’autre, pour avoir à discrétion les différentes classes , était un moyen qui commençait à s'user. Les Napolitains de tout rang et de tout état sentaient le besoin de se rapprocher et de se réunir contre le joug étranger ; il y avait entre les nobles, le clergé, les bourgeois et même le bas peuple des rapports fréquents , insolites , accompagnés de témoignages d’amitié ou de sourds murmures de haine qui annonçaient comme une explosion prochaine. Les soldats espagnols avaient déjà comme l’instinct du danger; chaque jour ils rentraient dès quatre heures au quartier Saint-Jacques, de crainte d’être atlaqués dans lès rues. A quoi d’ailleurs l’habile duc d’Arcos pouvait-il toucher encore? Sans rappeler la lourdeur des impôts directs, toutes les consommations étaient taxées depuis longtemps : la viande , le vin , le poisson, la farine. Les anciennes institutions libérales données par Charles-Quint à sa conquête , les étals généraux de la noblesse, du clergé et des villes pour le royaume, la corporation municipale des élus des districts (sédilcs) et des capitaines des quartiers ( oltines ) à Naples,
ne pouvaient même plus servir à légaliser l’arbitraire. Elles avaient perdu tout crédit depuis qu’on voyait seulement en elles des instruments d’oppression. Enfin, au milieu d’une guerre extérieure, il y avait danger de pousser à bout des sujets éloignés et d’une nationalité différente ; et la cour de Madrid savait mieux que personne que les diplomates et même les flottes de la France étaient prêts à profiter de tout pour ébranler la domination espagnole dans la péninsule italienne.
Le duc d’Arcos crut cependant pouvoir jouer avec une situation aussi délicate. Les succès que son extérieur avantageux et sa faconde tout espagnole lui avaient procurés à la cour de Madrid lui donnaient une grande confiance, même dans les affaires. Il croyait aisément qu’il fallait beaucoup risquer pour vaincre. Ce n’était pas un grand guerrier, il n’avait jamais fait la guerre; mais ce n’était pas pour cela qu’on l’avait envoyé en Italie. Sa mission était toute politique et administrative. 11 le savait , et comme il avait beaucoup étudié Machiavel depuis qu’il était passé des plaisirs de cour au gouvernement de l’État , il s’était persuadé que là aussi il suffisait pour réussir de savoir user sans distinction de tous les moyens. En grand seigneur qui sait les moyens de courtiser le peuple au début d’une administration , il commença par poursuivre à outrance les fermiers des impôts, en fit pendre quelques-uns et força les autres à rendre gorge. Le peuple , qui aime toujours à voir punir au moins les auteurs immédiats de sa misère, salua la mesure avec jo.'e. 11 n’cn fallut pas davantage au duc d’Arcos. Semblable aux fats que la
première apparence de faveur met hors de leur garde , il envoya une partie de ses troupes disputer aux Français les places espagnoles de la Toscane, au risque de dégarnir le royaume lui-même.
Un fait survenu quelque temps après l’encouragea bien davantage encore. C’était le jour où la population napolitaine tout entière, en grande procession, transporte à travers les rues la statue de saint Janvier et la précieuse fiole où se renouvelle tous les premiers de l’an sans faute le miracle annuel de la liquéfaction du sang du bienheureux martyr, patron de la ville de Naples. L’église de la paroisse ou du district de Capuano devait cette fois recevoir le dépôt des précieuses reliques; et, pour le faire dignement , les nobles du district avaient , comme c’était l’habitude, fait de grands préparatifs dans les rues de leur quartier et dans leur église. Malheureusement l’ archevêque-cardinal , Ascanio de Filomarino, était alors fort indisposé contre les nobles de ce district, et particulièrement contre le duc de Maddaloni et son frère don Giuseppe Caraffa. Il alla bien, selon le cérémonial convenu, prendre avec son clergé les reliques dans l’église cathédrale de Naples; mais arrivé près du quartier Capuano, il prit une rue détournée pour éviter la place où les nobles avaient fait dresser pour la procession le plus riche reposoir. C’était un affront sanglant. Les nobles accoururent pour protester au nom de la cité avec leur notaire : l’archevêque arracha à celui-ci la protestation des mains et la déchira. Une rixe s’ensuivit pour la plus grande édification des fidèles. Au milieu du tumulté, assure-t-on, Caraffa frappa du pied l’archevê-
que; et, pondant que le clergé s’enfuyait en désordre, les nobles , malgré les réclamations du peuple , restèrent maîtres des reliques et les transportèrent victorieusement dans leur église.
