UN COMMIS DE LA CONVENTION
xVntoine Tortat, letraité en 1848 avec le titre de président honoraire au siège de Saintes, avait, en 1853, trois années avant sa mort, entrepris de retracer ses aventures. Nous ne possédons qu'un fragment de ses Mémoires ; mais ce fragment, qui traite de la période révolutionnaire, n'est pas dépourvu d'intérêt (1).
Tortat avait quatorze ans en 1789 et il terminait sa troisième au collège de La Châtre, sa ville natale. Il était vif, résolu, avide d'action, habile aux exercices physiques comme la plupart des jeunes gens du tiers-état à la fin de l'ancien régime, et les événements politiques
(1) Extrait des Mémoires d'Antoine Tortat dans le numéi-o 179-180, novenibi-c-déceiuln-e l'JOS, de la Correspondance hisloriqae et archcolo'jiqiie.
l'échaiiflaient, le surexcitaient. Aussi négligeaitil ses devoirs et il ne brillait guère dans les compositions : s'il était un des premiers, sinon le premier, dans les versions où il faut, dit-il, de la réflexion, du jugement et du goût, il était un des derniers en thème, et dans cette matière les élèves laborieux, les « buses », le laissaient bien loin derrière eux.
La Révolution emporta thèmes et versions comme elle emporta tant de choses. Le collège, peu à peu déserté, fut bientôt fermé. Après avoir fait l'exercice pendant les récréations avec un bâton, Tortat eut un fusil; il organisa une compagnie de jeunes gens de son âge qui s'appela VEspérance de la patrie, il en fut le capitaine, et elle figura dignement dans les cérémonies publiques à côté de la garde nationale.
Bientôt il voulut s'enrôler dans l'armée active. Ses deux frères, l'aîné et le cadet, deux fois engagés et rachetés par leur père, avaient fini par contracter un troisième engagement, l'un au régiment d'Enghien, l'autre au régiment d'Aquitaine. En 1791, notre Antoine s'échappa de la maison paternelle et se rendit à Châteauroux où il s'engagea pour trente livres au i-égiment d'Aquitaine, le régiment où servait le cadet des Tortat. Son père courut après lui, remboursa les trente francs qu'il avait déjà mangés, et il revint à La Châtre. Un instant, il se dissipa; il allait de cabaret en cabaret, et il jouait avec suc-
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ces soit au billard soit aux boules. Heureusement la réquisition éloigna ses compagnons de fcte ; grâce à son père qui tenait un cabinet d'avoué, il eut au tribunal du district une petite place qui l'occupa; il fut invité aux bals de la bonne société; il donna des soins à sa toilette ; il n'était plus un « mauvais sujet ».
11 avait dix-sept ans et dix mois lorsque partirent les jeunes gens de la première réquisition. Mais il avait plus de dix-huit ans quand, au fort de la guerre de Vendée, le Directoire de l'Indre ordonna la levée dune compagnie par district. Il entra dans la compagnie d'Issoudun, où il fut sergent-major et porte-drapeau, et durant un séjour de quatre mois à Tours il passa tout son temps au café; il assure qu'il ne bivouaqua qu'une seule fois! Toutefois il eut un duel qui lui fit honneur. Un cordonnier, ancien soldat, élu capitaine de la compagnie du district d'Argenton, l'avait traité de blanc-bec; Tortat le provoqua, le désarma et lui laissa la vie : «Allez, lui dit-il, vous êtes père de famille, et je me tiens pour satisfait; voilà comment se conduisent les blancs-becs de mon espèce. » Il regagna La Châtre pour être employé comme inspecteuradjoint à l'extraction du salpêtre : il organisa des ateliers de lessivage, il construisit un fourneau à Sainte-Sévère, mais les eaux salpêtrées qu'il distilla ne rendirent que de la tourbe.
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Après le 0 thermidor, il vint à Paris. Son père y avait un intime ami, le député Porcher de Richebourg. Ce Richebourg, docteur en médecine, puis subdélégué de l'intendant et entreposeur des tabacs, puis commissaire du roi, puis membre de la Convention, était un girondin, prudent, circonspect, « un peu pusillanime », et qui, durant la Terreur, réussit à s'effacer et à rester dans l'oubli. Devenu président du Comité de législation, il avait offert à Antoine Tortat une place de secrétaire-commis aux apjjointcmcnts do i()() francs par mois en assignats.
