‹ Épisodes de l'histoire de la contre-révolutionChapitre 8 sur 60 · UN ÉVÊQUE IMPÉRIAL · texte numérisé non relu

UN ÉVÊQUE IMPÉRIAL

La nouvelle apportée par l'exprès venu de Sillé-le-Guillaume surprit étrangement le baron Auvray, mais sans l'émouvoir. Il se mita hausser les épaules :

'c Quoi! des Chouans en i8i3?... Des Chouans après douze années de son administration?... Et quels Chouans! Des drôles costumés en brigands de VOpera-Biiffa. La bonne folie!... On les connaissait si bien, les vrais, les grands Chouans des jours passés! L'Empereur et Roi n'avait pas aujourd'hui de plus dévoués serviteurs. N'étaient-ils pas presque tous à présent gens en place, — c'est-à-dire ennemis du désordre? Ils émargeaient au budget, ces vieux féaux du comte de Lille : ils étaient sous-

préfets, auditeurs au conseil d'État, députés même; on en trouvait à la direction des bergeries impériales et à l'inspection des haras; l'armée en regorgeait; celui-ci était colonel, celui-là adjudant-commandant, cet autre enfin portait l'habit de général. Gomme ils se titraient avec orgueil, barons, voire simples chevaliers de l'Empire!... Non! le Chouan d'autrefois n'existait plus. Ces gens de Sillé voulaient rire! »

Toutefois le baron Auvray crut devoir consulter son secrétaire général. Ce secrétaire général, un M. Rast-Désarmands, était la vraie image et la copie exacte de son préfet : comme lui, épris de statistique, bien vu aux « bureaux » de l'Intérieur, mal noté à la Police générale. Les deux fonctionnaires convoquèrent le capitaine de la gendarmerie de la Sarthe, Philipon, et tous trois entrèrent en conférence. Leur avis fut unanime : « Pas de Chouans, mais de vulgaires brigands, réfractaires courant le bois,... peut-être même des

UN EVEQUE LMPERfAL DD

farceurs. Pareil scandale s'était produit déjà en 1809, lors de l'appel des quatre classes; quelques coups de fusil avaient eu raison de ces coupeurs de route : on allait jouer de la gendarmerie. »

Fort rassuré, le préfet de la Sarthe voulut pourtant prendre l'avis de M. l'évêque du Mans.

Michel-Joseph, « par la miséricorde divine » évêque du Mans et successeur de saint Julien, avait nom M. de PidoU : il était Allemand, né à Trêves. La volonté impériale l'avait chargé de paître les ouailles des Deux-Maines, tandis que, par un juste retour, cette même volonté donnait pour pasteur aux Allemands de Trêves un curé français natif de la Basse-Auvergne. C'était un petit vieillard cassé et ridé, au sourire pincé par la béatitude, au nez effilé, portant rabat gallican et tachant de poudre la moire de son camail. Depuis onze années, cet Allemand se comportait en prélat « bon Fran-

çais », rendant à César ce qui appartenait à César, peut-être même ce qui eût dû revenir à Dieu. Saint Paul et l'épître aux Romains formaient le texte favori de ses méditations : il était soumis « aux Puissances ». Certes, les infortunes du pauvre Pie Vil avaient navré son cœur de prêtre, mais très secrètement et dans le for intérieur. En dépit des excommunications, M. de PidoU avait fort bien communiqué ; si' bien même qu'il avait brigué et obtenu la croix, — une croix tout autre que celle

portée par Jésus-Christ

Le ministre des Cultes, comte Bigot de Préameneu, estimait fort la personne de ce pacifique. Avec lui, point d'abus de pouvoir à craindre, jamais de conflits à redouter. D'ailleurs la théologie de ce successeur de saint Julien édifiait le ministre. Le comte Bigot aimait à lire, bien dévotement reproduites dans le catéchisme du Mans, les vérités divines révélées par Napoléon lui-même dans le catéchisme impérial de 1806. Mais c'était surtout

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