‹ Episodes et portraits: Deuxième sérieChapitre 9 sur 32 · LES MEMOIRES DU GENERAL LE GRAND · texte numérisé non relu

LES MEMOIRES DU GENERAL LE GRAND

Le gênerai Etienne Le Grand dont^L Réniond a « recueilli » les mémoires et souvenirs (1), fit les campagnes de 1792 et 1793 aux armées du (Centre, de la Moselle et du Rhin, de 1794 à Tarmée du Nord, de 1795 à l'armée de Sam])re-et- ÎNIeuse, de 1798-1799 à l'armée d'Italie ; il exerça divers commandements de 1806 à 1813; il joua un rôle honorable dans la résistance de 1814.

« Les sources où j'ai puisé, dit M. Rémond, sont : les archives nationales, le dépôt de la guerre, les archives de l'Ain, de Saône-et-Loire, Màcon, Tournus, Chalon. Toutes les fois que cela m'a été possible, j'ai transcrit le carnet de campagne, les lettres de service, les ordres et rapports du général, les notes laissées par son frère et celles, plus nombreuses, écrites par son lîls ; ces textes se trouvent principalement au ministère de la guerre et au château de Mercey. »

(1) Le général Le Grande baron de Mercey, 1~55-I8QS, mémoires et souvenirs (Valmy, Landau, Malines, Xovi, Chalon, Tournus, Màcon), recueillis par Ch. Rémond. Paris, Berger-Levrault. 1903, in-S", 446 pages.

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Toutes ces sources sont, peut-être à dessein, assemblées et confondues en un pêle-mêle qui fatigue et qui, par instants, est prescjue inextricable. On lit dans le texte et au bas des pages les noms d'Etienne Le Grand, de René Le Grand ou Le Grand de Saint-René, de Ch. J. Et, Le Grand, sans oublier Ch. R. (M. Rémond^ qui a « recueilli » les souvenirs de ces trois Le Grand. Bref, il y a quatre parts à faire : celle de M. Rémond ; celle du général Etienne Le Grand ; celle de René Le Grand, frère aîné du général; celle de Ch. J. Et. Le Grand, fils du général.

Coulons aussitôt la part du fils. Ce sont, dans la première moitié du volume, des notes éparses, et, dans la seconde, un récit de l'invasion de 1814 en Saônc-et-Loire et quelques détails sur les Cent Jours. Ajoutons qu'il y a aussi, dans cette seconde partie, — mais les divisions sont très mal marquées, et il est difficile de discerner d'emblée ce qui revient au père et ce qui revient au fils — le carnet de campagne du général Le Grand en 1814.

Je n'insiste pas d'ailleurs sur cette seconde moitié du livre et ne veux pas l'examiner de près, ainsi que les chapitres qui concernent les années 1794-1813. Pour ces années 1794-1813 les notes du général manquent et M. Rémond avoue qu'il ne rapporte que ce que tout le monde sait : nous n'avons là, en somme, qu'un résumé de la campagne de 1799 rédigé par le fils du général, un mémoire

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du général sur la cavalerie et des lettres et pièces de peu d'intérêt (1).

Venons donc aux deux cents premières pages qui forment l'essentiel du volume — campagnes de 1702 et de 1793 — et voyons dans ces pages ce qui appartient à M. Rémond ; puis ce qui appartient à René Le Grand, frère du général ; enfin ce qui appartient au général Le Grand.

!\L Rémond s'est servi de nos Guerres de la Révolution ; c'est presque la seule source qu'il ait consultée (2) et il la mentionne deux fois au bas d'une page (3) pour donner le nombre des canons et des pertes à la journée de Valmy. Je l'en remercie, et je ne lui reprocherai pas de résumer et de paraphraser mon texte, de reproduire les documents que j'ai cités, comme s'il les avait vus, lui aussi, et copiés dans les dépôt publics,

(1) P. 2%, dans la lellre d'Ulrecht, 1 prairial an III, il est curieux que le général Le Grand parle déj;'» de V Empereur d'Autriche.

(2) Pourtant il cite encore V Alexis Dubois de Léon Hennet, mais de la façon suivante : « Archives de la guerre, cf. Hennet, Dubois » ou « Hennet. loc. cit. et Archives de la guerre » (pp. 107 et 173). Pourquoi, puisqu'il n'est pas allé, comme nous le prouverons, aux archives de la guerre ?

,3) Pp. 109 et 114.

