‹ Épisodes de l'histoire de la contre-révolutionChapitre 23 sur 60 · ENCORE SANS-FAÇON · texte numérisé non relu

ENCORE SANS-FAÇON

nous tenons Sans-Façoii... »

Une grande demi-heure s'écoula^ enfin, à Tautre bout du village, des coups de feu retentirent : les Chouans étaient cernés...

« Vive l'Empereur ! » — et la colonne s'ébranla...

De toutes les maisons partit un roulenient de fusillade : la colonne s'arrêta net et recula...

A gauche du chemin, une grange était ouverte, toute remplie de fagots et de gerbes de paille. Le lieutenant Blasson cria à ses hommes : « J'aime à voir clair : flambez-moi ça! >•> On flamba ça...

La flamme jaillit, crevant la toiture de chaume; elle s'allongea, léchant les maisons voisines. Un grand cri s'éleva dans la nuit; là-bas, vers Izé, le tocsin tinta; — le feu dévorait le Vilant.

« A la baïonnette! » commanda Blasson — et, suivi de ses hommes, il s'élança au pas de charge...

Vingt-cinq mètres plus loin, il trébuchait :

i3o LIVRE DEUXIÈME

il était venu butter contre une barricade. Des charrettes entassées barraient le chemin. Derrière ces charrettes, à plat ventre dans la tange, le Brigand fusillait à bout portant; à droite et à gauche, par les fenêtres matelassées, le Brigand tirait encore dans le tas...

Alors, aux clartés de Tincendie, on put voir se dresser un homme sur la barricade — un homme drapé dans un manteau vert et coiffé d'un chapeau à plume blanche :

« Vous, les Bleus, cria-t-ii, rendez- vous! » Une décharge générale répondit à la sommation de l'audacieux.

ENCORi: SANS-FAÇON l3l

Au matin, le colonel Cavalier arrivait aa Vilant : deux escadrons le suivaient avec un grand fracas de sabres et de bottes.

Sur la place du village, Blasson et ses hommes entouraient un feu de bivouac. Les uns astiquaient leurs armes, les autres fumaient leur pipe, ceux-là sifflotaient quelque Marie trempe ton pain. Quatre Chouans ligotés de cordes étaient couchés à terre, taciturnes, et bavant leur rage. Dans une grange, par la porte ouverte, on apercevait, pêle-mêle, sur la paille, des gendarmes blessés. Ils étaient nombreux, et presque tous portant galons et chevrons. Au palier d'une maison voisine, d'autres encore gisaient étendus, raides et immobiles dans leurs longs manteaux bleus — leurs suaires : c'étaient les morts.

Le lieutenant Blasson courut vers le colonel Cavalier.

— Et Sans-Façon? demanda celui-ci.

Pour toute réponse, le lieutenant haussa les épaules.

l32 LIVRE DEUXIÈME

— Sans- Façon?... Sans-Façon?... répéta impétueusement le colonel.

Alors, le lieutenant, avec un grand geste de désespoir :

« Manqué! »

Mais déjà, le colonel Cavalier n'était

plus le maître de venger lui-même cet échec. En ce moment, toute une armée de secours s''avançait vers Sillé-le-Guillaume. Un des généraux de la garde impériale la commandait. Avec lui venait un des plus hauts fonctionnaires de la Police : Thomme de confiance du duc de Rovigo.

L'Empereur et Roi avait dit : Je veux que tout cela finisse I

LA PETITE-EGLISE

Page 1