‹ Episodes miraculeuxChapitre 38 sur 48 · CHAPITRE m L'ACTION DIVINE · texte numérisé non relu

CHAPITRE m L'ACTION DIVINE

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Une semaine environ se passa ainsi et Wladimir reprit la route de Rome.

Freycinet s informait, toutes les lois qu il me voyait, si je n'avais point encore de nouvelles de l'eau miraculeuse. Une lettre de M. le curé de Lourdes ne tarda pas à m annoncer que l'eau de la Grotte avait été mise aux Messageries, et qu'elle me parviendrait jjrochainement.

Notre impatience de la recevoir était vive; mais, le croira-t-on? la préoccupation était beaucoup moins grande chez moi que chez mon ami protestant.

Un matin, — c'était le vendredi 10 octobre 1882, — j'attendais Freycinet dans la galerie d'Orléans, au Palais-Royal. Nous devions déjeuner ensemble. Comme j étais en avance au rendez-vous, je regardai, çà et là, aux boutiques de la

galerie, et je lus à la devanture du ,y' /< libraire Dentu deux ou trois affiches de livres récents. Il n'en

être saisi aussitôt par une lassitude invincible. Cette petite circonstance me plongea dans une profonde tristesse, en me faisant mesurer une fois de plus toute l'étendue de mon mal.

Dans l'après-midi je dictai quelques lettres à Freycinet : et à quatre heures, après l'avoir quitté, je retournai chez moi.

Comme j'allais monter l'escalier, mon concierge m'appela : — On a apporté pour vous un colis du chemin de fer, me dit-il. Il me montra une petite caisse en bois blanc, sur laquelle était écrite mon adresse, avec ces mots, destinés sans doute à l'octroi -. « Eau naturelle. »

C ctiut l'ccUi de Lourdes.

J'éprouvai, en Tintime de luolmème, une violente émotion; mais je n en laissai rien paraître.

— C'est bien, dis-je à mon concierge ; je prendrai ceci tout à l'heure.

Et je ressortis tout songeur.

Je me promenai quelques minut(>s dans la rue, profondément agité.

— La chose devient sérieuse, pensaije; Freycinet a raison : il faut que je me

é^W,f^- prépare. Sans m'ètre purifié, je ne

^ ' ' puis vraiment demander à Dieu de faire

un miracle en ma faveur. Ce nest pas avec un cœur rempli de misères volontaires que je dois implorer de *y^ lui une pareille grâce. Que je

fasse moi-même effort pour ouérir mon âme, avant de le supplier de guérir mon corps !

Et réfléchissant à ces graves condérations, je me dirigeai vers la maison de mon confesseur, M. l'ahbé Ferrand de Mi

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clemeiir; dans mon sinaoe. J'étais lieu reusement

certain de le rencontrer : car nous étions au vendredi, et c'est ce jour-là qu d est che? lui " '' 'ouvait en efiet : mais beaucoup de les l'attendaient déjà dans son antiinibre et devaient naturellement le avant moi. Quelqu'un de salamilh était, en outre, arrivé à 1 im[)io viste. Sa servante me fit paît de tout cela et m eno'aoea à re\enii ■es son dîner, c'est-à-dire \eis [■es.

Je me résignai à ce parti.

A la porte de la rue, je m'arrêtai sur le seuil ip d'une réaction singulière, assailli par mille mondaines idées. Les mauvais Anoes aoissaient, >si. Je balançai entre le ésir d'aller faire une isite, et la pensée

■entrer chez moi pour prier. ^lon penchant

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me portait , non ->.^=--*-— sans vivacité, du côté de la distraction, tandis qu'une ^ oix paternelle et sacrée m appelait au lecueillement, une voix qui ne me paraissait faible que parce (pie j'avais coutume de lui être sourd. J hésitai nu lon^- moment...

Enfin le bon mouvement l'emporta, et je SUIVIS la direction de la rue de Seine.

Je [)ris chez mon concierge la petite caisse, à laquelle était jointe une Notice sur les Apparitions de Lourdes, et je gravis rapidement l'escalier.

Arrivé dans mon appartement, je m'agenouillai au bord de mon ht et je priai, tout indigne que j'étais en vérité de tourner mes regards vers le ciel et déparier à Dieu. Puisjemerelevai. En entrant, j'avais placé sur ma cheminée la caisse et la bro- -«x»^ chure. A chaque instant, "^^^ " je considérais

et ae boîte ^^^

qui contenait 1 eau mystérieuse, et il me semblait que clans cette chambre solitaire, quelque chose de grand allait se passer. Je redoutais de toucher de mes mains impures à ce bois qui renfermait l'onde sacrée; et, d'un autre côté, j'étais étrangement tenté de l'ouvrir et de demander ma «uérison, avant même la confession que je me proposais de faire le soir. Cette intérieure anooisse dura un temps assez long, que je ne puis préciser; elle se termina par une prière :

« — Oui, mon Dieu, )) m'écriai-je, « je suis un misérable pécheur, indigne d'élever la voix vers vous et de toucher un objet que vous avez béni. Mais c'est l'excès même de ma misère c[ui doit exciter votre compassion. Mou Dieu, j'accours à vous et à la sainte Vierge ]Marie, plein de foi et d'abandon; et, du fond de l'abîme, j'élève mes cris vers vous. Ce soir, je confesserai mes fautes à votre ministre; mais ma foi ne peut pas et ne veut pas attendre. Pardonnez-moi Seigneur, et guérissez-moi. Et vous. Mère de miséricorde, daio-nez secourir votre malheureux enfant! »

Et, m'étant ainsi réconforté par cet appel

à la bonté divine, j'osai ouvrir la petite caisse.

Une bouteille deau limpide s'y trouvait, soi-

oneusement emballée.

J'enlevai le bouchon, je versai l'eau dans une tasse, et je pris dans ma commode une ser\iette. Ces vulgaires préparâtes que j'accomplissais a\ec

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