GUÉRI LE 15 AOUT
Mgr Langénieux, qui venait d'être récemment promu à l'évêchédeTarbes, se trouvait en ce moment au sanctuaire de Marie. Il désira voir le prêtre qui avait reçu, quelques mois auparavant, une grâce si éclatante. Le prélat annonça l'intention de faire une enquête canonique et la commença même par un questionnaire, auquelM. l'abbé de Musy dut répondre par écrit, après avoir, à genoux et la main étendue sur le Saint-Évangile, prêté le serment de ne dire que la vérité.
Le paralytique guéri était saintement avide de tout ce qui touchait à Notre-Dame de Lourdes, de tout ce qui se rapportait
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au mcinorablo ovéïUMnont dont le souvenir allait désormais remplir sa vie entière. Comme tout le monde, il cueillit çà et là quehjues-unes des plantes qui avoisinent le lieu jn-ni, poussant naturellement, ou semées jadis par le curé Peyramale sur le bord des lacets et les rives du Gave...
Avouerons-nous toutes choses? Bien queles administrateurs de l'Œuvre eussent lait écrire en gros caractères devant la Grotte : « Il est défendu tle rien emporter, » il advint, nous at-on raconté, que par une (Voitleet ténébreuse nuit de décembre les deux frères parvinrent à détacher (sans doute sous les auspices du Bon Larron) quelcjues fragments des Roches Massabielle
Ils repartirent pour Digoine.
Nous pourrions terminer ici le récit de ce long épisode. Toutefois, nous nous tromj)erions fort sur le sentiment de ceux qui nous lisent, s'ils n'éprouvaient pas le besoin de savoir ce que le prêtre guéri a fait de sa vie ressuscitéc, et aussi ce que sont devenusquelqucs-uns des personnages que nous ^ avons rencontrés dans le cours de cette histoire et que nous avons appris à aimer.
Au milieu de ses joies et de ses émotions, lecœurde labbéde Musy avait gardé \if et tendre le souvenir du compagnon
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qu'il avait ntrc à la Crypte, du bon et innocent petit Pierre.
Dès son retour à Dio'oine, il avait écrit au père pour s'inrmer de l'angélique enfant. L'état du jeune malade était toujouis le même.
Il souffrait cruellement. Plusieurs mois s'étant cependant écoulés depuis ce moment, l'abbé de Musy, inquiet, écrivit encore. La réponse du père l'ut celle-ci :
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Su-os, lo 28 janvier 1874.
a Monsieur l'Abbé, VOUS demandez des nouvelles de mon cher enfant... Il n'est plus de ce monde. Il a rendu son âme à Dieu, et est allé au ciel, le 21 octobre, îf après avoir reçu les derniers sacrements.
Avant de mourir, il me dit de nous souvenir de lui, et que lui à son tour ne nous oublierait point.
« Depuis notre retour de Lourdes, sa vie a été un vrai martyre.
Quelque temps avant sa mort, il ,
^,^ j^ fut pris par une enflure qui ^ peu à peu envahit tout son corps, grossissant les jambes et la poitrine. — «Papa, me dit-il, je ne puis plus respirer. » Toutes les personnes qui étaient là médirent : «Il va finir. » Je répondis que non. Et l'i- à dée me vint de prendre de l'eau de Notre-Dame de Lourdes, et de f r o 1 1 e r
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pauvre corps avec une éponge. Et à mesure que l'eau miraculeuse mouillait la peau, l'enflure disparaissait, et le corps et les membres reprenaient leurs proportions naturelles. Puis le mal l'envahissait de nouveau. Pendant trois fois, nous avons (ait la même chose. Trois fois l'enflure a disparu immédiatement par l'eau de Lourdes, et trois fois elle est revenue ensuite. Et c'est ainsi que Dieu nous a fait connaître sa volonté. En nous montrant qu'il entendait notre
l'illettré et du savant , du misérable et du grand seigneur, tant elle les fait vibrer à la même tonalité et harmonise leurs accents dans le plus magnifique unisson.