Tortat fit à pied une partie de la route, et ce ne liiUju'à Yiorzon qu'il prit la diligence. Richebourg le reç,ut paternellement, avec la plus touchante bonté ; il le logea et l'hébergea durant le premiei- mois; il l'envoya chez son tailleur qui consentit à faire crédit au jeune provincial et à l'habiller « comme il faut ».
La besogne de Tortat n'était guère pénible. Le Comité de législation avait dix secrétairescommis et chacun d'eux assistait aux séances un jour ]Kir décade, non pour rédiger le procès-verbal, mais pour prendre des notes ou pour aller chercher les pièces et les renseignements dont le Comité avait besoin.
Il profita de ses loisirs pour fiéqucnlcr le spec-
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tacle ; uneplaceau parterre ne coûtait que trente sous. Mais il faisait maigre chère. Durant l'hiver en 1794 à 1795, la famine régna dans Paiis. Tout Parisien était taxé à deux onces de pain par jour, et si le restaurateur ne demandait que trentetrois sous pour un dîner, il servait des pommes de terre en guise de pain, et parfois du chat au lieu de lapin.
Aussi Tortat finit-il par agioter. Les employés du Comité recevaient des bons d'huile, de riz, de drap, etc. Il eut l'idée d'acheter un grand nombre de ces bons qui n'étaient pas exigibles sur-le-champ et, en les gardant quelques jours, il fit de jolis bénéfices. Enhardi, il se jota dans la spéculation. Il voulut vendre de la farine à Issoudun et à La (Jiàtre; il accepta d'un marchand un acompte de dix mille francs en assignats et, muni d'un congé de dix jours, il se rendit dans sa famille. Mais la disette était partout, et son père, son frère aîné, son beau-frère lui remontrèrent qu'il ne pourrait sans de grands ris(|ues envoyer un sac de farine au dehors. Il revint à Paris et rendit au marchand, qui fut fort mécontent, les dix mille francs d'assignats.
Comme secrétaire du Comité de législation, il avait une carte qui lui ouvrait l'entrée de la Con-
vention, et durant rannée 1795, il suivit assidûment les séances de l'assemblée. Il s'asseyait sur les banquettes du côte droit : elles étaient vides parce qu'aucun déj^uté n'osait encore y siéger; tous occupaient le côté gauche et, faute d'espace, plusieurs banquettes du centre. ^Nlais que de discussions violentes et que de débats dramatiques! Tortat se rappelle surtout Duhcm, Barère et Legendre : Duhem, pauvre orateur qui ne cessait de lancer et d'essuyer l'insulte ; Barère qui « sous la Terreur colorait d'un langage brillant les plus épouvantables attentats » et qui se défendit habilement, éloquemment contre ses accusateurs ; Legendre, ancien boucher, qui, lorsqu'il présida la Convention, sut répondre aux députations par des phrases courtes, énergiques, imagées, toujours accompagnées de chaleureux applaudissements (1).
Tortat était présent aux séances orageuses où Carrier essaya de réfuter les justes et terribles griefs des Nantais, et il le dépeint comme un homme grand, maigre, à la figure osseuse et
(1) On sait ce que Thil)au(loau dans une page curieuse de ses Méni. (I, p. 71) a dil de Legendre : « Tout bouclier qu'il était, il avait parfois des éclairs très brillants d'élo quence naturelle et il se croyait un Mirabeau. Il ne lisait que les Mémoires du cardinal de Ik'l: qu'il ajipelait le bréviaire des révolutionnaires. Il disait que tout le reste n'était que fatras et quil écrirait sur un de ses ongles toutes les vérités utiles contenues dans des millions de volumes ».
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blême, aux cheveux plats. Il voulut assister à l'exécutiou de ce « scélérat « et il remarciua sa pâleur mortelle ; mais clans le même instant, il eut une défaillance et il dut détourner ses yeux de l'échafaud. Aussi n'eut-il pas la curiosité de voir mourir Fouquier-Tinville et les membres du tribunal révolutionnaire; il se contenta de les regarder lorsqu'ils passèrent sur le Pont-au- Change : quelques-uns montraient de l'audace et Fouquier criait au peuple : « Peuple, tu perds tes meilleurs amis ! )> ; la plupart semblaient atterrés.
