A LA RECHERCHA DE SANS-FAÇON I
les pancartes s'étalaient, affriolantes, sur les murs des mairies et des églises.
« Eh! eh! cent gros écus! Un biau denier, ma fi ! Avec cinq cents francs on fait son falot à la foire; on peut acheter sa vache du Cotentin ou sa jument du Perche... Avec deux mille, jarnigué ! on a la vache avec le veau, le poulain et la poulinière!... «
Donc, les délations arrivaient par paquets de lettres en tous styles et en toute orthographe : la conscience villageoise s'étalait bien à nu sous les yeux de M. le commissaire général. On se dénonçait entre ennemis, entre amis, entre voisins, entre parents : Rolland de Bussy prenait les noms et enlevait les gens.
Bientôt, la prison du Mans fut bondée de suspects; on remplit alors les trois étages du donjon de Sillé ; on empila dans les vieilles geôles du château de Laval.
« Mon Dieu, je le sais bien, écrivit négligemment M. le commissaire général, beau-
igt) LIVRE TROISIEME
coup de ces gens-là sont innocents ; mais si nous les faisions élargir, nous affaiblirions peut-être une terreur salutaire. »
Evidemment, la conversion commençait.
Et pourtant, toujours absence complète de renseignements sur Sans-Façon.
Les quatre prisonniers faits à Vilant s'obstinaient à garder le plus surprenant des silences : au nom de Sans-Façon^ ils se regardaient avec stupeur; les drôles se refusaient à connaître leur chef... Ah! ces lois maladroites qui avaient supprimé la torture!...
Quant à la cohue des dénoncés, elle savait moins encore.
M. le commissaire général enrageait. Couché sur ses rapports, tout enveloppé de ses dossiers, il se livrait à de curieuses inductions.
« Sans-Façon ! Quel personnage étais-tu donc ?. . . Une femme ? comme semblait le croire le général Henry. Non : idée de gendarme, — de l'imagination et pas de bon sens ! A sérieuse enquête il fallait sérieuse logique.