CHAPITRE V LA SAINTE FACE
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M. Dui)ont était chez lui lorsque je m y présentai. On me fit attendre un instant dans une assez vaste pièce, située au rez-dechaussée. Pendant qu'on était allé prévenir le maître de la maison, mon attention se portait d'ellemême sur ce qui m'entourait. Des meubles simples; çà et là des ex-voto pen-
dui
murs.
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A côté d'une table de travail, chargée de papiers, une espèce de pupitre en Forme de lutri soutenait un grand in-folio ouvert. Je reconnus la Bibl qui attirait principalement e1 yeux et la pensée, c'était, d'un secrétaire, une de ces gravures dites de la Sainte-Face qui reproduisent le visage de Notre-Seigneur, tel que l'empreinte en l'ut laissée, le jour de la Passion, sur le voile de Véronique. Devant cette Sainte-Face brûlait une lampe ou plutôt une veilleuse dont la douce lueur flottait sur l'huile limpide que contenait une coupe de cristal. La porte s'ouvrit et M. Dupont entra. C'était un grand et beau vieillard de soixante à soixante-cinq ans environ, plein de verdeur et de force.
jNIon regard s'était levé sur lui avec une religieuse curiosité. Le premier aspect de cet homme dont les mains bienfaisantes guérissaient tant de malades et secouraient tant de misères avait je ne sais quoi d'austère qui touchait presque à la sévérité. Sa physionomie était revêtue d'une dignité auguste qui imprimait le respect, et les grandes lignes de ce visage avaient une rectitude un peu froide qui mêlait un certain sentiment de crainte à cette irrésistible vénération. Les veux étaient beaux, calmes et puissants, et en même temps vifs et fins, mais si ma mémoire est fidèle, de gros, sourcils épais et rudes venaient en assombrir l'expression.
Un nez bien fait mais un peu grand, une bouche dont le dessin était très pur et très ferme, un front large et haut moulé avec une régularité grandiose, un front véritablement splendidc, achevaient de donner
h ce vieillard le royal caractère de l'autorité.
Ce personnage imposant était debout devant moi.
J'essayai de surmonter mon trouble.
— Ma visite, lui dis-je, n'a d'au-
trc but que celui de vous connaître.
Et j'ai eu ce désir sur le bruit de toutes
les merveilles et de tous les miracles qui,
m'a-t-on raconté, s'accomplissent ici.
■ — Oui, Monsieur, me répondit-il avec un accent
indéfinissable et une familiarité de langage qui
n'appartient qu'aux amis de Dieu; oui, Monsieur,
voilà déjà onze ans qv.e, dans cette chambre, devant
cette Sainte-Face, Notre- Seigneur a commencé à faire
des siennes. Et il a daigné choisir la maison d'un
misé^'able comme moi, afin qu'on ne puisse pas
soupçonner le mérite de l'homme d'y être pour
quelque chose et afin de
bien montrer
que c'est
Lui seul
q u i la i t
tout.
A peine s'était-il
mis à me parler ainsi
des choses de Dieu, que la ' I j
teinte rigide de sa physionomie avait subitement changé, comme change l'aspect > -^ de la nature et comme se dissipent les froides brumes de la l^\ nuit, quand le soleil de mai se lève par delà les monts.
\ Cette apj)arence sévère cjui m'avait intimidé un instant avait complètement disparu. M. Dupont causait avec une bonhomie pleine d'abandon. Il avait le charme d'un vieillard aimable et l'adorable naïveté d'un enfant. Difficilement pouvais-je retrouver ce cachet de magistrale puissance dont j'avais d'abord été si frappé. Toute cette force s'était transfigurée en grâce. La pensée et la vie intime du cœur, en montant animer ces lionnes froides et ces traits fortement arrêtés, y projetaient des reflets de bonté céleste. C'était comme si l'àme de Vincent de Paul transformait tout à coup l'expression de visage d'un Joseph de Maistre; comme si la Miséricorde apparaissait soudain et montrait sa
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bonionite divine à travers la face de marbre de la Justice.
Oui, en le voyant entrer, ferme et digne, je m'étais dit : « C'est un Juste. » Je me dis alors : « C'est un Saint. »
— Quelle a été, lui demandais-je, l'origine de ces prodiges? Je ne les connais cjue par le bruit public, et le bruit public est toujours confus.
