‹ Episodes miraculeuxChapitre 35 sur 48 · ZZ · texte numérisé non relu

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« Donc le lendemain nous nous rendîmes à la Paroisse. Ému, étonné, recueilli, un peuple immense se pressait sur notre passage. Les cloches sonnaient à toute volée. L'Eglise était pleine comme aux jours de grande solennité. X « La statue de Notre-Dame de Lourdes dominait l'assis-

tance. En face de cette image sainte, une place avait été préparée pour celle que Marie avait daigné guérir. Le prêtre monta en chaire et raconta simplement, sans commentaires, le fait considérable qui donnait lieu à cette cérémonie. Après quoi, plusieurs jeunes filles, vêtues et voilées de blanc, allèrent prendre et porter sur leurs épaules la statue de Notre-Dame de Lourdes, et la procession se mit en marche. Derrière celte image de notre céleste Bienfaitrice, ma chère femme et moi, nous marchions au chaut des cantiques enthousiastes, au son triomphal de l'orgue, au milieu d'une population pressée, qui ne pouvait retenir ses larmes. Puis le Te Deum éclata sous les voûtes. Dieu était sur l'autel... » Qu'ajouterions-nous à cette lettre? Si la terre a de pareilles fêtes, que doivent être les fêtes du Paradis .'

Nous voudrions arrêter là notre récit et laisser 1 âme de nos lecteurs s'ensoleiller à ces rayons du Ciel. Mais il n'est point ici-bas de lumière sans ombre, et la vérité nous contraint, pour achever cette histoire, de tourner maintenant nos regards sur un plus mélancolique horizon.

Dans cette même lettre dont on vient de lire un long ex-

.NOTRE-D.^ME DE LOUROEà

trait, M^^^'MG^uerrierparlait^f^ de M. l'abbé Martlgnon : « Nous n'oublie «rons

jamais, disait-il, |c{uemla guérison de ma chère femme fut la «rejjouse qu'il demandait à la^ sainte Vierge de lui faire, par l'inter- «médiaire du saint curé P «santé, pour sa guérison à lui-^^ même,nouspriGnsdepuiscemoment. «Nous voulons que Notre-Dame de Lourdes nous vienne en aide, et qu'elle «lui rende au centuple ce que, avec une charité toute sacerdotale, il a si «généreusement, et non en vain, abandonné à Mme Guerrier. Nous le « demandons tous ensemble à cette toute-puissante Mère ; et Dieu sait si «dans cette demande nous mettons toute la chaleur et toute la reconnais- «sance de notre cœur!... »

A.U milieu de sa joie, Mme Guerrier éprouvait parfois un sentiment qui la troublait comme un remords :

— Pauvre abbé Martignon, nous disait-elle, il me semble que je lui ai volé sa guérison !

Et son visaofe se voilait d'un nuage de tristesse.

— Non, Madame, vous n'avez volé le trésor de personne, en recevant le don de Dieu. Le Seigneur et la Vierge sainte ont tout disposé pour leur propre gloire, peut-être aussi pour la gloire d'un de leurs serviteurs, et très certainement pour le bien de tous. Vous avez reçu une grande et touchante grâce, et c'est avec des larmes dans les yeux que nous venons de la raconter;

mais, croycz-le bien, la grâce la plus insigne est celle qui a ete laite au prètie doni vous parlez quand il lui a ete donné de s'élever jusqu'au sublime par un tel acte d abnégation et de dévouement, quand il lui a ete donné de ressembler en cela au Maître divin, qui a dit en son Evangile et qui a prouvé qu'il n'est point de charité plus haute que de sacrifier sa vie pour ses amis. Le bon Samaritain a relevé le blessé; le bon 1 astcur s'est immolé pour une brebis du troupeau. Soyez reconnaissante, mais ne le plaignez point !... Il a choisi la meilleure part

Quelques semaines plus tard, l'abbé Martignon quittait Lourdes, où n'était plus son ami, le serviteur de la Vierge. Trop malade pour suivre le penchant de son cœur, c'est-à-dire pour traverser la Méditerranée et rejoindre sur la terre d'Afrique son paternel Archevêque, il alla, au commencément de l'hiver, demander au climat d'Hyères de prolonger pour lui les tièdes journées de l'automne... «Que les brises de la mer lui soient clémentes! disions-nous à Dieu, que le soleil lui soit doux! ^'^ n

Ce qui devait arriver cependant ne tarda pas à s'accomplir. Dieu ne différa I)oint longtemps la récompense à son Serviteu

L'hiver étant

fini, l'abbé Martignon de plus en plus souffrant quitta Hyères , et se rendit à Poitiers dans une famille amie. Chaque jour, à l'Eglise voisine, il pouvait encore célébrer les divins mystères.

