‹ Episodes et portraits: Deuxième sérieChapitre 27 sur 32 · METTERMCH ET MADAME DE LIEVEN · texte numérisé non relu

METTERMCH ET MADAME DE LIEVEN

ternich en 1848, elle déclara que Mélanie Zichy était une « petite, grosse et vulgaire bonne femme » et le mari de Mélanie Zichy, un bavard, plein, comme jadis, de satifaction intérieure, et qui ne cessait de parler de lui-même et de son infaillibilité.

Et, de son côté, que disait Metternich ? Il s'étonnait d'avoir rendu hommage à cette maigre beauté, d'avoir adoré cette revêche créature, et il la définissait ainsi : une femme qui a besoin de se remuer et qui ne peut rester tranquille.

Les lettres que Metternich adressait à M"^de Lieven en 1818 et en 1819 sont intéressantes. Il manie aisément la langue française. Pourtant, il n'écrit pas avec beaucoup de correction et sa façon de s'exprimer est fréquemment obscure. Il demeure Allemand. De là son Gemût, car il a du Gemwietil se pique d'en avoir : leGemiH, dit-il, voilà « le premier don du Créateur » et il ajoute qu'il estporté au rêve, à la mélancolie, à la.wehmûtige Sthnmung , que son bonheur ne résidera jamais que dans son cœur. De là, dans ses lettres, je ne sais quoi de nébuleux et d'abstrait, llphilosophise ; il s'efforce de prouver à son amie qu'ils sont « deux êtres parfaitement homogènes » ; il lui apprend que notre être se compose de deux

essences, le corps et l'âme, et que l'àme a besoin d'organes qui forment le système nerveux ; il disserte pesamment sur le cœur humain ; il prétend qu'il a fait des découvertes morales et trouvé de grands principes, des vérités éternelles. INIetternich, avouait plus tard M""® de Lieven, « est plein d'un interminable bavardage, bien long, bien lent, bien lourd, très métaphysique et ennuyeux. »

Fat et pédant à la fois, il se regarde comme le premier homme de l'univers. N'est-ce pas lui qui déclare, en 1815, que s'il s'asseyait sur le trône de France, il y ferait fureur ? N'est-ce pas lui qui, tout en reconnaissant qu'ilpasse le temps k étayer des édifices vermoulus, définit superbement son système « l'application des lois qui régissent le monde ? (1) «

Dans ses lettres à M""" de Lieven, avec une énorme et naïve présomption, il affirme qu'il sait aimer plus et mieux que la plupart des mortels ; qu'il est constamment arrivé à ses fins ; qu'il a toujours gagné le prix de la course ; qu'il est un des hommes les plus équitables du monde ; qu'il ne sent pas comme le commun ; qu'il suit la voie de son cœur qui ne l'a jamais trompé ; qu'il a des yeux excellents, des oreilles justes et fines, un tact simple et correct ; qu'il ignore la peur et qu'il dispose d'une puissance immense, qui est la rai-

(1) MoUernidi. Mém., II, p. o'M cl VII, pp. 301 et 630.

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