J étais bien loin de prévoir, me répondit-il, que ce salon où nous sommes deviendrait un lieu de pèlerinage et qu'il s'y opérerait des miracles sans noniljre. Mais c'était dans les desseins de Dieu!
Sa voix, à ces dernières paroles, s'émut légèrement. Il reprit :
— En 1851, le dimanche des Rameaux-, j'eus h m'entretenir avec la Mère Prieure du couvent des Carmélites. Elle avait justement reçu de Rome, ce jour-là, dix exemplaires de la Sainte- Face. « — Si vous en désirez, me dit-elle, prenez celles que vous voudrez. »
« J'en acceptai deux, l'une pour moi, l'autre que je destinais à l'Adoration perpétuelle.
« Le lendemain, lundi saint, je voulus faire encadrer immédiatement cette vénérable image, mais l'ouvrier ne put me la livrer que le mercredi matin.
« Je la plaçai alors sur ce meuble, telle que vous la vovez encore maintenant.
« En la contemplant, un sentiment presque impérieux s'éleva au fond de ma conscience : « Cette divine Face de Notre Sauveur, me dis-je, peut-elle être exposée dans la maison d'un chrétien pendant cette grande semaine de la Passion, sans qu'un signe extérieur de respect, d'adoration et d'amour lui soit donné?... Non, certes, il n'en sera point ainsi ! » — Et voilà comment j'^ s l'idée d'allumer cette lampe. J'exécutai cette pei.-ée
immédiatement.
« Toutefois le respect humain ne perd jamais ses droits sur notre pauvre nature. Aussi, h peine la lumière brilla- ••t-elle que le scrupule du « Qu'en dira-t-on? )) se mit à éveiller toutes mes lâchetés. Cette pièce était celle où je recevais les personnes qui avaient à me voir; c'était là qu'était installé mon bureau; et je songeais, non sans quelque misérable angoisse, que tout le monde allait me demander ce que faisait là cette lampe en plein midi.
(( Je ruminai longtemps une réponse. Enfin, j'en trouvai
une dont je fus satisfait : « — Oui, me dis-je, c'est cela. A
quiconque voudra savoir pourqnoi cette lumière en plein
jour je répondrai : « C'est pour apprendre à ceux qui me font
« l'honneur d'entrer chez moi que lorsque l'affaire qui les a
conduits ici est terminée, il n'y a plus qu'à parler de Dieu
( ou à se retirer. »
Ce jour-là et le lendemain s'écoulèrent sans que l'on me posât
a question prévue. Les uns ne prêtèrent aucune attention à
cette veilleuse; les autres comprirent et approuvèrent.
« Mais le vendredi saint, un commis voyageur, ayant forcé ma porte pour me proposer des vins de Bordeaux, me donna enfin l'occasion de lui adresser ma réplique; et il en fut tellement surpris qu'il me sembla ne pas en saisir le sens et que je us lui répéter deux fois les mêmes paroles. Je partis de là pour lui faire entendre quelques avis chrétiens. En aura-t-il profité? Je ne sais. Je l'ai parfois espéré.
Vingt-quatre heures après, dans la matinée du sr-medi saint, je reçus la visite d'une pieuse dame que je con-
naissais et qui avait en ce moment une très
grande maladie d'yeux. Je lui montrai ma Sainte-Face et nous récitâmes ensemble une prière devant cette image sacrée.
« En nous i élevant, il me vint
(je ne sais comment ! ) l'inspiration de dire à mon amie : « Frottez-vous donc « un peu les yeux avec une goutte de cette « huile, qui brûle là pour honorer le divin K Visage : peut-être cela vous fcra-t-il du bien. » « Elle trempa son doigt dans 1 huile, se frotta les yeiix et guérit subitement.
« Depuis ce jour, les guérisons et les Miracles n'ont point discontinué , et je suis ici l'heureux témoin de ces incessantes merveilles. Cette huile, envoyée au loin, en France et dans des pays étrangers, a guéri aussi de nombreux malades.
« Ah ! Monsieur, s'écria M. Dupont en terminant, que Dieu est grand ! que Dieu est bon ^'^ ! »
Il s'était tu et je l'écoutais encore.
