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je puisse, en tant que pénitente,
avoir confiance en mon fils , l'abbé
Victor de Musy, comme prêtre, confesseur
et directeur, et le choisir désormais pour mon Père
spirituel?
— Oui ! répondit le prêtre : et je remets dès ce moment à ce fils la conscience de sa mère.
Mme de Musy regarda alors avec une indicible expression l'enfant qu'elle avait mis au monde et donné à Dieu. Il était tombé h genoux et sanglotait.
— Mon fils, dit-elle, h partir de cette heure, tu seras mon confesseur : et c'est avec toi que je traiterai des affaires te mon âme et de mon éternité. Je serai ton enfant spirituelle, et je t'obéirai comme à mon Père.
Quelques saisons se passèrent ainsi d'une douceur incomparable. La maladie de Mme de Musy restait stationnaire, et on éloignait la crainte de toute fatale issue. Prêchant, dans le diocèse et hors du diocèse, l'évangile de sa guérison, l'abbé de Musy poursuivait ses courses apostoliques. Puis il rentrait au vieux château de Digoine. Sa mère, à chaque retour de ces prédications, se réjouissait des belles gerbes de conversions qu'il avait à présenter au Seigneur : ses missions étaient des moissons... Et les jours s'écoulaient rapides comme s'écoulent rapides les jours heureux.
Le bonheur cependant n'est ici-bas qu'une halte. Là-haut seulement il sera une permanente demeure. A peine le voyageur at-il repris des forces et s'est-il reposé un instant dans les joies
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d'une félicité passagère, qu'il entend sonuerrheuredu travail et des peines, peines et travail qu'il faut bénir, puisque ce sont là les échelons successifs de notre graduelle ascension vers notre Père céleste, qui nous dirige mystérieusement par les voies cachées de sa Providence et <[ui nous attend au l)out du chemin.
Il était à prévoir (jue, dans la pénurie de prêtres dont le diocèse d'Autun était affligé, l'Évêque pourrait avoir besoin de confier h M. l'abbé dcMusy un poste fixe et régulier. Arrêtant parfois mélancoliquement sa pensée sur cette hypothèse, la INIère rêvait alors pour lui les fonctions d aumônier de couvent, fonctions qui laissentquelque loisir ctqui convenaient ;i la haute spiritualité de son fils, à son penchant pour la retraite, ;i son amour de l'étude.
Emprisonné pendant tant d années dans la maladie et l'infirmité, comme dans une cellule claustrale, qui l'avait séparé du monde, accoutumé par suite et comme voué à la vie contemplative, l'abbé de Musy eût étéefTrayé de se voir jeté dans la militante existence du ministère paroissial. Le temps n'est plus où le pasteur du troupeau, tranquillement assis à l'ombre de la Croix et méditant les pages du Bréviaire, pouvait garder en ])aix, et presque sans effort, ses ouailles soumises. Hélas ! les brebis fidèles sont rares; les brebis égarées, innoml)ral)les ; les agneaux sont devenus des béliers ; les loups courent sus à la bergerie et au berger ; lirréligion a envahi les peuples; les passions hostiles ont gagné les autorités, les administrations et les puissances...
Ce n'est pas, hâtons-nous de le dire, que les fatigues ou les
dangers eussent lait reculer en ipioi que ce soit le courage du bon piètre; mais son humilité n'ignorait point que la volonté, même la meilleure et la plus ardente, a besoin d'expérience; et il eût considéré comme téméraire, au sortir de sa longue solitude, de se jeter prcsomptueuse-
ment parmi ces difficultés pratiques, auxquelles rien daus sa vie ne 1 avait directement préparé, etdont les prêtres les plus zélés ne parvenaient pas toujours à triompher. A l'époque même où nous porte notre récit, il n'était bruit daus tout le pays que des circonstances impérieuses qui avaient contraiut le curé d'une des villes importantes du diocèse, le curé de Chagny, à renoncer à sa paroisse et à donner sa démission.
Chagny
Le fait de cette démission du curé de avait beaucoup impressionné l'abbé de Musy. Bien qu'il ne se sentît menacé, pour ses débuts dans le sacerdoce actif, que d'un simple vicariatou de la modeste cure d'un village, il s'effrayait cependant, et se disait, non sans jus- "^ tcsse, quecelui qui n'a jamais manié une rame peut tout aussi bien échouer sa barque contre le tronc d'arbre d'un petit étang que sur 1 les récifs d'un grand lac.
MgrPerraud, évêque d'Autun, connaissaitces dispositions, ces humbles désirs et ces vœux.
Sur la fin de septembre, le vendredi 25, M. l'abbé de Musy fut mandé à 1 évê-
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ché. Il sortit très ému et presque bouleversé de son eutretieu avec Sa Graiulcur.
Que s'était-il doue passé.' Une lettre de rEvtMjue, datée du surlendemain , et adressée au prêtre guéri, va nous l'apprendre.
« Évèché d'Au'uii, lo 27 soplomljro 1874.