Le jeune secrétaire n'était pas dans la salle des séances lorsqu'elle fut envahie au 1" prairial par le peuple des faubourgs, et il a mis dans le récit de cette longue et si tumultueuse séance, dont il vit à peine le commencement et la fin, beaucoup d'inexactitude et de confusion. Par contre, les pages qu'il consacre à la journée du VA vendémiaire et à ses préludes sont piquantes et instructives.
LesTortat étaient royalistes, et la mort, ou, comme dit Antoine, le martyre de Louis XYI les avait accablés d'indignation et de douleur. Le père, procureur de la prévôté royale avant la Révolution, avait été sénéchal ou procureur iis-
cal du marquis de Valence, et son fils aîné voulait suivre ce seigneur dans l'émigration. Antoine détestait donc les terroristes de tout son cœur. Ce fonctionnaire public, ce commis de la Convention, ce secrétaire du Comité de législation appartenait à la jeunesse dorée. Durant le congé qu'il avait pris ponr tenter la vente des farines, il s'était montré à La Châtre avec une cravate verte et une redingote à dix-huil boutons, symbole de ravènement futur de Louis d\xhuit. Il applaudissait aux excitations delNIartainville, de Richer-Sérizy, de Lacretelle jeune, et il maudissait r « horri])le « Marat, et Robespierre, et la « clique « de Robespierre qui n'avait fait qu' « épouvanter la France ». Ses camarades des Comités partageaient ses sentiments. Tous lisaient et commentaient le journal de Fréron. Tous déblatéraient contre les « buveurs de sang ». Quelques vieux jacobins avaient échappé dans les bureaux à une première épuration ; Tortat et ses amis parvinrent à les chasser. Soit au théâtre, soit au café de Chartres, ils chantaient les couple l s de ce Réveil du peuple que Tortat nomme avec raison un « chant de réaction sauvage ». Dans sa vieillesse, de même que Frénilly, il se rappelle encore le dernier couplet du lléveil. (]c couplet, sous sa pi-emière forme, était ainsi conçu :
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Représentants d'un peuple juste, O vous, législateurs humains, De qui la constance auguste Fait pâlir nos vils assassins, Suivez le cours de votre gloire ; Vos noms, chers à l'humanité, Volent au temple de Mémoire, Au sein de l'immortalité.
Mais la jeunesse dorée accusait la Convention d'indulgence, et à ce couplet d'éloges elle avait substitué ce couplet de mépris et de haine :
Représentants d'un peuple bote.
Vous, législateurs inhumains.
Vous ne nous coupez plus la tète.
Vous nous faites mourir de faim !
Suivez le cours de la rivière Depuis Paris jusqu'à Saint-Cloud ; Jamais, pour le bien de la terre, Vous n'aurez fait un si beau coup (l) !
Un soir, au Palais-Royal, ils se joignirent à la foule qui venait de promener avec un frénétique enthousiasme le mannequin de Marat coiffé d'un
(1) Nous avons reproduit le texte de Tortat ; mais la vraie leçon est celle-ci:
Représentants d'un peuple juste, Vous, législateurs inhumains, Oui, par une ordonnance injuste Faites le malheur des humains, Suivez le cours de la rivière, Allez aux filets de Sainl-Cloud, Vous débarrasserez la terre Et de brigands et de filous !
bonnet rouge ; on coupa le poignet droit à ce ^j mannequin, on le brûla, les cendres recueillies dans un vase de nuit furent jetées à l'égoût de la rue [Montmartre et un quatrain impromptu célébra la vengeance populaire :
Les massacres du 2 septembre Immortalisèrent mon nom, Mon urne fut un pot de chambre Et cet égoùt, mon Panthéon.
