‹ Episodes et portraits: Deuxième sérieChapitre 8 sur 32 · LE JOURNAL DU CAPITAINE FRANÇOIS · texte numérisé non relu

LE JOURNAL DU CAPITAINE FRANÇOIS

contre des hommes deux fois plus forts que lui » ; il vit les habitants deMons venir îi sa rencontre !!!

Au mensonge s'ajoute le plagiat. Souvent, très souvent le capitaine François cojDie Victoires et conquêtes.

Les auteurs de Victoires et conquêtes retracent ainsi le début de la journée de Valmy : « Les Prussiens, venant de Somme-Tourbe, arrivèrent sur les hauteurs de la Lune. L'avant-garde de Kellermann filait entre une hauteur et l'Auve. On éleva une batterie de 18 pièces de canon vers le centre de la ligne. Pendant qu'on prenait ces différentes positions, Dumouriez envoyait ordre au général Dillon de détacher promptement le général Frégeville avec toute la cavalerie. » François écrit : « Les Prussiens, venant de Somme- Tourbe, occupèrent les hauteurs de la Lune. Notre avant-garde fila entre cette position et le village de Sauve (il veut dire « la rivière de l'Auve »). 18 pièces de canon sont placées par Kellermann au centre de la ligne. Ces dispositions prises, Dumouriez fait donner l'ordre d'avancer aux généraux Dillon et Frégeville avec la cavalerie. »

Ainsi, du reste. Ou trouvera dans Victoires et conquêtes — quoique François prétende qu'il a pris des notes ou copié celles de ses camarades — tous ses récits de 1792, de 1793, de 1794 : Jemappes, la prise du fort Yillate, Hondschoote, Wattignies, Tourcoing, Fleurus.

72 Épisodes et ponxRAiTs

Lorsqu'il parle de l'expédition de Jourdan en 1796 et de la contribution imposée à Francfort, il copie derechef Victoii'es et conquêtes. « Nous savions, dit François, que nos frères de l'armée d'Italie vivaient dans l'abondance et jouissaient d'un sort plus heureux. Les soldats, excités par les ennemis du gouvernement, se livrèrent au pillage. On avait allumé dans l'armée la haine et la discorde contre nos généraux, surtout contre le général en chef qui, par son ordre du jour, avait ordonné que notre papier-monnaie, qui ne valait plus rien à cette époque, serait accepté de gré à gré par les habitants. Il maintint l'exécution de cet ordre. » Or, nous lisons dans Victoires et conquêtes: « Leurs camarades d'Italie nageaient dans l'abondance et jouissaient d'un sort plus heureux. Les amis du pillage cherchèrent à se venoer en soufflant dans l'armée le feu de la discorde et de la haine. Mais Jourdan fit mettre à l'ordre du jour que le papier-monnaie ne sérail admis que de gré à gré. 11 maintint Tcxéculion de son ordre. »

Citerons-nous encore la prise de Gradisca ? « La division Bernadotle, dit François, arrivée vis-à-vis de Gradisca et de ses ouvrages de campagne, notre général nous dispose en colonnes serrées pour nous faire traverser la rivière. L'ennemi, intimidé de nos dispositions, se replie en toute hâte, abandonnant Gradisca à la défense de quatre bataillons et des artilleurs. D'un autre