Rien ne pouvait arriver plus à propos pour le duc d’ Arcos. La cour de Madrid venait de renouveler avec instance ses demandes d’argent ; il fallait en outre payer les troupes envoyées contre les Français. Le moment était favorable, la population n’écoutant plus que ses querelles intestines ravivées par cette dernière et ridicule querelle. Le conseil collatéral, composé mi -partie d’Espagnols et de Napolitains et servant de conseil ou même de contrôle aux vice-rois, fut assemblé pour pourvoir aux nécessités présentes, et proposa une taxe sur les fruits. C’était un impôt abhorré , car les fruits sont à Naples dans l’été presque la seule consommation des classes pauvres. Cet essai avait déjà été tenté par un des prédécesseurs du duc d’Arcos et n’avait pas réussi. Le corps municipal des élus des scdiles et des capitaines d’ottines, prenant^ courage , fit quelques représentations, mais inutilement. Rien n’arrêta le nouveau vice-roi , et l’impôt fut affermé comme d’habitude à quelques financiers et crié enfin à son de trompe le 1 er janvier 1647.
C’était un triste présent de nouvelle année. La population commença à réclamer à sa manière, en couvrant les coins des rues de pasquinades , de protestations et même de menaces. Elle n’éclata point, on était encore assez loin de la sais >n des fruits. Cependant les symptômes de mécontentement se succédèrent assez vite. Au mois de février, le carrosse du vice-roi fut tout à coup
entouré d’une foule compacte d’hommes , de femmes et d’enfants du petit peuple qui demandèrent respectueusement encore, mais avec instance, l’abolition de l’impôt. Quelques jours après, le feu prit à une petite échoppe des collecteurs du marché sans qu’on put découvrir qui l’avait allumé. Au mois de mai , le vaisseau amiral de la flotte espagnole était prêt à mettre à la voile pôur emporter le produit de l’impôt des fruits versé d’avance par les fermiers généraux ; pendant la nuit du 26 , un incendie éclaira tout à coup le golfe de Naples et appela toute la population sur le port : le vaisseau amiral était en feu. Les employés du gouvernement, courant çà et là, exhortèrent vainement les pêcheurs à porter secours au beau navire. Toutes les barques restèrent amarrées; personne du peuple ne voulut sauver quelque chose de ces richesses prélevées sur les besoins du peuple. Évidemment il y avait une sourde conspiration dirigée contre le gouvernement espagnol. Le vice-roi crut que les Napolitains avaient un chef et jeta ses soupçons sur le duc de Maddaloni , prince de Côlobrano , riche et ambitieux seigneur, fort aimé du peuple pour la haine qu’il portait aux Espagnols. 11 avait fait déjà jeter en prison le frère de Maddaloni, Giuseppe Carafla, après la scène scandaleuse que celui-ci avait eue avec l’archevêque Filomarino. Il s’assura encore de la personne de Maddaloni et le retint prisonnier, sûr d’ailleurs par cet acte de plaire à l’archevêque en même temps qu’il ôterait peut-être un chef au peuple.
Mais le peuple avait un chef dans son propre sein : le célèbre pêcheur et vendeur de poisson , Thomas
Aniello. C’était un enfant du faubourg populaire de Lavinaro. Né en 1620 de pauvres parents, originaires peut-être de la petite ville d’Amalfi , il avait alors vingtsept ans. On ne l’avait remarqué pendant longtemps que pour sa belle mine et les bons mots dont il savait assaisonner la vente de sa marchandise. « Voici le mets des dieux, disait -il; quand les princes en demandent, il n’y en a plus; les dieux ont tout dévoré et bien payé. » Mais comme hardi pêcheur et gai poissonnier, on le connaissait dans toutes les maisons grandes et petites de la ville. On aimait à deviser avec lui , et c’était déjà à Naples un personnage jouissant dans son genre d’une sorte de notoriété, lorsqu’une imprudence de sa femme, belle jeune fille de Pouzzoles qu’il avait épousée quelques années auparavant, le jeta subitement dans une voie toute nouvelle. Celle-ci , prise d’une envie assez fréquente chez les femmes et surtout chez les ménagères, voulut introduire en contrebande, à la porte de la ville, quelque provision de farine. Elle était mère et passait assez souvent devant les douaniers avec son nourrisson. Un jour, profitant de cette circonstance, elle se présente ayant dans ses bras un sac de farine emprisonné soigneusement dans des langes d’enfant. La ruse est découverte; la jeune femme est saisie, moquée, maltraitée grossièrement, jetée en prison, et condamnée à une amende de 100 ducats. Le poissonnier vendit, pour délivrer sa femme, tout ce qu’il possédait; les économies de plusieurs années de travail et de bonne conduite y passèrent. C’était la ruine du pauvre et jeune ménage. Dès ce jour, Thomas Aniello fut tout changé.