C'est pourquoi, le 13 vendémiaire, Antoine Tortat prit un fusil et combattit la Convention. Il était, dit-il, avec tout ce que Paris renfermait de gens bien posés et non pas avec la canaille, et il assure que, sur 225 employés des Comités, 6 seulement parurent dans les bureaux. Mais les adversaires delà Convention ne firent quepérorer et Bonaparte eut le temps de garnir, de « hérisser » de canons les avenues de l'assemblée. Lorsque la colonne où était Tortat déboucha dans la rue Saint-Xicaise, elle fut mitraillée. De même, les colonnes qui s'acheminaient par le quai Malaquais. Vaincmenl de ]>raves scctionnaires, postés sur les marches de l'église Saint-Roch, répondaient par une fusillade soutenue aux décharges de l'artillerie qui, de la rue de l'Echelle, tirait sur eux. Bientôt le combat cessa. Tortat faillit tomber aux mains des vainqueurs. 11 était au corps de garde de sa section, ceUo des Tuileries, lorsque, à onze Iieures du soii-. les grena-
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diers de la Convention l'occupèrent. Aidé du concierge, il put se cacher au fond de la cour dans une voiture, et, à cinq heures du matin, il s'esquiva. Aiïublé d'une blouse de toile grise et portant sous un bras une botte de foin et sous l'autre une botte de paille, il suivit le neveu du concierge qui se rendait à l'hôtel d'Elbeuf pour panser des chevaux. On le prit pour un palefrenier. Il traversa la place du Carrousel où les troupes avaient partout allumé des feux de bivouac. Il gagna l'hôtel d'Elbeuf. Les valets d'écurie s'étonnèrent à sa vue ; son guide leur fit signe et, après avoir laissé les fourrages, Tortat sortit par une porte de derrière. Il rentra chez lui, il changea d'habit, il se promena par la ville, il osa même le lendemain se présenter au Comité, et il obtint de son chef de bureau un certificat c[ui constatait qu'Antoine Tortat n'avait pas quitté son poste durant les journées de vendémiaire et ([u'il était un des six employés fidèles! Il pouvait alors entrer au ministère de la justice c^ui s'organisait ; mais le traitement était mince et il fallait rester au bureau de neuf heures du matin à quatre heures du soir. Tortat aimait mieux un emploi actif et il désirait se rendre à l'armée, aux avant-postes. Il recourut derechef à Richebourg. Le député l'avait rudement tancé : « Quoi ! lui disait-il, vous vous êtes armé contre la Convention ! C'était vous armer contre moi, et vous m'avez singulièrement prouvé votre rc-
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connaissance ! » Pourlanl, il se radoucit et, grâce à Richebourg-, Tortat obtint une commission d'aide garde-magasin des. fourrages à l'armée de l'Ouest.
La jeunesse est comme la femme, varhim et mutabile. Peu de temps après, Tortat se dégoûta de l'administration des fourrages, bois et lumières. Il se remit sérieusement à l'étude du droit : il avait reçu de son père d'utiles leçons de procédure ; il aborda le barreau et il y réussit ; il devint avoué à Montaigu et Napoléon dina chez lui le 8 août 1808(1) ; il fut, en 1815, maire de Niort et, en 1831, procureur du roi. Ainsi se vérifia la prédiction de Richebourg : « Restez à Paris, avait-il dit à Tortat. vous aurez un jour quinze mille livres de rente. « Tortat les gagna en province.
(]) A. Schucrmons, Itincraire gàxéral de Napoléon I, p. 233.
JOSEPHINE ET BERTHlEll
Il arrive parfois qu'une femme oublie ses devoirs. Il arrive aussi qu'elle ne soulTre pas que son mari lui rende la pareille, — et réciproquement. Celui des conjoints qui s'émancipe, refuse à l'autre la liberté dont il use et abuse. Tel fut le cas de Joséphine Bonaparte. Elle étaiî, durant la campagne d'Italie, la maîtresse d'un aide de camp de son mari, Ilippolyte Charles; mais elle ne supportait pas l'idée que Bonaparte lui fût infidèle. Elle le faisait surveiller, épier, et par qui ? Eh ! par celui qui le voyait de plus près, par le chef d'état-major, par Berthier. Et Berthier semble avoir été fier, avoir été heureux de sa mission.
On a trouvé les lettres que l'argus Berthier écrivit à .loséphine et 179G et en 1797, lorsqu'elle était à Milan, à Gènes, à Bologne. Elles sont au nombre de treize. Sans doute il y en avait davantage. INIais celles que nous possédons sont bien intéressantes (1).
(1) Elles onl été pul)lices par un de nos critiques les plus fins et les plus érudits, M; Paul Bonne fon^ dans le n" 1 de Souvenirs et Mémoires, 15 juillet 18'.18.
