LE D.VROX DE COMEAU
rades, et une note des éditeurs ajoute que Du- ~ roc faisait la cour à ses professeurs et que Savary espionnait ses camarades. Le malheur est que Savary, duc de Rovigo, n'a jamais servi dans l'artillerie: Comeau, ainsi que ses éditeurs, l'a confondu avec son frère, reçu officier en 1780 et mort en 1S02. Quant à Duroc, élève de l'Ecole royale militaire de Pont-à-Mousson, élève de l'Ecole d'artillerie de Châlons où il fut reçu en mars 1792, il n'a pu être le camarade de Comeau. Enfin, n'est-ce pas aller trop loin que de faire du prince de Coudé, du chef des Condéens, un général de premier ordre ? Comeau afTîrme que ce prince aurait égalé le grand Condé, égalé même Napoléon et qu'il n'a jamais été vaincu !!
Comeau a de l'esprit, de l'entrain, et malgré ses défauts, il mérite d'être consulté, non sans une grande prccautiou. Il peint drôlement la marche en avant de l'armée française qui lui semble une marche en déroute, un arrive qui peut, de l'ordre fait avec du désordre: il lui paraît que tout s'éparpille et ne pourra plus se réunir, et soudain, lorsque se produit un temps d'arrêt, voilà cjue tout se reforme, se range, s'avance avec une étonnante précision. Il fournit quelques détails sur l'armée de Condé et sur
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l'armée bavaroise, jluis c'est le type de ces vieux officiers qui se retirent dans leurs foyers, non sans mauvaise humeur, parce qu'ils n'ont pas eu les honneurs rêvés ; ils racontent incessamment à leurs entours ce c^u'ils firent et ce qu'ils ne firent pas ; ils grossissent, ils embellissent leurs moindres actions, et peu à peu, à force de prôner leurs exploits, ils finissent par y croire; ils inventent de longues conversations qu'ils auraient tenues avec le victorieux qu'ils ont connu de loin ou de près; ils s'imaginent qu'ils l'ont puissamment secondé, et que, sans eux, il n'eût pas triomphé. Comeau se figure qu'il a été réellement indispensable à Napoléon, cjue Napoléon s'inclinait devant la supériorité de son talent, cjue Napoléon avait pour lui des attentions extrêmes, le traitait en camarade, le regardait comme une autorité en artillerie et en stratégie!
NAPOLEOiN A FINCKENSTEIN
Du le"" avril au G juin 1807, Napoléon établit son quartier-général au château de Finckenstcin, à six kilomètres au nord de la ville de Rosenberg. C'était le Versailles de la Prusse occidentale, ou, comme Napoléon dit simplement, une très belle maison de campagne, plus belle que celle de Bessières à Grignon : il y avait des cheminées dans toutes les chambres, et Napoléon goûtait fort cet avantage, parce qu'il aimait à se lever pendant la nuit et à voir du feu. « Enfin un château ! » s'écriait-il (1).
Faut-il retracer l'activité qu'il déploya durant quatre mois dans ce manoir prussien ? On n'a qu'à feuilleter le tome quinzième de la Correspondance pour remarquer qu'à Finckenstcin, comme ailleurs, il porte son attention sur les moindres choses, qu'il ne cesse de tout diriger, veillant aux besoins de l'armée, pressant le siège de Danzig, réparant les fortifications de Thorn,
(1) Correspondance, X\, p. 10-11.
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écrivant à ses frères, h ses ministres, à ses généraux; (( il fait tout, disait Percy, il ordonne tout, il vaut à lui seul toutes les administrations ».
On connaît moins la vie qu'il menait à Finckenstein, et voici que de Finckenstein même nous viennent d'intéressantes informations (1). Le propriétaire actuel, le burgrave et comte George de Dolma-Finckenstein, a fait composer par le conseiller intime et directeur des archives, Erich Joachim, un livre sur le séjour de Napoléon. L'ouvrage renferme peu d'inédit et son auteur a surtout consulté la correspondance de l'Empereur et les mémoires du temps. On y trouve pourtant quelques documents et témoignages des habitants du lieu.
Ce fut le l'*'" avril 1807 qu'arriva Napoléon, monté sur un cheval blanc à longue c|ueue et vêtu de la redingote grise. Il connaissait sans doute une légende cpii courait dans le pays : tous les indigènes étaient persuadés que Frédé-
(1) Napoléon in Finckenstein, von Dr. Erich Joachim. Berlin. Bchrend und Co. 1906. \nS\ XXVII et 229 p. Une traducUon IVnncoisc de ce livre par Georges Douare, a paru en 1908 sous le lilrc Napoléon au printemps de 1907, un tableau historique (Edition de la Revue des Lettres et des Arts. Nice. In. 8% 117 p.)