Il n’allait plus que rarement à la pêche, à peine pour ses besoins particuliers. Il ne criait plus le poisson dans les rues de Naples; mystérieux et amer dans ses paroles, sombre dans son maintien , il se mêlait aux gens inoccupés et mécontents , n’apparaissait que là où il y avait des groupes, parlait, haranguait, laissait éclater sa haine et sa colère, et ne paraissait avoir à cœur que d’exciter ou d’entretenir celles des autres.
Le poissonnier avait justement les qualités extérieures de son nouveau rôle. D’une taille bien prise et audessus de la moyenne , le teint fortement bronzé par le soleil, il devait au contraste de ses grands yeux noirs et d’une longue chevelure blonde qui lui descendait en boucles sur les épaules une puissante et romanesque originalité. Ses vêtements, quoique misérables, étaient toujours disposés d’une certaine manière fantastique ; son improvisation facile et colorée , abondante en ligures et en traits pittoresques , était faite pour entraîner un peuple impressionnable et bouillant. Le souvenir d’un soulèvement excité autrefois par un homme de son nom contre le vice-roi don Pedro de Tolède et un vieil écusson atix armes et à la devise de Charles-Quint pendu à la devanture de sa, misérable maison contribuèrent peut-être encore à exalter ses idées et à échauffer son ambition. Toujours est-il que bientôt, dans les faubourgs populeux de la ville , le poissonnier Masaniello , comme on l’appelait familièrement, passa pour 'le plus hardi frondeur du gouvernement, et fut d’.avance salué comme le chef futur du mouvement que chacun prévoyait. On lui attribuait déjà, sans qu’il s’en défendît, l’incendie
de l’échoppe du marché. Il se montra bientôt ouvertement et en plein jour.
On avait coutume alors à Naples de célébrer la fête de la Vierge du Carmel , qui tombait au mois de juillet, par une singulière cérémonie. Sur la grande place du marché, le largo del Mercalo , devant la vieille et vénérable église et au pied du plus haut clocher de Naples, dédié à la madone, on élevait à cette occasion une grande tour de bois, pour être attaquée et défendue par deux troupes de jeunes garçons armés de cannes et de roseaux, au grand plaisir des bourgeois. La première troupe chargée de l’attaque de la tour était habillée à l’orientale et portait le nom d'Alarbes; l’autre, chargée de la défense , gardait le simple costume qui avait Valu à la populace napolitaine le nom de Lazares ou Imzzoroni qu’elle portait encore, c’est-à-dire le bonnet phrygien et le caleçon rayé. C’était peut-être un souvenir des neuvième et dixième siècles , où Naples ayant aussi à se défendre des incursions arabes, avait été sauvée de ces conquérants par le dévouement du petit peuple.
Ce divertissement était d’ordinaire préparé longtemps à l’avance. On composait les deux troupes ; on choisissait les chefs. Cette fois on prit pour commander les Lazzaroni Masaniello lui -même , et pour commander les Alarbes , un de ses affidés, une sorte d’athlète, Scipion Gannatazzo, surnommé il Pione. Ce n’était point sans doute l’etTet du hasard. En outre, on s’exerça plus souvent que d’habitude; les troupes furent plus nombreuses; aux jeunes gens de dix-huit ans qu’on prenait d’ordinaire il se mêla des hommes faits. Masaniello,
enfin , au lieu de roseaux , distribua aux troupes des harpons qu’il s’était procurés avec la somme de dix carlins prêtés par son ami , le frère Sarine , cuisinier du couvent des carmes. Le premier dimanche où ces singulières troupes se rassemblèrent sur la place du Marché (23 juin , quinze jours avant la solennité) pour défiler à travers les rues et devant le palais du gouverneur , en guise de parade, la population mécontente était en émoi et les excitait presque de la voix et du geste. Aux cris ordinaires de Vivent la Vierge du Carmel et le roi d’Espagne! se joignaient déjà ceux de A bas l’impôt et vive • l’abondance! Les bandes animées et presque menaçantes, sous leurs chefs, Masaniello et il Pione, arrivèrent ainsi devant le palais du vice-roi. Des seigneurs et des dames de qualité étaient aux balcons pour voir passer ce qu’on regardait d’habitude comme une sorte de mascarade. Mais le délilé n’eut pas lieu comme à l’ordinaire avec des cris de joie et des pasquinades innocentes. Les Alarbes et les Lazzaroni stationnèrent Sur la place, répétèrent les cris qu’ils avaient déjà proférés dans la ville, et y mêlèrent des plaisanteries plus amères et plus provoquantes qu’il n’était de mise. Les seigneurs, pour faire bonne mine , prirent d’abord la chose sur le môme ton ; mais les deux troupes ajoutèrent aux paroles des gestes tellement indécents , qu’elles forcèrent les seigneurs et les dames à se retirer au milieu des rires et des huées.
