‹ Épisodes de l'histoire de la contre-révolutionChapitre 49 sur 60 · LE PLAN DU GÉNÉRAL BARON HENRY · texte numérisé non relu

LE PLAN DU GÉNÉRAL BARON HENRY

Une nuit, la ville de Siilé-le-Guillaume s'éveilla tout entière en sursaut. A la vieille église, le tocsin tintait par petits coups pressés; dans la rue, la trompette poussait sa note criarde, et le tambour battait le rappel. Chacun, s'élançant de son logis, courut vers la place des Minimes.

L'étroit carroir était rempli de soldats. A cheval, enveloppé de son manteau, son chapeau en colonne sur Toreille, le général baron Henry donnait des ordres ; à ses côtés, se tenait le colonel Cavalier; un peu en arrière, tout un état-major de gendarmes et de chasseurs. Dans une berline, on pouvait entrevoir le préfet de la Sarthe, en uniforme, causant avec le commis-

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saire Rolland de Bussy; en face d'eux était assis le secrétaire général, Rast-Desarmands, discrètement silencieux. Plus loin, modestement à pied, se promenait le maire de la ville, Carnpan, drapé dans son écharpe tricolore...

Le ciel était noir; l'aube ne frangeait pas encore l'horizon de ses premières blancheurs ; mais les vents de la nuit apportaient, par bouffées, les sons lointains des cloches : le tocsin tintait au nord et au sud, à Test, à l'ouest.

Quand la foule se fut amassée, un roulement de tambour se fit entendre, et le maire, Campan, déployant un papier qu'il avait à la main, lut une proclamation à ses administrés. Cette proclamation, œuvre du général baron Henry, était adressée aux habitants du Bas-Maine.

« Armez- vous de toute manière, disait-elle; battez votre commune dans tous les sens; fouillez les fermes et les maisons isolées; visitez les chemins et les sentiers. Si vous faites quelques rencontres de brigands, arrêtez-les; au premier coup de fusil, nous serons près de

25o LIVRE QUATRIÈME

VOUS. L'Empereur demande à ses fidèles populations de la Sarthe et de la Mayenne ce suprême eftort, cette preuve de dévouement et d'amour. Vive l'Empereur !... »

« Vive l'Empereur ! >< cria le maire Campan; mais sa voix se perdit sans écho dans un silence plein de murmures. Aussitôt, chacun courut vers sa maison pour en sortir bientôt, brandissant un fusil, une faux ou une fourche.

Or, en ce moment, des rives de la Mayenne aux rives de la Sarthe, dans 228 comm.unes, 70,000 hommes subissaient semblable réveil, écoutaient pareille proclamation, et laissaient leurs maires crier : « Vive l'Empereur! »

Vive l'Empereur!... Le jour se leva. Bourgeois et paysans s'enfonçaient dans les taillis, barbotaient dans les chemins creux, heurtaient aux portes des fermes, piquaient et sondaient de la faux les grandes haies des bordages... Rien.

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