‹ Episodes miraculeuxChapitre 34 sur 48 · EJ1ML · texte numérisé non relu

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sans se douter que -^â=^s;s»=u-— \o\xX

côté d'eux, dans une chî

pelle latérale, au milieu du silence d'une messe

basse, cette puissance venait d'éclater.

En sortant de la Basilique, la paralytique guérie descend avec la plus grande aisance les vingt-cinq degrés du grand escalier de pierre, au bas duquel

stationnait la calèche.

Le cocher, dans sa stupeur, regardait ce

spectacle et demeurait immobile. Sur un

signe de M. Guerrier, il approcha la voiture

et ouvrit la portière.

« — Non, dit Mme Guerrier, je veux aller

à la Grotte.

— Oui, sans doute, répond le mari nous allons faire le chemin en voiture.

— Point du tout. Je veux m'y rendre h pied, h ton bras. »

L'abbé Martignon se penche à l'oreille de '^-'* M. Guerrier ; et, de cette ^^^^ voix éteinte qui

n'est qu'un souffle, il lui fait entendre la parole de la foi.

« — Elle est guérie.

Laissez-la faire, w

On la laisse faire. Et tous ensemble descendent à la Grotte, en suivant les lacets Pcyramale.

A la Basilique, devant l'autel, elle avait fait sa première action de grâces.

A la Grotte, devant la statue de Marie, elle fait la seconde.

Sans aide, sans appui, sans aucun secours étranger, elle met les deux genoux à terre et se prosterne. Puis elle se relève, va boire un verre d'eau à la Source miraculeuse, et se dirige ensuite vers la Piscine où l'on plonge les malades. Elle voulut s'y plonger guérie. Et tout son être y puisa une force nouvelle et comme une agilité plus vive dans le jeu des articulations.

Elle tint à parcourir à pied le chemin qui conduit à la ville. Devant eux, marchant au pas, la calèche les précédait.

A mi-route environ, l'abbé Martignon demanda grâce, non pour elle, mais pour lui.

« — Madame, dit-il, je vous en prie, n'allez pas si vite... Vous êtes guérie, vous, ajouta-t-il en souriant; mais moi, je ne le suis point : et je vous avoue que je n'en puis plus. Par charité pour moi, montons en voiture.

— Volontiers, » répondit-elle.

Et d'un pied léger elle gravit sans efTort le marchepied.

La calèche traverse Lourdes; mais, arrivée un peu au-dessous

de l'ancienne église, elle quitte tout h coup la route ordinaire et tourne par la rue de Langelle. Le cocher se trompait-il donc de chemin?

Il prenait le bon chemin au contraire, et obéissait à l'ordre de Mme Guerrier. Il s'arrêta à l'endroit qu'on lui avait indiqué.

Mme Guerrier descendit avec son mari et l'ancien curé d'Alger; et, passant par un grossier et rapide escalier de bois, elle pénétra dans la crypte d'une église inachevée. Là se trouvait un sépulcre, recouvert d'une simple pierre. Elle trempa ses doigts dans un bénitier; et, avec une branche de laurier qui y était déposée, elle jeta sur cette tombe quelques gouttes de l'eau sacrée.

Puis elle s'agenouilla et pria au-dessus des restes du Serviteur de Marie : le curé Peyramale. Et ce fut là sa troisième action de grâces.

Pendant la semaine qui avait suivi la mort de Mgr Peyramale, aucun pèlerinage n'était apparu

^ ^ même jour, en ce jour de

gloire, que vint prier devant ce tombeau le premier Pèlerinage, celui de la catholique Marseille, qui avait fait la veille son entrée à Lourdes, portant en tête de sa procession la bannière de Notre-Dame-dela-Garde. De sorte que la première couronne lointaine, déposée sur ce sépulcre, porte la date même du miracle que nous venons de raconter : Les Pèlerins marseillais, 16 septembre 1877 2'.

Accompagné de leur ami le chanoine Martignon, M. et Mme Guerrier rentrèrent enfin au logis, dans cette habitation de M. Lavigne, où la malade était arrivée la veille, en proie depuis plusieurs années à une incurable paralysie.

'^ Quel étonnement et quelle joie éprouvèrent leurs hôtes!

Il leur semblait que ce fût une bénédiction pour leur propre maison. Avec quelle émotion ils entendirent le récit de ce qui venait de s'accomplir!... Et comme ils comprenaient, avec et le cœur, les merveilleuses

coïncidences qui donnaient à ce miraculeux événement sa particulière physionomie !

— Madame, dit M. Lavigne après avoir tout écouté, savez-vous où vous êtes et en quel lieu précis la Providence ,ous a conduite, afin que, étant partie tout h l'heure de cette maison, entièrement paralytique, vous y rentriez maintenant entièrement guérie?

— Je ne sais, répondit-elle en le regardant d'un air étonné.