Les Mao'cs et les Bergers chantent un même Hosanna !
prière, et qu'il pouvait le guérir, il nous a fait voir clairement que, s'il ne le faisait point, c'est qu'il réservait à notre enfant une autre vie meilleure. Et c est pourquoi , Monseur l'Abbé, je viens de vous dire qu'il est allé au ciel. Dieu l'a voulu ainsi:
Dieu soit loué !
rt Pierre Rochon. »
Durant tout le cours de ces pages, nous avons fait pénétrer nos lecteurs dans la pensée et dans l'existen ce intime d'une noble famille chrétienne, portant un des plus aristocratiques noms de Bourgogne. Et voici que nous rencontrons , dans l'échoppe d'un cordonnier de villa<ife, des sentiments qui ne le cèdent en rien en sublimité à ceux de la patricienne maison : tant la Religion, se jouant des différences ou des dissonances d'ici-bas , élève au même diapason les âmes de
Bien que Mme de Musy eût été
frappée d'un coup irrémédiable par la joie du Miracle, il plut à Dieu la laisser encore quelque temps sur la terre pour qu'elle eût, dès ici- ^-7-7 bas, la consolation de voir l'aui, rore de l'apostolat de son fils, et pour que, comme au.x jours lointains où il s'éveillait h la vie, elle pût en sa vieillesse se réjouir également aux premiers pas de sa naissance nouvelle.
De toutes parts , dans
le diocèse , on appelait
>\-"$'T^ l'abbé de Musy, pour qu'il
racontîit lui-même devant le peuple chrétien l'étonnante histoire de sa ^•uérison.
A Paris, on voulut l'entendre.
11 parla à Notre-Damc-des-Victoircs. ..
L'exposé de cet événement merveilleux, la minutieuse analyse des circonstances qui l'avaient préparé et entouré rendaient manifeste l'action de la main divine; et partout cette parole émue, témoignant de ce qui s'était accompli, pénétrait l'àme des auditeurs, et les faisait entrer dans la route du ciel. La nature humaine est plus accessible aux faits palpables qu'aux idées spéculatives, à un simple récit vivant et vrai qu'à une savante dissertation. De là ces résultats extraordinaires.
L'abbé Antoine prêchait aussi en diverses églises, avec semblables fruits d'édification, la oloire de Notre-Dame de Lourdes et la Quérison de M. dcMusv...
Depuis de longues ^^
■^^'^^mi^^-^^-''^^,^'^^"^^i'^'^'^Cr ^^^-^ années , cepen- ''" ^^%^^r^Ç\T,..',-r-;-^^, '"-:r-c dant, Mme de Musy
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rare savoir, M. l'abbé Cieaty, auiuùnier des Carmélites d'Autun. C'était pour elle une lono-ue etdouce habitude de lui ouvrir tout son canii et de lui demander fréquemment , au Saint-Tribunal, le secours de ses avis pour l'iucessaut labeur auquel elle avait si vaillamment travaillé dès sa tendre jeunesse : celui de se rendre de plus en plus digne du ciel.
Or, M. Gcutv. avant été appelé j)ar son évè([ue, Mgr Pcrraud, aux fonctions de vicaire g'énéral du diocèse, ^Imc de Musy, malade et dans l'impuissance de sortir de Digoine, avait scrupule de dé ranger, pour l'appeler à son chevet, ce bon et excellent prêtre, accablé d occupations multiples. De sorte ([ue, discrète en cela comme en toutes choses, elle se privait souvent des entretiens et des consolations dont sa sainte àme éprouvait le besoin.
Un jour elle lui écrivit pour solliciter une visite et l'envoya chercher en voiture.
Lorsqu'il fut introduit dans sa chambre, l'abbé de Musy s'y trouvait.
— Mon Père, dit-elle, j'ai voulu vous consulter une dernière fois sur une nouvelle phase dans ma vie de chrétienne, sur un acte imj)i)rtant dont j'ai conçu le dessein.
L'abbé de Musy fit le mouvement de se retirer. Elle l'arrêta d'un mot :
— Tu peux rester, tu dois rester.
Sa physionomie grave et solennelle faisait pressentir de sa part l'accomplissement de quelque résolution d un ordre exceptionnel.
— Mou Père, continua-t-elle,
en vous-même et devant Dieu,
persistez-vous à croire et à décider que
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