Des avis plus menaçants ne manquaient pas au viceroi. Le père théatin D. Pépé, prédicateur en renom, lui donna connaissance de ce qu’il savait par les con-
fessions populaires. Des rixes fréquentes s’engageaient entre le peuple et les préposés aux octrois. L 'eletto del popolo, le seul des six élus des sédiles qui ne fût pas à la nomination de la noblesse, fut obligé d’intervenir plusieurs fois comme le magistrat ordinairement le plus écouté des petites gens. Dans l’intention de ménager ceux dont il tenait en partie son autorité , il décida que l’impôt serait payé par les paysans qui apportaient les fruits, et non par les consommateurs. Mais en tin de compte , l’effet était le même , la denrée étant vendue plus chère par les paysans aux Napolitains. Le peuple surtout était exaspéré. Gâtée par son beau climat,, cette oisive et colérique population ne demandait alors presque tout entière que les rayons du soleil pour vêtement , la voûte du ciel pour abri et les fruits de la terre pour nourriture; et voilà qu’on lui ravissait un des trois bienfaits que Dieu lui avait assurés. Quelques personnes supplièrent le vice-roi d’abolir le malencontreux impôt. Celui-ci, commençant à s’effrayer, n’en était pas éloigné. Mais l’inspecteur général du royaume , don Juan Chacon , fort mécontent d’avoir perdu une partie de ce qu’il venait d’amasser dans sa tournée sur le vaisseau amiral, ainsi que les fermiers de l’impôt, intéressés à son maintien, s’y opposèrent d’un commun accord.
Il fallut s’attendre à une émeute et prendre ses mesures pour la réprimer. Le duc d’Arcos, dans les différents postes de la ville, n’avait que trois mille hommes ; composés des gardes espagnole et allemande , et du vieux régiment de Tuttaville. Mais il comptait sur sa politique pour diviser l’émeute et sur les châteaux
forts de la ville pour la contenir. Cette dernière ressource était la meilleure. Outre quelques points fortifiés, tels que la tour du Carmel et Saint-Laurent , trois véritables forteresses, le Castel-Nuovo ou château Neuf, bâti par Charles d’Anjou sur le modèle de la Bastille de Paris, le Castel-del-Ovo ou château de l’Œuf, élevé par Frédéric II au milieu des ruines d’un palais de Lucullus, et le fort Saint-Elme , citadelle régulière qui était l’œuvre de Charles-Quint, commandaient la ville et se rattachaient au palais du vice-roi , récemment achevé par l’architecte Fontana , comme à un point central. Adossé en effet à l’arsenal qui descendait jusqu’à la mer, et regardant toute la rue de Tolède qui traverse la ville jusqu’à Capo-di-Monte , ce dernier édifice avait immédiatement à sa droite , en tournant le dos à la mer , le Castel-Nuovo; à sa gauche, à peu de distance, le rocher du Castel-del-Ovo rattaché à la ville par une étroite chaussée, et en face, quoique un peu plus loin, mais facile à atteindre par la colline de Pizzo-FalcoUe , le château Saint-Elme , sur le roc vif qui couronne la hauteur du Pausilippe ; ensemble de forteresses qui rendait le vice-roi maître du port et de la mer au midi, du centre de la ville devant lui, des hauteurs à l’ouest, et ne laissait de communications libres à Naples que du côté de la campagne. .