— Vous êtes dans la maison qui était le Presbytère de Lourdes, h l'époque des Apparitions. Et vous habitez la salle où M. le curé Peyramale interrogea pour la première fois Bernadette, et où il reçut de sa bouche les ordres de la sainte Vierge.

A cette suprême coïncidence, à cette dernière lumière sur l'action de la Providence et sur son intention en ces événements, il y eut comme un frémissement dans ce petit p-oupe. La clarté devenait si vive qu'elle semblait un rayonnement.

Tous gardèrent le silence et chacun demeura pensif.

M. et Mme Guerrier restèrent encore quelques jours à Lourdes. Ils ne voulurent point s'en aller brusquement, emportant en hâte le

bienfait, et ils préférèrent remercier longtemps au lieu même où ils l'avaient reçu.

Puis ils reprirent le chemin de Saint-Gobain,

le chemin de la maison paternelle.

Le voyage fut rapide et sans fatigue.

Une lettre de M. Guerrier, que nous avons sous

les yeux, contient des détails auxquels nous voulons

laisser toute leur saveur.

« — Que je vous retrace, seulement en courant, écrit-il, le prodigieux étonnement du frère aîné de ma chère femme, Hector Biver*^^, qui nous attendait h la gare de Paris, lorsqu'il vit sa sœur descendre seule du wagon, jDrendre son bras et gao-ner avec lui la voiture; sa complète stupéfaction , lorsque nous fûmes arrivés chez lui, et (pi'elle gravit tout naturel!

ment effort l'escalier qui conduit à son appartement; l'ébahissemer* et les yeux mouillés de larmes de ses domestiques , qui avaient, dix jours auparavant, monté et descendu avec tant de précautions pauvre Justine, alors si malade.

« Le lendemain, nous étions à Chaunv. Son frère plus jeune, Alfred Biver, directeur de la manufacture de Saint-Gobain, nous attendait à la station, plein d anxiété, d'inquiétude et de trouble; car, malgré les lettres et les dépèches, il ne pouvait pas croire. Vainement il était prévenu. Quelle ne fut pas sa surprise quand ma bien-aimée femme s'élança dans ses bras; surprise dont il ne pouvait pas revenir, et qui lui arrachait d'incessantes exclamations durant tout le temps que mit la voiture à parcourir les quatorze ou quinze kilomètres qui séparent Chaunv de Saint-Gobain ! Nous allions vite; les chevaux brûlaient le pavé : nous avions hâte d'arriver. Que ce parcours nous parut long!

« Enfin, voici la maison! Nous arrivons. II était cinq heures du soir. Nous apercevons toute notre famille : grands et petits, sœurs, belles-sœurs, ne veux et nièces, et surtout nos chers

Ils étaient tous accourus à la porte, le cœur bouleversé, avides de voir, de se convaincre, de boire à longs traits le bonheur dont nous étions inondés.

« Ah ! lorsqu'ils aperçurent leur mère , leur tante, leur sœur, sortant seule de la ^ voiture et s'avançant vers eux, ce fut un tableau comme n'en saurait peindre nul pinceau humain. Quelle joie! quelles douces larmes!

quelles étreintes ! La mère de notre Justine était là, ne pou-

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vant se lasser d'embrasser cette fille que

Notre-Dame de Lourdes rendait à sa tendresse et qu'elle lui renvoyait debout, marchant d'un pas ferme, guérie.

« Retenu par ses quatre-vingt-trois ans, le vieux père était demeuré dans une pièce dont on était séparé par quelques marches. Nous montâmes. Tous les membres de notre famille, qui nous faisaient cortège, emplissaient l'escalier.

« Sur le seuil de son cabinet, le vénérable octogénaire se tenait debout. Ses mains étaient toutes tremblantes de bonheur plus encore que de vieillesse : son noble visage était baigné de larmes. Il ouvrit ses bras et dit : « — Ma fille !

« Mme Guerrier s'inclina et se prosterna à genoux. « Mon père, dit-elle, tu m'as bénie lorsque, malade et incurable, je partais pour Lourdes. Rénis-moi maintenant que je reviens miraculeusement guérie, comme je te l'r.vais annoncé. « Les bras ouverts s'étendir^int sur la tête de ma bonne Justine. Puis ils s'ouvrirent encor>^, et elle plct ra sur la poitrine de son père.

« Et comme si rien ne devait manquer à notre félicité, il se trouva que ce jour-là était précisément le jour de la fête de celle qui rentrait ainsi triomphalement à la maison paternelle. Quelle belle Sainte-Justine nous célébrions !

« Mais ce n'est point tout. La famille avait sa large part.

-^m^ Il

L'Église voulut avoir la sienne.

^^'^ Le zélé et excellent curé de Saint-Gobain,

^^S^ M. l'abbé Poindron, avait demandé à Mgr l'évêque de Soissons l'autorisation de célébrer un salut solennel d'action de grâces pour l'incomparable faveur que nous avions ^^ obtenue.

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