‹ Episodes et portraits: Deuxième sérieChapitre 29 sur 32 · METTERXICH ET MADAME DE LIEVEN · texte numérisé non relu

METTERXICH ET MADAME DE LIEVEN

des biens, peut-elle me donner autre chose que des mouvements de joie ? Il n'en est pas moins vrai que je tremble. Bon ami, te revoir pour si peu de temps, te revoir pour te reperdre encore, jouir et tremblera tous les instants du jour! Mon Clément, il y a dans mon àme un conflit de sensations si opposées ! »

Les anecdotes sont rares dans ces lettres de Metternich. Quelques-unes méritent d'être citées. Le bourgmestre de Judenbourg se plaint des souris qui font des dégâts dans la campagne. « Depuis quand ? demande iNIetternich. — Depuis les Français. — Les Français avaient donc des souris avec eux ? — Non, mais ils ont mangé tant de pain qu'ils ont semé de miettes tous nos champs et depuis lors les souris de la Styrie se sont établies ici. » Le chasseur de Metternich en Italie est un Tchèque qui ne sait qu'un seul mot italien : avanti, et, au moyen de ce mot, il arrive à tout ce qu'il veut ; avanti, et les postillons avancent ; avanti, et les postillons reculent ; avanti, et l'hôtelier sert le souper.

Certaines lettres sont curieuses : celle où Metternich révèle à son amie de la veille sa vie amoureuse et sentimentale, celles où il décrit son voyage d'Italie — bien qu'il débite souvent des

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phrases banales sur le climat, les arts et les vicissitudes humaines, — celles où il parle de ]\Ime (jg Staël, cette femme-homme dont le salon ressemble à un forum et le fauteuil à une tribune, de la duchesse de Sagan, de Napoléon. « 11 est charmant, disait M"'° de Lieven en 1848, quand il raconte le passé et surtout l'empereur Naj^oléon, » C'est lui qui transmettait au pape Pie VII les propositions impériales, et Napoléon offrit une fois au pontife une pension de vingt millions ; le pape répondit qu'il avait fait ses calculs et que quinze sous par jour lui suffisaient. « Je n'ai jamais été plus fier, assure Metternich, que le moment où j'ai fait cette commission à Napoléon. »

Mais les lettres les plus piquantes sont celles où il explique son ascendant sur François II : « L'empereur fait toujours ce que je veux, mais je ne veux jamais que ce qu'il doit faire », et surtout celles où il proteste qu'il n'est pas jaloux, où il expose gravement, doctoralement que ]M"'^ de Lieven doit être douce, gentille, excellente pour son mari, doit garantir avant tout la paix dans son intérieur. Dès les premiers jours, il lui avait écrit : « Sois bonne avec ton mari. Pas de querelles; elles gâtent plus qu'elles ne servent et je ne les aime pas ; si tu as envie de te fâcher, pense à ton ami et dis-toi qu'il blâmerait le fait. » Un mois plus tard, il revient sur ce sujet, remercie M''^" de Lieven de lui

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