Deux jours après la scène grossière qui s’était passéedevant le palais , une nouvelle tombée tout à coup au milieu de la ville acheva de monter les têtes. Le peuple de Païenne , en pleine insurrection , avait arraché à Son vice-roi l’abolition des impôts. Les Napolitains ne
pouvaient rester en arrière. On était arrivé à cette saison de l’année où le soleil bridait le sang et faisait ressentir plus vivement encore le besoin et la privation des fruits soumis à la taxe. Des groupes animés se formaient fréquemment dans les rues et sur les places ; des brigands facilès à reconnaître à leur mine , des hoqimes masqués, couverts de capuchons et 'de robes de carmes, se montraient partout , parlant et agitant le peuple.
Le poissonnier Masaniello était comme le point de mire de tous. Un soir, deux hommes embusqués sous le porche de l’église de la Vierge du Carmel l’arrêtent, comme il venait de haranguer dans un groupe , avec ces mots : « Que prétends-tu faire, toi? — Je serai pendu, » répondit-il vivement, ou je ferai l’accommodement de » cette ville. — Beau gaillard que toi pour une telle » affaire ! — Joignez-vous seulement à moi, et avec quel- » ques hommes de votre trempe vous verrez ce que » je saurai faire. » C’étaient Dominico Perrone et Giuseppe Palumbo, l’un contrebandier, l’autre bandit , tous deux hommes dévoués du duc de Maddaloni , qui entretenait de pareils personnages, comme tous les riches seigneurs du temps, pour les œuvres mystérieuses. Ils donnèrent leur foi à Masaniello et se retirèrent. Le lendemain soir, un des hommes encapuchonnés accoste encore Masaniello, le reconduit chez lui, et y reste plusieurs heures. C’était un vieillard de quatre-vingts ans, Giulio Genovino: hqmme d’ambition et d’intrigue, mêlé à tous les événements du temps, il avait été, sous le populaire vice-roi d’Ossuna , Y élu préféré du peuple , puis jeté en prison sous le sévère cardinal vice-roi Borgia;
MASANIELLO ET LE DUC DE Gl'lSE. Î8'J
moine maintenant, sans avoir dépouillé le vieil homme, il croyait le moment venu , selon l’occasion , de se venger de la sévérité du gouvernement espagnol ou de lui vendre ses services en exploitant son ancienne popularité ; car une ambition vieillie n’écoute plus que des > calculs égoïstes. Cet homme ne contribua pas peu à apprendre son rôle à Masaniello. Noblesse et clergé , intrigants, on le voit, tous tentaient déjà de s’emparer d’un mouvement que tous prévoyaient.
Le 7 juillet était le dimanche qui précédait celui de la fête solennelle de la Vierge du Carmel. Une dernière revue des Alarbes et des Lazzurml devait être passée.
Un s’attendait à quelque chose. Dès le matin il y avait agitation sur le Larcjo del Mcrcalo et dans les faubourgs les plus populeux de la ville. Les marchands en boutique s'étaient promis de ne point acheter de fruits des paysans; le menu peuple, qui ne s’en passait pas si aisément, et qui trouvait cependant la marchandise trop chère , débattait vivement le prix avec les vendeurs et commençait à crier contre l’impôt. Arrivent quelques paysans de Pouzzoles avec des paniers chargés de ligues , fruits fort recherchés. Accostés par les collée leurs du marché, ils refusent de payer; une vive querelle s’engage; la foule y prend bientôt part. On envoie chercher Veletlo du peuple, André Naclerio, pour qu’il interpose son autorité. Ce magistrat, choisi par le viceroi sur trois candidats présentés par le peuple , ne méritaiL pas beaucoup son nom, et n’était personnellement pas fort aimé. 11 condamne les paysans à payer , et menace les récalcitrants des galères. Mais le peuple de la
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ville et les gens de la campagne étaient de connivence. Parmi ces derniers se trouvait le beau-frère de Masaniello ; au lieu d’obéir, il renverse tout à coup ses paniers de figues, en s’écriant : « Dieu nous donne l’abon- » dance, et le gouvernement nous la retire. Puisqu’il » faut perdre, j’aime mieux que les pauvres jouissent » de mon bien que les maltôtiers. » Comme les enfants se précipitaient sur les fruits , Masaniello paraît luimême avec sa bande. Il exhorte ceux qui se trouvaient là à jeter les figues à la tète des collecteurs et de Y élu , au lieu de les manger , et leur en donne l’exemple , au cri de : A bas l’impôt ! Ceux-ci sont bientôt assaillis. Masaniello saisit enfin une pierre , et atteint en pleine poitrine Y élu, qui s’enfuit avec les collecteurs au milieu d’une grêle de projectiles. C’était le commencement de l’émeute.