Elles retracent sommairement les péripéties de la lutte, et quelques-unes, griffonnées en hâte, avant et après la bataille, à l'instant oîi le canon commence à gronder et à l'instant où il se tait, resjîirent l'ardeur môme de Bonaparte, son obstination, sa confiance dans l'heureuse issue de cette campagne qui fut, selon l'expression d'un de ses lieutenants, une suite de coups d'audace inouïs (1). On sent qu'à certains moments Berthier est fasciné par cette manière de faire la guerre. Ce n'est plus l'homme qui, au mois de mai, disait simplement, froidement, que Bonaparte avait des talents, l'homme qui se plaignait que le général en chef voulût tirer à lui toute la couverture, réserver pour lui toute la gloire — et il est vrai que Bonaparte, pour l'apaiser et le gagner, l'avait depuis proclamé l'une des colonnes de la République. Berthier est entraîné et comme électrisé par Bonaparte ; il suit d'un regard étonné, ébloui, l'essor de ce génie aventureux; il admire sans nulle jalousie ses plans hardis, ses marches rapides el foudroyantes; il annonce, il prédit la victoire avec une sorte d'exaltation et de fièvre; il avoue que ladversairc est « très fort >',
(1) Cf. A. de Bcsanccnel, Le général Donunarlin, p. 311 : « Bonaparte, disait Dominarlin, est un très habile ouvrier <iui a fait beaucoup avec des outils insuffisants ; chaque bataille gagnée a aidé à en gagner une autre ; la campagne d'Italie a été une de ces choses heureuses qu'il ne fcUidrait pas tenter de recommencer. »
JOSÉPHINE ET nERTHIER 61
mais il croit fermement que les Français finiront par obtenir l'avantage, et il espère présenter à Joséphine Wurmser prisonnier.
Il écrit donc à M™^ Bonaparte que Reggio et Modène accueillent le général avectout l'enthousiasme de la liberté qu'il leur a donnée. Il lui écrit comment nos troupes ont, au mois de novembre 1796, rossé l'ennemi (rossé est un de ses mots favoris) et combien elles ont fait delTorls, combien elles sont fatiguées, harassées : le combat de Caldiero qu'il juge indécis et qui fut en réalité un échec; les Autrichiens assaillis sur toute la ligne pendant dix heures avec la plus grande vivacité, et cela, par un vent affreux, par une pluie terrible et par un temps si mauvais que tous les ordres ne purent être exécutés; les soldats regagnant Vérone les pieds nus dans la boue (1); la
(1) II nosl pas hors de propos de comparer ces lettres de Berlhici- à celle de Bonaparte. Le chef détat-niajor écrit à Joséphine que le V2 novembre, la bataille a eu lieu « par un temps de tempête affreux, un vent et une pluie terril)le et que nous avions au nez »; les ennemis, ajoute Berlhier, « nous ont fait environ 150 prisonniers, dont le général Lannoy, et nous avons eu environ 500 blessés ; nos soldats étant pieds nus, à cause des boucs, larmée s'est portée sur Vérone. » Cf. la lettre de Bonaparte : « La pluie qui tombait à seaux, se changea brusquement en une petite grelasse froide qu'un vent violent portait au visage de nos soldats. Nous avons eu GOO blessés, 150 prisonniers parmi lesquels le général Lannoy. Toute l'armée est excédée de fatigue et sans souliers. Je l'ai reconduite à Vérone ».
Ghuquet. Episodes et Portraits. 4
lutte recommençant après le passage de l'Adige, à Ronco et durant trois jours ; l'opiniâtre résistance d'Alvinzi — de cet Alvinzi que Napoléon a nommé plus tard son meilleur adversaire en Italie (1) ; — le général en chef obligé de se mettre avec son état-major à la tête des grenadiers pour enlever le pont d'Arcole; le village défendu à outrance d'un bout de la journée à l'autre et emporté à sept heures du soir; les Impériaux revenant le lendemain à la charge avec acharnement, repoussés de nouveau et réitérant leurs attaques le surlendemain ; Alvinzi réduit enfin à se retirer et poursuivi jusqu'à Mantoue; Bonaparte « plus digne que jamais de la reconnaissance nationale et de sa haute destinée. »
Pareillement, lorsque la guerre se renflammc en 1797, Berthier mande à Joséphine la défaite des troupes papales qui fuient à toutes jambes, et certes, dit-il, il n'y a pas de quoi se vanter, tant le succès a été facile ! Mais quelle diplomatie que celle du général! Quelle bonne politique de témoigner un grand respecta la religion et, selon le mot même de Bonaparte, de cajoler ses ministres! « Tout me parait bien disposé ici; la
(1) ChapLal. Mes souvenirs sur Napoléon, p. 301.