LE BAHOX DE COMEAU
n'aime pas ces forteresses que Ton oublie au milieu du pays dont on est maître. Prenez-moi cela, Monsieur l'élcve de Bélidor. Emportez avec vous vos vieux livres d'artillerie et vos munitions. Je vais vous en donner d'autres qui feront peut-être aussi bon effet : le nerf de la guerre ; faites-vous donner cent mille francs. Vous comprenez : cent mille francs, et allez. »
Et Comeau va : il touche cent mille francs ; il se présente devant la forteresse de Plassenbourg avec deux bataillons de troupes bavaroises; il bloque la place ; il n'épargne rien pour s'en emparer, et il s'en empare après avoir déployé des ruses de toute sorte. Son récit est d'ailleurs très divertissant. Il se présente en parlementaire au commandant du fort, «vieille ganache du temps de Frédéric II » ; il parle haut dans le conseil de guerre ; il parle bas à travers une porte avec la fille du commandant ; bref, Plassenbourg se rend sans que Comeau ait dépensé les cent mille francs de Napoléon.
Faut-il accepter ce récit ? Si nous en croyons les documents officiels et aulliciiti(iucs, Plassenbourg que Comeau se vante d'avoir conquis à lui seul, a été cerné dès le 10 octobre par le colonel comte Beckers et le 6" régiment d'infanterie bavaroise Duc Guillaume ; sur le Rehberg, à huit cents pas de la forteresse, le major Lamey et le capitaine d'artillerie Pusch avaient élevé trois batteries; une autre batterie était sur le Buch-
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berg, à cinq cents pas du château ; treize pièces arrivaient en même temps de Bavière : voilà pourquoi la Plassenbourg fut rendue le 25 novembre par son commandant (1). Selon Comeau, l'Empereur aurait dit en le revoyant: «Messieurs, voilà le vainqueur en deux jours de la citadelle de Plassenbourg. Maret, lisez cette capitulation; donnez-en connaissance à ces Messieurs. Bertrand, vous aurez soin de la mettre dans le bulletin. » Reportons-nous à ce bulletin : nous y lisons que le fort était muni de vivres pour plusieurs mois, mais que l'Empereur a fait préparer à Kronach et à Forchheim des pièces d'artillerie, que vingt-deux pièces étaient en batterie, « ce qui a décidé le commandant à livrer la place ». Comeau n'est pas même cité ; mais le bulletin assure que « M. de Beckers, colonel du 6" régiment et commandant le blocus, a montré de l'activité et du savoir-faire dans cette circonstance ». Notre émigré n'a donc pas eu le rôle prépondérant qu'il s'attribue ; il faut dire simplement, avec Schrettinger (2), qu'il déploya activité et habileté dans l'accomplissement des dispositions qui furent prises pour le siège.
La prise de Plassenbourg « m'avait mis, dit
(l)Oui s'appelait, soit dit en passant, Uttenliofen et non Oulinhof.
(2) Sclu-ellinger consacre une notice à Comeau dans son ouvrage sur fOrdrc mililaiic l)avarois de Maxiniilien-Josepli.