Masaniello monte sur une table, et s’écrie d’une voix puissante: «Voici votre chef, Masaniello, que vous » connaissez bien ; je viens vous racheter de la servi- » tude des gabelles, comme Moïse a sauvé les Juifs de » la servitude d’Égypte. Je suis pauvre et nu, mais n’est- » ce pas aussi un pêcheur nommé Pierre qui a fait pas- » ser Rome de l’esclavage de Satan à la liberté de Jésus- » Christ? Et moi aussi, pêcheur du golfe , je viens sauver » Naples et le royaume des exactions du mauvais gou- » vernement. Que je sois mis en pièces, et mes membres » cloués aux portes de la ville , si je ne vous tiens point » ce que je promets. Vive le roi d’Espagne! mort au » mauvais gouvernement! (Viva il re di Spagna, muoja » il mal governo!) » L’incendie du bureau de perception
qui était sur la place avec son mobilier et ses registres, donna immédiatement le sens du mouvement; puis, tous ceux qui se trouvaient là , Masaniello en tête , se jetèrent sur lo couvent des Carmes, pour s’emparer de la tour du Carmel et propager la révolte. Les frères carmes , prêchés depuis longtemps par le vieux Genovino, et qu’on avait vus d’ailleurs souvent mêlés aux groupes sous leurs capuchons , étaient dans le secret ; le couvent, la tour, furent bientôt emportés, et la cloche sonna à toute volée l’insurrection.
Elle s’organisa avec une adresse et une promptitude qui tenaient de l’enchantement, mais qui prouvaient une longue et soigneuse préparation. Des troupes de petits enfants, portant un bâton qui servait de hampe à un chiffon de toile noire , parcoururent d’abord les rues sous la conduite de quelques frères carmes couverts . de leurs capuchons. « Ayez pitié, disaient-ils, de ces » pauvres âmes du purgatoire qui gémissent sous un » poids intolérable et vont chercher leur salut. Frères, » ayez pitié de nous; frères, aidez -nous à obtenir » notre délivrance. » Puis apparurent les bandes de Masaniello, Alaries et Lazzaroni , ayant au bout de leurs harpons le pain petit et de mauvaise qualité que les boulangers vendaient au poids de vingt-deux onces. Enfin suivit la masse du peuple armée de hallebardes , d’épées, et çà et là d’arquebuses, portées sans doute par des bandits; tous criaient : Au palais! an palais! Le vice-roi vit tout à coup déboucher par différentes rues , sur la grande place du palais, avec des plaintes et des vociférations, comme autant de fleuves bruyants
i!>2 QUATRIÈME ÉPISODE.
d'hommes, a\ anl d’avoir eu le temps de prendre ses dispositions.
Le prince de Bisignano, mestre de camp général, seigneur fort aimé du peuple, s’était, chemin faisant, joint aux colonnes menaçantes pour intervenir entre le gouvernement et l’émeute. Arrivé avec elles sur la place, il en obtint de pénétrer seul auprès du vice-roi pour lui adresser les demandes du peuple, tandis que les masses stationneraient entre l’immense façade du palais et le couvent de Saint-François-de-Paule , qui se trouvait en face, au pied de la colline de Pizzo-Falcone , à l’endroit où s’élève maintenant la belle mais un peu lourde église bâtie au commencement du dix-huitième siècle. Retiré dans son cabinet avec Velu du peuple, Naclerio, le père Giovanni, général des franciscains, fort respecté de toutes les classes, et quelques seigneurs, le duc d’Arcos, pâle, agité, ne savait que faire, et prenait pour se réconforter un biscuit trempé dans du vin. 11 pouvait ordonner à ses soldats de faire feu de toutes les fenêtres du château , et lui-même tenter une sortie à la tête de quelques gentilshommes. Sur les instances du prince de Bisignano, il commanda aux Espagnols et aux Suisses de contenir la foule sans faire usage de leurs armes , et parut au balcon en tâchant de faire entendre ces mots : «Oui, mes enfants, vous aurez tout ce que vous de- » mandez. » 11 était trop tard.