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de noter au bas des pages en son récit de Tannée 1793 les rapports des représentants et les pièces des archives nationales et des archives de la guerre, sans dire une seule fois que tout ou à peu près tout, positions, marches, combats, témoignages prussiens et autrichiens, noms des localités est emprunté à nos Guerres de la Révolution.

Encore devait-il bien transcrire les cotes qu'il a trouvées au bas des pages de Valmy, de Custine, etc., et ne pas commettre des erreurs plaisantes. Il cite, par exemple, comme inédits les Mémoires de Belliard et il écrit qu'il faut consulter sur Valmy les « Mémoires inédits de Belliard, Arch. nat. 272, n° 41 » : il a pris cette indication à la p. 218 de notre Valmy où on lit « Belliard, Mém. I, 76 ; Arch. nat. \Y 272, dossier 41 « ; il n'a pas vu que la mention « Arch. nat. ^Y. 272 » visait le carton du tribunal révolutionnaire cjui contient les actes du procès de Stengel. Il cite de même Archives de la guerre AA et W 483 (au lieu de « Archives nationales AA Cl et W 483 »). 11 cite une lettre de Beurnonville qu'il aurait trouvée aux archives nationales E' (au lieu de F-) !

Encore dcvait-il s'abstenir de procédés d'exposition qui ne conviennent guère à l'iiistoirc. Il représente le général en chef de l'armée du Rhin, Landremont, dépité de la défection de son lieutenant d'Arlande. « Ce Iraitre, disait Eandrc-

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mont, après avoir livre aux ennemis le secret de ma défense, les a conduits en personne, car, sans lui, ni Pejacsevich ni le major Schiockinger ni le lieutenant-colonel Beaumont, partis de Dahn le 11 septembre, n'eussent trouvé le point faible de mon poste retranché de Bundenthal. » Comme si Landremont avait jamais pu tenir ce langage ridicule, comme si Landremont savait ce jour-là que les ennemis étaient commandés par Pejacsevich, Schrockinger et Beaumont (1) !

Encore devait-il respecter ce qu'il copie et ne pas inventer, ne pas imaginer à côté. Il y a dans notre Wissemhourg, p. 223, une note ainsi conçue: « Le rédacteur du cabinet topograpliique rapporte qu'il se rendit à Strasbourg le IG et qu'il demanda auparavant les ordres de Dubois ; nous nous verrons bientôt dans cette place, lui répondit le général. » INI. Rémond, s'emparant do cette note, la remanie comme si le « rédacteur » cité par moi était le général Le Grand : « Dubois, rencontrant Le Grand dans la matinée du 16, lui cria , au revoir, à bientôt, à Strasbourg ! » Autre exemple : « Dubois, dit M. Rémond, écrivait à De Bry : « Saint-Just et Le Bas ont eu raison de fusiller les principaux coupables » Cette phrase, il prétond l'avoir prise, naturellement, aux archives de la guerre et il ajoute : « Hennet, loc.

(l) M. Rémond a trouvé ces trois noms dans notre \V7ssembourg, p. 147.

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cit. » Mais non ; elle est de lui, de lui, Rcmond ; il a lu, non aux archives, non dans le Dubois de Ilennet, mais dans notre Hoche '» « Dubois écrivait à De Bry que Saint-Just et Le Bas avaient eu raison de fusiller les principaux coupables « et il a mis ma phrase au style direct, il a fait dire à Dubois quelque chose que Dubois n'a pas ^nt(l).

Encore ne devait-il pas, parce qu'il lit dans notre Wissemhoiirg que les manteaux rouges coupaient la tête aux chrétiens qu'ils avaient tués, assurer qu'ils coupaient la tête aux « patriotes alsaciens ».

Encore ne devait-il pas dire, d'une façon aussi inexacte qu'emphatique, que Saint-Just et Le Bas, arrivés à Saverne, lancèrent du haut des Vosges leur premier arrêté, et il commet des erreurs assez graves. 11 nomme François II, empereur d'Allemagne, François i*""" empereur d'Autriche; il appelle jRadefle colonel Radot (qui n'a, par conséquent, rien de commun avec Le Grand) ; il met au 24 février 1793 la nomination du ministre de la guerre Beurnonville qui date du 4 février. Et qu'esl-ce que le Giesherg, près de Kaiserslautern ? Qu'est-ce que VAutricliien Dilfurth? M. Rémond lit dans notre Hoche que les

(1) Pour tout trancher, voici la phrase de Dubois : « Sainl-Jusl et Le Bas prennent des mesures pour chasser les traîtres : ils en ont fait fusiller quelques-uns ; celte mesure était absolument nécessaire... »

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