UN ÉVÈQUE IMPÉRIAL
en ses mandements que M. de PidoU se montrait « bon évêque ». Tous ils pleuraient, tous ils se lamentaient sur le grand pécheur d'alors, le réfractaire : « Allez, mes très chers frères, allez vers celle qui va périr; quand vous l'aurez trouvée, prenez-la sur vos épaules et rapportez-Ia, joyeux. » Touchante application de la Parole : le bon pasteur, c'était le curé; la brebis fugitive, le déserteur; le bercail où on la devait ramener, la gendarmerie... Le saint vieillard !
Et c'est ainsi que depuis nombre d'années vivait avec mansuétude Michel-Joseph, évêque du Mans, l'édification de son ministre, touchant régulièrement son traitement épiscopaj et attendant, sous les lambris de son palais, l'heure par le prêtre si redoutée de la mort, — heure pour lui, hélas ! bien prochaine : M. de PidoU avait alors quatre-vingts ans.
La visite du préfet de la Sarthe stupéfia le
vieil évèque. Au mot de « Chouans », il leva les bras au ciel : « Jésus! Marie! encore ces hommes de sang. Etait-ce possible?... Mais, hélas! il ne savait rien, sur sa conscience, rien! Tous ses curés ignoraient comme lui-même Toeuvre de ténèbres... Quoi! des Chouans dans la paroisse de Sillé? Une si excellente paroisse!... Non, non, ce n'étaient pas des Chouans, mais sans doute de malheureux réfractaires : âmes dévoyées, qui n'avaient pas bien compris le sens de ses pastorales. Un prochain mandement aiderait à les ramener au bien... »
Satisfait de sa visite, le baron Auvra}^ allait se retirer; M. de Pidoll le retint :
« Les deux vénérables prêtres, ses chers coopérateurs dans l'administration du diocèse, étaient au palais. M. le préfet voulait-il les interroger : le vicaire général Duperrier et l'archidiacre de Bourgneufr... »
Le baron Auvray s'inclina, jugeant superflu de déranger les deux « chers coopérateurs »...
UN ÉVÉQUE IMPÉRIAL bj
Beaucoup de bruit pour rien, pensa-t-il; simple affaire de gendarmes... Alors, tout placide, il commença la préparation du plus tranquillisant des rapports.