LE JOUHlV.VL DU CAPITAINE FRANÇOIS /O

coté le général Serurier a passé l'Isonzo. Sa division s'empare des hauteurs de Gradisca, tandis que la division Bernadotte attaque les retranchements. Nous avançons, la baïonnette en avant et au pas de charge, jusque sous les murs de la ville. L'ennemi nous accueille para ne décharge à mitraille et une mousqueterie si bien nourrie, qu'il nous force de rétrograder. Mais Bernadotte fait avancer quatre pièces d'artillerie afin d'enfoncer la porte dite de Palmanova, tandis que Serurier avance de l'autre côté de la ville. Bernadotte fait sommer la ville de se rendre. Elle se rend sans hésiter. 2 à 3000 hommes déposent les armes, 8 drapeaux et 10 pièces de campagne. Gradisca pouvait arrêter la marche de nos divisions, mais leurs manœuvres savantes ont forcé l'ennemi à se rendre. » Or, que lisons-nous dans Victoires et conqiicteà? « Gradisca était occupé par quatre bataillons et défendu par des ouvrages de campagne. Bernadotte disposa sa division en colonnes serrées, pour lui faire traverser la rivière. Les Autrichiens, intimidés par ces dispositions, se replièrent en toute hùle, abandonnant Gradisca à la défense des quatre bataillons qui s'y trouvaient. Le général Serurier qui, de son coté, avait également passé l'Isonzo, se hâta d'arriver par les hauteurs, tandis que Bernadotte faisait attaquer les retranchements. Les Français s'avancèrent jusque sous les murs de la ville, la baïonnette en Chuquet. Épisoilcs el Portraits. 5

74 ÉPISODES ET lH)IiTI!AlTS

avant; mais, accueillis par la mitraille et un feu de mousqueteriebien nourri, ils furent obligés de rétrograder. L'ennemi s'applaudissait de cet avantage lorsque Bernadotte fît avancer quatre pièces de canon pour enfoncer la porte dite de Palmanova. A ce moment, Serurier se fît apercevoir sur les hauteurs de l'autre côté de la ville. Une restait plus d'autre parti pour la garnison C[ue de capituler, et c'est ce qu'elle fît à la première sommation. 2.500 prisonniers, 8 drapeaux et 10 pièces de canon furent le résultat de ces manœuvres habiles des deux divisions françaises. »

Faut-il poursuivre cet examen et analyser de même la jDartic du premier volume qui traite de l'expédition d'Egypte ? Dès le début, François écrit ces lignes : « I^a lecture de la proclamation de Bonaparte électrisa nos âmes, nous ne voyions que des lauriers à cueillir, ot, sans penser au j^éril de l'entreprise, nous étions impatients de connaître l'ennemi... Rien ne semblait plus majestueux C|ue notre flotte qui présentait l'aspect d'une grande ville flottante s'avançant dans le plus imposant appareil. « 11 a évidemment sous les yeux Victoires et conquêtes : « Un tel langage électrisa toutes les àmcs. Tous ne virent que des lauriers à cueillir sans s'arrêter aux périls de Tentreprise ; un cri d'enthousiasme et d'impatence s'éleva... Un spectacle majestueux s'offrit alors. Plus de trois cent voiles réunies présen-

LE JOUIiNAL DU C.VPITAIXK FRANÇOIS /O

laicnt l'aspect d'une grande ville flottante et s'avançaient dans le plus imposant appareil ».

Voici comment il décrit la marche d'Alexandrie à Damanhour : « Nous éprouvâmes les inconvénients et les périls de notre expédition aventureuse. Le jour, le soleil était au-dessus de l'horizon et rendait brûlant le sol sablonneux sur lequel nous marchions. Pas un seul nuage ne tempérait l'ardent éclat des rayons; pas un seul arbre dans cette plaine immense ; la soif que nous éprouvions était cruelle; l'eau que nous avions apportée d'xVlexandrie peu de nous avaient pris cette précaution par la difficulté de se procurer des bidons) était épuisée dès le premier jour. Beaucoup d'hommes, harassés par la fatigue, le corps échauffé par les vivres du bord, accablés par la chaleur, jetaient les biscuits qu'on leur avait donnés à Alexandrie. » Avant François, les auteurs de Victoires et conquêtes s'étaient exprimés ainsi : « L'armée commença à éprouver les inconvénients et les périls attachés à l'expédition aventureuse qu'elle tentait. Dans le jour, le soleil était à peine au-dessus de l'horizon et il rendait brûlant le sol sablonneux sur lequel on marchait; pas un seul nuage ne tempérait l'ardent éclat de ses rayons, pas un seul arbre dans cette plaine immense n'offrait une ombre bienfaisante. La soif vint bientôt exercer ses cruels tourments. L'eau qu'on avait pu apporter d'Alexandrie, et tout le monde n'avait pas