— Je suis ici, nous écrivait-il, comme 1' seau sur la branche ; — en attendant qu' se brise !

Elle se brisa en effet et l'âme prit sa vers les cieux éternels.

Huit mois et demi après la guérison de Guerrier, le 27 mai 1878, vers trois ou qi heures du soir, M. l'abbé Martignon fut pris par quelques frissons d'un caractère inaccoutumé. Il ne tarda pas à comprendre le sens suprême de cet avertissement.

(( — Magister adest et s^ocat te... Marie, disait Marthe à sa sœur, le Seigneur est là et il t'appelle. »

Au moment où les dernières lueurs du soleil disparaissaient derrière l'horizon, le Prêtre du Seigneur pencha la tête. Et ses yeux se fermèrent à la terre pour aller se rouvrir

clans le pays do toute clarté où la Lumière ne s'éteint jamais.

Ainsi vécut, ainsi expira le second ami de Mgr Peyramale. Comme 1 abbe Lafont au lendemain des obsèques du serviteur de Marie, l'abbé Mart.o-non était entré dans l'éternelle vie par la porte du dévouement, de la chante, du sacrifice. L'inscription tracée sur le tombeau du Maître s'applique aussi aux deux Disciples. Zelas comedit eos « L'amour les avait dévorés. »

Que tous trois reposent en paix! et si, comme nous en avons l'espérance, Dieu les a reçus dans la gloire, qu'ils se souviennent là-haut de ceux qui les aimèrent ici-bas "!

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II II a déjà çiitgt ans que jf fus l objet tC une giicrison extraordinaire, dont f ai publié le récit sommaire dans mon liçre intitulé Notre-Dame de Lourdes.

Pour celte œui>re surnaturelle de ma guérison, il plut à Dieu de se servir de trois instruments, de trois hom/nes, alors dans l'ombre et présentement dans la lumière :

Le premier était un jeune Polonais, que j'avais connu en Italie;

Le second, un protestant, qui était mon ami d'enfance ;

Le troisième, un saint vieillard, dont la vie se passait à adorer la Face du Seigneur.

Or je n'ai compris qu en ces derniers temps, et à la clarté d'événements alors impossibles à prévoir, toute la portée providentielle qu'avaient eue, dans l'économie du fait miraculeux, la présence et l' action du jeune Polonais, dont je viens de parler. — De Ici, dans la relation écrite jadis par mol, une première et considérable lacune que je crois opportun de combler.

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afi?} de montrer^ açec une netteté plus visible encore et plus indéniaôle, la main de Dieu diripeant les choses humaines.

Ai^ec l'assentiment de mon ami protestant, J'açais 7'aconté le rôle principal qu il avait rempli. Mais comme son nom était, à cette épocpie, sans aucun intérêt pour le public, je î^e jugeai point utile de F imprimer ; et dans tout le cours de /non récit, je /l'employai d'autre appellation que celle de « M. de***... »

— Il est advenu cependant que ce nom, dont j' avais gardé le secret, a été divulgué depuis lors par toute la presse française et étrangère. Il est tombé de la sorte dans le domaine public avec Vadjonction de maints détails apocryphes qu'il importe de ne point laisser s'accréditer, et qui me créent aujourd' hui la nécessité absolue d' intervenir au nom de la Vérité et de substituer aux erreurs de la Légende la pure et simple réalité de r Histoire.

Craignant sans doute que quelque rayon de gloire humaine ne vînt blesse/- son humilité, le saint vieillard que la P-'ovidence avait associé aussi à l'histoire de ma guérison, me refusa, malgré mes instances, ï autorisation de parler de ce qui le concernait. — La publication, en dehors de moi, de divers fragments du manuscrit que je lui avais laissé, et qu'on a trouvé après sa mort dans ses archives, me délie désormais de mon obligation. Il m'est dojic permis de compléter mon. récit et de réparer cette omission involontaire

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et forcée, omission (juefcn>ais, du reste, dès l'origine, fait pressentir au lecteur, dans toutes les éditions de Notre-Dame de Lourdes, par une double ligne de points au dernier paragraphe du chapitre de ma guérison .

Bien que le fond de ma relation primitive ne soit par là modifié en rien, ces importantes adjonctions donnent à l'ensemble et aux diçers épisodes du récit une physionomie toute nouvelle. Le caractère particulier qui paraît en ressortir ne peut manquer, croijons-nous, de frapper cpiiconque a parfois médité sur les immixtions angélicpies et les interventiofis divines dans les incidents d'ici-bas.

Les Breloux, 25 mars 1883.

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