La foule qui débouchait par les différentes rues pressait celle qui était sur la place ; Masaniello , avec quelques-uns des plus audacieux, est porté jusqu’au pied du grand escalier. Tandis que le vice-roi signait en
MASAN1ELL0 ET LE DUE DE GUISE. 2‘ja
toute hâte l’abolition de l’impôt des fruits et la diminution de celui des farines, les soldats espagnols sont renversés dans le vestibule et sur les marches de l’escalier: une colonne d’envahisseurs, portée en avant, par ceux qui entrent, monte, se répand dans les appartements en faisant céder tous les obstacles; et les portes volent en éclats. En vain le vice -roi jette par les fenêtres les diplômes d’abolition : rien ne peut plus arrêter le mouvement. Le flot qui monte arrive, avec le bruit des portes brisées, jusqu’au cabinet. Il n’était plus temps de délibérer. Le duc songe à se mettre en sûreté, et s'échappe, avec ceux qui étaient auprès de lui, par un escalier dérobé. Masaniello et les siens arrivent au moment où il venait de disparaître; furieux de n’avoir point rencontré ce qu’ils cherchaient, les envahisseurs se dispersent dans les magnifiques appartements, mettent en pièces tout ce qui tombe sous leur main et jettent les meubles par les fenêtres. Dans la chambre seule du dais, sur l'ordre de Masaniello, et par respect pour le portrait en pied de l’empereur Charles-Quint qui s’y trouvait, ils s’abstiennent de ces excès.
Le vice-roi avait voulu se réfugier au Caslel-Xuovo , où était déjà la duchesse d’Arcos; mais il trouva le pont qui y menait levé et la herse baissée. Au moment où il rentrait dans le palais par une petite porte pour monter dans un carrosse et chercher un autre asile, des Napolitains le reconnurent et l’entourèrent. Les uns lui baisaient les mains, les autres le menaçaient. Protégé par quelques seigneurs, il parvint d’abord à monter dans sa voiture pour se faire déposer près de là , au couvent de
Saint-François. Mais le cocher ne put fendre la foule , qui devint plus hardie. On cria au duc d’abolir les impôts au lieu de fuir. Le pione, qui se trouvait là, s’élança sur le marchepied de la voiture, l'insulta avec de grossières paroles, et, pénétrant à mi-corps par la fenêtre d’une portière , le saisit par la moustache. Le vice-roi prit enfin une poignée de sequjns et les jeta par l’autre portière. Les uns crièrent qu’ils ne voulaient point de son or, mais d’au iras se précipitèrent avec avidité sur cette proie. Le cocher profita du moment et fouetta ses chevaux , qui déposèrent bientôt le vice -roi au couvent, dont les portes furent promptement barricadées.
On n’eût pas été plus loin peut-être, si, dans ce moment de trouble, un coup de feu parti du palais n’eût tué un homme dans la foule. L’émeute , jusque-là encore contenue, devint alors sanglante. Les soldats qui se trouvaient au palais furent massacrés et jetés par les fenêtres sur la place. Le peuple , furieux , revint et commença à faire le siège du couvent, qui ne pouvait résister longtemps, afin de faire un mauvais parti au vice -roi. Heureusement, l’archevôque-cardinal Filomarino arriva au milieu de ces scènes de désordre. C’était un personnage fort aimé du peuple ; on l’entoura avec respect. 11 adressa aux assaillants des paroles de paix , et promit d’obtenir tout ce qu’on voudrait du duc d’Arcos s’ils voulaient cesser le combat. On y consentit, et il entra sans être suivi dans le couvent. Après quelques minutes, qui parurent bien longues, il sortit, tenant à la main un papier qu’il agitait en l’air avec des signes de contentement, poussa jusqu’à son carrosse, qui était à l’entrée
de la rue de Tolède , et donna l’ordre de le conduire à la place du Marché pour en faire lecture. La foule suivit d’abord; mais, en voyant le cocher enfder la rue de Tolède , elle craignit que tout cela n’eût pour but que de gagner du temps et de l’éloigner du couvent de Saint- François. Elle lit arrêter l’archevêque et exigea la lecture du papier : il ne contenait rien autre chose que l’abolition de la taxe des fruits et la diminution de l’impôt des farines ; concessions bien insuffisantes maintenant pour désarmer une population presque victorieuse. Les plus animés retournèrent au couvent, dont ils brisèrent les portes; mais ils ne trouvèrent pas le vice-roi, qui avait eu le temps de franchir un mur du couvent des théatins, à Pizzo- Falcone, et qui gagnait déjà le château Saint-Elme. Le duc d’Àrcos était sauvé , mais la ville resta au pouvoir de l’insurrection.