% ÉPISODES ET ronriiAiTS

pris cette précaution salutaire, s'était épuisée clans la première marche. Une partie des soldats, harassés par la fatigue, accablés par la chaleur, s'étaient débarrassés du biscuit qu'on leur avait distribué pour quatre jours. »

Puis, c'est le mirage. « Les chefs de l'armée, dit François, n'étaient pas exempts du fléau commun. Ils s'efforçaient de ranimer notre courage, en nous assurant que nous allions avoir de l'eau. Une illusion particulière au climat de l'Egypte et qu'on ne peut remarquer que sur mer, donnait quelque fondement à ce C[ue disaient nos généraux, chefs de demi-brigades, etc. On voit devant soi comme une immense plage d'eau sous la forme d'un lac. Trompés par cette vision, haletants, nous pressions notre marche, mais le lac désiré semblait fuir devant nous et se montrer toujours à la même distance. Nous éprouvions donc le supplice de Tantale par un espoir toujours renaissant et toujours déçu. «François a simplement transcrit Victoiï'cs et conquêtes : « Les chefs de l'armée ne furent point exempts du fléau commun. Ils s'efforçaient de ranimer le courage des soldats : ils assuraient qu'on allait trouver de l'eau en aboiulance. Une illusion particulière au climat d'Egypte et que les Européens n'avaient encore remarquée que sur iner, donnait quelque fondement à cet espoir consolateur. On voyait à certaine dislance, devant soi, comme une immense plage d'eau sous la forme

LK JOUKNVL nu CAPITAINF. FRANÇOIS 7;

d'un lac. Trompés par cette vision, les soldats, haletants, pressaient leur marche ; mais le lac bienfaisant semblait fuir devant eux et se montrait toujours à la même distance. L'armée éprouva ainsi le supplice de Tantale, par un espoir toujours renaissant et toujours déçu. »

Mais il est inutile de citer davantage, de noter les ressemblances entre Victoires et conquêtes et le texte de François, d'énumérer les passages que le capitaine a littéralement copiés.

Le pis, c'est qu'il ne comprend pis souvent ce qui s'est passé. 11 dit que le soir de Valmy, les Prussiens étaient presque bloqués, qu'une partie dut mettre bas les armes et qu'on faillit prendre le roi !

11 déplace les événements et les intervoi'lil. Dès le 22 septembre, le surlendemain de ^'almy, il part pour Clermont et le 24, il est à Sivry-la- Perche. En réalité, il était le 2 octobre à Clermont et le 4 à Sivry.

Bien mieux, il dit à la date du 25 octobre quil part pour Jemappes. Le 25 octobre, près de Sedan, il prévoit déjà ([u'on se battra au petit village de Jemappes ! Ht il met au 20 octobre Jemappos qui est du 6 novembre !

11 confond l'affaire de Tirlemont et celle de Neerwinden; il place au 16 mars Xeerwinden qui date du 18, et il ne mentionne au 18 que l'attaque de Ptacour.

Sur le chapitre de Wattignies, il commet des

78 ÉPISODES ET POUTHAITS

erreurs plaisantes. Il attribue aux Français qui viennent débloquer Maubeuge, les propos des défenseurs de la ville : selon lui, Farmée, cette armée qui marchait allègrement au secours de la place, était « abattue et triste à cause de la lamine » ! 11 veut citer un village situé près de Wattignies et il cite étourdiment, au lieu de Dourlers, le Boulou, un village des Pyrénées- Orientales, dont il lit le nom dans son exemplaire de Victoires et conquêtes sur la page voisine du récit de Wattignies ! Il veut mentionner le général qui défendait Maubeuge, et de nouveau il se fourvoie : il mentionne, non pas Ferrand ou Chancel, mais.... Thiébault qui a fourni des notes aux auteurs de Victoires et conquêtes pour cette partie de leur ouvrage !

Décidément les éditeurs du Journal du capitaine François auraient bien fait de le laisser dormir à tout jamais dans le Lycée armoricain d'où ils Font exhumé.

Page 1