‹ Episodes miraculeuxChapitre 4 sur 48 · JET · texte numérisé non relu

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MOTRE-DAME OE LOURDES

souffrances aiguës et intolérables, que, faute de ces précautions, la mauvaise saison m'apporte invariablement. Ce traitement thermal me permet au moins de passer des hivers à peu près tranquilles. Or, je ne puis me rendre à la fois et à Lourdes et à Divonne, où cette année-ci mon frère doit se trouver également. Est-il donc sage, est-il donc prudent de quitter le certain pour l'incertain, et d'abandonner les effets éprouvés de ces eaux, pour courir après un miracle et prétendre forcer la main à la Providence ?

— Voyons, ma chère sœur, dit jNI. de Pomey intervenant, ne tourmentez point ce pauvre Victor pour une idée qui traverse votre imagination, et laissez notre vénérable cousin se diriofer h sa façon...

— Que ne puis-je faire passer ma foi dans vos cœurs! Il faut qu'il aille à Lourdes! reprenait avec une insistance nouvelle la Chanoinesse.

— Et cet hiver, reprit l'abbé de Musy, lorsque, pour avoir manqué ma saison d'eaux, j'aurai dans les épaules, dans les genoux, dans les reins, quelques-uns de ces élancements douloureux, qui m'arrachent des cris, je me dirai : « Bon! c'est à ma cousine de Pomey que je le dois! » -, -. .

— J'en accepte la responsabilité... Soyez certain que la sainte Vierge veut vous guérir à Lourdes.

Il y a d'innombrables proverbes sur les tenaces énergies de la volonté féminine. Tous sont vrais. M. l'abbé de Musy fut vaincu. — Eh bien, soit! reprit-il : je m'abandonne. Mais je ne puis partir avant le retour de l'abbé Antoine, qui sera alors mon

compagnon et mon garde-malade.

On regarda le calendrier, on snpputa les dates :

— Vous partirez le G août, dit Mme de Pomey. Et vous vous trouverez ainsi à Lourdes pour la fête de l'Assomption.

Quelques jours après, l'abbé de INIusy entend frapper à sa porte.

— Entrez! C'était Jean-Marie.

— ^ Monsieur l'abbé, dit gravement le Pauvre,

vous guérirez.

— Et pourquoi ?

— La nuit qui a précédé ma guérison je fis un rêve durant lequel toutes choses étaient pour moi aussi claires que dans le plein soleil

de midi. Je compris que ce n'était pas un songe ordinaire, mais un avertissement du ciel. Dans ce songe, je m'étais vu guéri... Et le lendemain, je me suis dressé en effet, et j'ai déposé mes béquilles sur la chasse de la Bienheureuse.

— C'est très extraordinaire? dit l'abbé de Musy, ressentant en lui-même le frémissement que donne presque toujours à l'homme le voisinage immédiat du Surnaturel.

— Eh bien! reprit le Pauvre, cette nuit j'ai fait relativement à vous le même songe, et il avait la même clarté. Je vous ai vu guéri, je vous ai vu marchant comme moi, dans toute la foï'ce de la santé.

Succédant à la parole du prêtre

clo Marseille et à l'insistance extrême de la Chanoinesse de Pomey, ce songe du Pauvre frappa beaucoup l'abbé de Musy. La prédiction du Curé d'Ars, perdue jusque-là, et à demi eflacée dans les brumes lointaines du souvenir, lui revint en mémoire.

Vers les premiers jours de juillet, l'abbé de Musy, rentré à Digoine, annonça aux siens la promesse qu'il avait faite d'aller à Lourdes.

Ce ne lut ni sans espérance, ni sans terreur que l'on apprit dans la famille cet appel suprême à la toute-puissance de Marie. Si d un côté tous étaient chrétiens et savaient que rien n'est impossible à Dieu, de l'autre ce long- voyage était une redoutable épreuve pour un malade dans la situation de l'abbé de Musy. Sans doute il est écrit : « Ayez confiance au Très-Haut. » Mais il est écrit aussi : « Vous ne

tenterez point le Seigneur » Cruelle perplexité!

Lutte douloureuse entre une vertu théologale, la Foi, et une vertu cardinale, la Prudence. Les âmes oscillaient d'un sentiment à l'autre, suivant les caractères divers et suivant les dispositions changeantes que les heures apportent. Pour trouver le repos au milieu de ces angoisses, il n'était qu'un refuge : la prière. Chacun y avait recours.

On écrivit à des communautés religieuses, à des amis, leur demandant de prendre part à la neuvaine qui allait commencer le 8 août, jour déterminé par l'abbé de Musy, pour son arrivée dans la ville de Marie. Du fond de son couvent de Nevers, Bernadette, à qui l'on s'adressa, pro- ^ mit d'unir ses intentions à celles

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es habitants de Diooine.

L abbé de Musy cependant, depuis son retour de Paray, sentait de plus en plus diminuer sa conliance, et, bien que toujours résolu h tenir en vrai senti Ih o m me la '^ parole donnée, il en était peu à peu arrivé à ne compter en aucune

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sorte sur sa guerison.

— Vainement je m'efforce de me persuader : je doute! disait-il.

— Je tremble ! s'écriait souvent le père, alarmé pour son fils d'un si pénible et si aventureux voyage.

— Nous espérons, répondaient M"''Ge ^ neviève, M. Humbert, l'abbé Antoine, les jeunes gens.

— Je crois, répétait invariablement la Mère.

Ainsi s'écoulèrent les se- \ m a 1 n e s . Le

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moment fixé arriva.

Dans la cliambrc du prêtre infirme, l'abbé Antoine faisait les préparatifs du dépai le malade parlait ainsi — Décidément, mon cher enfant, il est impossible Notre-Dame de Lourdes m'accorde ma guérison ! frir est ma vocation,.. — Si Marie le vouh pendant, et qu'elle me permît de pouvoir, dans sanctuaire, remonter au saint Autel!... Oh! comme il y a treize ans pour ma première messe, je revêtirais encore l'amict du Curé d'Ars pour cette messe de résurrection!... Emportez cet amict, à tout hasard... Mais que dis-je? c'est impossible!... C'est là le rêve d'un homme éveillé !

Le 6 août, M. l'abbé de Musy partit du château de Digoine pour se rendre h Lourdes. Il ne voulut être accompagné que de M. l'abbé Antoine.

— ■ Que vos prières seules me suivent! dit-il à sa famille.

Il quitta le château paternel par un temps tiède et doux, et un beau clair de lune. C'était une magnifique nuit d'été.

La voiture roulait depuis trois ^^ heures, lorsque vers minuit elle s'arrêta devant la gare du chemin de fer.

— Nous sommes à Chagny, dit

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