‹ Episodes miraculeuxChapitre 5 sur 48 · il>l · texte numérisé non relu

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Antoine

S'ils eussent eu

vélation de l'avenir, ou si ce qu'on nomme les pressentiments eût passé en ce moment dans leurs âmes, ce nom de Chao-nv ne les eût certes point trouvés indifFérents et ils auraient sans doute , h la lueur des rayons lunaires, arrêté leur attention sur l'aspect de la ville et la silhouette de son vieux clocher... Mais l'avenir était couvert d'un voile, et Chagny ne fut pour eux autre chose que la première étape douloureuse de leur pèlerinage à travers la France.

A Chagny, devaient commencer pour le malade les difficultés et les souffrances du transbordement. ^

Prenant le prêtre infirme dans leurs bras, l'abbé Antoine et deux hommes d'é- (juipe le portèrent péniblement sur le (piai de ^^ la gare pour y attendre le ''^^-^^ .

passage du train. «^^..^^

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recevant des ordres, étaient émus de pitié.

— Et y a-t-il longtemps qu'il est dans cet état? demanda l'un d'eux.

— 11^ a vingt ans que ses yeux sont perdus ; il y en a onze qu'il est paralysé.

— Et où va-t-il comme cela ?

"* — A Lourdes.

— Et quoi faire ?

— - Guérir.

Plusieurs de ces braves gens n'étaient pas précisément d'une foi à toute épreuve. Et nous ne les calomnierons point, ce nous semble, en disant que le personnel de la gare de ^ Chagny constituait un milieu assez différent de celui du château de Digoiue. Vivant chaque jour parmi les étonnants prodiges accomplis par la science humaine, ils ne voyaient, hélas! que cela de réel et étaient peu disposés à croire aux miracles tombant du ciel.

Aussi l'expression de cette confiante espérance, qui eût paru sublime à des âmes fidèles, sembla-t-elle quelque peu naïve et folle à cet entourage : chef et sous-chef de gare, mécaniciens, aiguilleurs, agents du télégraphe, graisseurs de locomotive, hommes d équipe.

Ils se regardèrent comme pour se dire que, si l'un de ces ecclésiastiques était infirme du corps, tous deux assurément étaient quelque peu infirmes d'esprit. Mais cette impression et cette pensée ne diminuèrent en rien ni leur sollicitude pour le malade, ni le soin attendri qu'ils prirent de le transporter avec des pré cautions infinies pour ne point aggraver ses souffrances. S'ils étaient loin de la foi du centenier, ils avaient, par contre, la charité du bon Samari-

tain, et, assurément la main du Père céleste bénissait l'activité de leur zèle dévoué et la commisération de leur cœur.

L'état de paralysie de ^ l'abbé de Musy, l'étrangeté du but de son voyage, la rare distinctioir^de ses traits, le séjour un peu long qu'il dut faire à la station, avaient arrêté, non seulement l'attention des employés, mais aussi celle des divers habitants de Chagny venus ce soir-là à la gare pour prendre le train. Le souvenir de ce prêtre qui allait ainsi chercher, en pays lointain, une guérison que la Médecine déclarait impossible, se fixa dans leur esprit.

A tous les changements de lignes, le même transbordement redoutable se renouvelait au prix de grandes fatigues pour le malade. Et après quelques minutes d'arrêt, — mais non hélas! de repos, — le chemin de fer, reprenant sa marche et courant à toute vapeur vers la cité de la Reine du Ciel , se remettait à secouer durement ses membres endoloris.

A Cette, il fallut s'arrêter et coucher. Les vovageiirs arrivèrent enfin à Lourdes le surlendemain de leur départ de Digoine. C'était le vendredi 8 août, dans la soirée... Un appartement avait été retenu à l'avance, au premier étage d'une maison de la rue de la Grotte.

L abbé Antoine et le cochci- de la v(»iture, prise à la gare, y j)ortèrent le prêtre paralytique, épuisé de lassitude.

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