La foule, exaspérée, se répandit en effet parla ville, fit main basse sur les soldats isolés , et acheva de soulever tous les faubourgs par le récit de ce qui s’était passé. Masaniello et les meneurs avaient gardé avec eux , comme chef ou comme gage , le prince de Bisignano.; ils l’emmenèrent à la place du Carmel , dont ils firent le centre du mouvement, et le conjurèrent de prendre la défense du peuple, qui l’adorait. Assez embarrassé, le prince entra dans l'église, saisit un crucifix, et chercha à apaiser la multitude ou à décliner l’honneur qu’on lui faisait. On ne voulut rien entendre. Bon gré, mal gré il donna des ordres pour occuper la ville et proclama l’abolition de tous les impôts. Les in- - surgés, divisés en différentes escouades, furent dislri-
bues sur les principales places pour éviter tonte surprise. Les plus exaspérés eurent la mission de brûler les différents bureaux de perception et de douane, pour que nul n’ignorât l’heureuse mesure; et ils ajoutèrent de leur propre chef aux ordres qu’ils avaient reçus le sac de quelques maisons de financiers connus pour avoir bâti leur fortune sur les exactions du gouvernement. Ce rôle pesait au prince. Dans un moment où il se vit moins surveillé, il gagna la maison d’un cavalier de ses amis, et , «à la nuit tombante , se réfugia au Castel-Nuovo. Sa fuite ne lit que caractériser le mouvement et donner à l’émeute le chef qui lui convenait.
La nuit était close quand on s’aperçut que Bisignano avait quitté la place du Marché. Lue partie de la foule, un peu lasse des émotions et des fatigues de la journée , restait atterrée. Mais quatre frères carmes étaient là : l’un d’eux leva son capuchon : c’était le vieux Genovino. Il ranima les courages : « Écoutez , dit-il ; peuple révolté » est peuple pendu , s’il ne s’assure la victoire. Il ne » s’agit point d’enlever au roi sa couronne et souverain noté de Naples , mais de réformer le mauvais gouver- » nement de ses ministres ; ne nous reposons pas avant » de l’avoir obtenu. L’abolition de misérables gabelles » ne peut nous suffire. Demandons à partager avec la » noblesse l’élection des sédiles; rentrons dans les droits » et privilèges octroyés par l’empereur Charles-Quint de u bienheureuse mémoire. Un prince vous a abandonnés : » tant mieux ; ce n’est pas à la noblesse qu’il faut vous » lier, mais à vous-mêmes. Au lieu d’un prince , prenez » l’un de vous, et il vous conduira à la victoire au cri
MASAMELLO FT LF. DUC DE GUISE.
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» de : Vive le roi d’Espagne et mort au mauvais gomer- » neinent ! »
C’était désigner Masaniello. Celui-ci fut en effet proclamé capitaine général du peuple. La cloche du Carmel, mise en branle à toute volée, et des émissaires env oyés de la place du Marché dans toutes les directions annoncèrent la nouvelle au bruit du tambour et à son de trompe. Elle fut dignement saluée. On enfonça de tous côtés les boutiques des armuriers pour se, procurer des armes et des munitions; et les prisons furent ouvertes, excepté celle de VAnnonciade et celle de la grande Vkarie, par respect pour l’archevêque et pour le roi. L’insurrection était maintenant toute populaire.
Au milieu de la nuit, le duc d’Arcos, rentré à travers mille périls au Castel-Nuovo, put du haut des tours juger de la puissance et de l’étendue de sa défaite. Le 'tocsin répondait de toutes les églises à la cloche d’alarme du Carmel. Des bandes armées précédées de torches parcouraient les rues avec des cris tels que les Napolitains en sa\ ent pousser. On entendai l de temps en temps des coups de feu et des cris de rage ou de douleur. Les barques des quais de Chiaja et de Mergelina emportaient furtivement et dans l’ombre des fugitifs. Çà et là se dessinait dans la nuit la flamme rougeâtre des incendies des bureaux de douane ou des maisons désignées d’avance à la haine du peuple. Tout à coup , dans un quartier éloigné de la ville , retentit une épouvantable explosion , suivie d’une flamme pétillante qui s’éleva rapidement et éclaira pendant quelque temps, comme une éruption du Vésuve, ces scènes de désordre. Une bande avait pénétré dans
un magasin à poudre avec les mèches des arquebuses allumées; un baril avait pris feu, et la maison sautait avec ceux qui y avaient pénétré, en ébranlant tout le faubourg. Avant de se mettre en devoir de réparer ses fautes , le duc d’Arcos contempla pendant quelque temps le résultat de son confiant orgueil et de son imprudente sécurité.
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