« Cher monsieur l'Aljbé,
« Je me suis acquitté, on ne peut plus consciencieusement, de la promesse que je vous ai laite vendredi. J ai répété au Conseil, sans rien en retrancher ou adaiblir, les objections que vous m'avez présentées ; et, bien qu'à mon corps défendant, je me suis constitué l'avocat de votre cause. Mais je l'ai perdue, et es membres du conseil épiscopal, plus aptes que moi ii juger cette question, ont déclaré que M. l'abbé de Musy, dont ils savent toute la iiliale obéissance à son évèque, devait incliner la tète et plier les épaules,
« Nous comptons donc lui confier la paroisse de Chagny, et nous aurons soin de le faire seconder par un bon vicaire.
« Si je vous fais de la peine en insistant, mon cher abbé, vous voudrez bien me pardonner; et Notre-Dame de Lourdes saura bien, je lespère, justifier le choix que nous avons fait.
« Veuillez agréer tous mes dévoués sentiments en Notre-Seigneur.
« y Adolphe-Louis, c{>cqnc d Aulun. n
Cette lettre produisit le plus profond émoi et les impressions les plus diverses dans la patriarcale famille de Digoine.
Hi
Le père, qui avait craint peutêtre qu'une auniùnerie du couvent ne fut pour son fils le vestibule du cloître, n'accueillit point sans satisfaction la décision épiscopale. De mêine Ilunibert, qui voyait dans cette nomination à l'un des postes les plus difficiles du diocèse un témoignage de haute estime pour les vertus et les capacités de sou frère. Mais bien différents étaient les sentiments qui s'agitaient dans le cœur de Mme de Musy et dans âme de Victor. Au premier moment, tous deux furent atterrés : le Prêtre, par la pensée de son iniffisance ; la Mère, par la perspective de la séparation. Les quatorze mois qui venaient de s'écouler avaient é pour Mme de Musy la délicieuse oasis de sa vie. Elle s'était laissée aller à se reposer pleinement dans "i? cette béatitude anticipée, elle s'était comme endor- A^ mie dans les délices presque célestes de cette idéale existence avec son fils ressuscité, devenu son Confesseur et son Père.
La Femme forte, paraît-il, se sentit faiblir un instant. Mais ce ne fut qu'un instant, — à peine quel- ([ues heures de trouble violent et de combat intérieur, — le temps de se vaincre, fallùt-il mourir, et de gagner une palme nouvelle.
Li ^alllante Chrétienne releva le courage de son fils, abattu et accablé de tristesse.
^ Elle s était dit a elle-même et ^
mot qui fait les héros et les maru le veut !
ctoi , Dieu le veut !
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Notre-Dame de Lourdes ne t'a point guéri pour le repos, mais pour le labeur, nou pour moi ni pour toi, mais pour ce peuple. Elle t'envoie vers lui et te donnera la force.
Ainsi parla la Mère, faisant passer dans le cœur de son fils tout ce qui était en elle-même. Elle l'avait nourri de sou lait; elle le nourrissait de son âme.
Mlle Geneviève était absente de Digoine depuis quelcpies jours.
Citons ici la lettre que son frère lui écrivit la semaine suivante, et qui laisse voir le fond admirable de ces natures limpides.
« Ma chère sœur, lui disait-il, j'ai encore revu Monseigneur. Il a été très bon. Je lui ai parlé de moi avec une franchise qui me donne la paix du cœur; mais son Conseil et lui ont la pensée absolument arrêtée de me placer à Chagny.
« Cette nomination, -^'^ ^i je le vois, est ..;
l'œuvre de la sainte Vierge : ^fy^p^.^
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il m'est impossible d'eu douter. Notre lionne Mère d'en haut veut éprouver ma foi et mon canir. Je suis à Elle pour faire tout ee qu'elle voudra. L'humiliation eomme l'honneur, la paix ou le trouble, les peines ou ^ la joie, je dois être prêt à tout.
^ (( Tous attendent de moi la sainteté : — l'évêque, les pa-
roissiens, les quinze curés de mon canton, le clergé du diocèse et les administrations civiles. Notre-Dame de Lourde me Caisse en pleine eau : Elle seule peut me faire arriver au port. Ma confiance en Elle doit être aveugle et sans * limites. Que je serais heureux, si, à force de con- ~. fiance et d'abandon en Elle, je parviens à accomplir ê le bien qu'il faut que je fasse !
« Notre mère semble contente ; notre père est toujours très satisfait; Humbert est touché de l'estime qu'on a de moi. Et toi, que penses-tu de cette terrible affaire?
« A Chagiiv, paroisse de 4,400 habitants, il y a une église très laide, un presbytère misérable, presque pas de jardin. Le poste est pénible, difficile... Marie Immaculée m'a fait le très grand honneur de me placer là, malgré man incapacité, et peut-être pour cela... Elle saura bien s'en tirer; je suis sous sa sainte garde. Adieu, chère sœur. »
.icâ Les formalités gouvernementales qui entouf rent la nomination d'un curé de canton prirent deux ou trois mois; et ce lut seulement le 17 janvier suivant qu'eut heu l'istallation de M. l'abbé de Musy dans l'église de Chagny. Le provicaire de l'évêché, M. l'abbé Gardette, archiprêtre de Saint-Vincent de Chalon, venu pour linstaller au nom de Sa Grandeur, malade en ce moment, ■r^^ esquissa dans son discours le portrait du pasteur catho lique, du véritable envoyé du Seigneur.
« Ce prêtre vous arrive, dit-il, avec l'auréole du Miracle. Et ce n'est pas sans dessein que Dieu fait des miracles; ce st pas au j)rofit d'une âme ordinaire, mais
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