— Oui certes, repris-je après un moment de silence, oui certes. Dieu est bon. Je ne suis point surpris de ces jorodiges, ayant été moi-même favorisé naouère d'une pràcc toute semblable : mais je m'en suis montré indigne et je sens déjà que la main de Dieu me menace, et qu'elle est prête à me précipiter dans mon premier éta
Je lui racontai alors l'histoire de ma maladie, de ma guérison et de cette demi-rechute dont je lui expliquai la cause. ■— Souvent, me dit-il, il se produit des accidents de cette nature ou même des rechutes plus complètes, et j'ai remarqué que cela provient généralement de l'une de ces deux causes : — Ou l'on a rouai de rendre
témoignage vis-à-vis les hommes; — ou l'on a négligé de rendre grâce à Dieu.
— Le premier cas n'est point le mien, lui répondis-je, car je n'ai nul-
lement rougi de confesser le miracle dont j'ai été l'objet; mais, hélas! je n'ai pas rendu grâce. Sur les dix lépreux guéris dont parle l'Evangile, un seul revint vers le Seigneur : j'étais avec les neuf autres. Oublieux et ingrat, j'ai repris ma vie ordinaire. Et quand l'heure de l'épreuve est arrivée, j'ai failli.
— Toute faute est réparable, me dit M. Dupont. Nous allons invoquer le Seigneur, prier devant
cette Sainte-Face et faire des onctions sur vos yeux avec cette huile miraculeuse. Espérons qu'il "en adviendra quelque heureux résultat...
— Non, non ! repartis-je vivement. J'ai été guéri une fois par la sainte Vierge honorée h Lourdes. C'est
Elle dont j'ai méconnu la bonté; c'est Elle, j'en ai la confiance, qui m'obtiendra mon pardon. Il me répugne d'avoir recours à une autre intercession; et il me semble que je manquerais en quelque sorte à la Reine des Anges, si je demandais assistance h un autre pouvoir que le sien.
M. Dupont sourit :
— Le Ciel n'a point de ces jalousies, me dit-il doucement. Toutefois, ajouta-t-il, puisque tel est votre sentiment, voici une médaille qui m'a été donnée par le père Hermann et qu'il a plongée lui-même dans l'eau de Lourdes.
Elle a déjà serAi pour opérer diverses guérisons. Voulez-vous en essayer? Appliquez-la successivement sur chacun de vos yeux et répétons ensemble cette prière :
« Sainte Vierge M^vie, montrezvous aussi puissante à Tours que vous
l'avez été dans la Grotte de Lourdes. »
Je m'agenouillai et je fis ce qu'il me disait. Je ne ressentis
aucune amélioration. Nous renouvclùmes la tentative à plusieurs
reprises, mais toujours inutilement.
— Eh bien ! reprit M. Dupont sans se troubler et levant les yeux comme pour parler h quelqu'un de visible, eh bien! sainte Vierge Marie, puisque vous nous refusez cette grâce, nous allons recourir directement à votre Fils.
M. Dupont trempa son doigt dans l'huile de la Sainte-Face et me fit des onctions sur les paupières, sur le front, au-dessous des sourcils, partout où j'éprouvais la pénible et menaçante lourdeur. Le visage du thaumaturge s'était revêtu tout à coup d'une autorité
et d'une majesté incomparables En le voyant ainsi, je me rappelai
Moïse, — et je cessai de m'étonner que la Nature pût parfois lui obéir.
— N'êtcs-vous point soulagé? me demanda-t-il. — Hélas, non! répondis-je tristement. Du reste, cette
fatigue sourde, cette pesanteur n'étant point une souffrance aiguë, ni un obstacle à me servir de mes yeux et à bien voir, il est possible que ma délivrance arrive sans ^^^ que j'en aie conscience. Mais en vérité, je n'ai en rien la perception d'aucun changement.
M. Dupont me parut un peu surpris de cette résistance du m;!l. — Vous allez dîner avec moi, et ce soir nous supplierons encore Dieu de nous exaucer.
Je partageai le repas de M. Dupont. Sa causerie fut charmante comme celle d'un homme du monde qui aurait voyagé parmi le peuple des Saints et dans la compagnie des célestes Esprits.
Après le dîner, il me fit de nouvelles onctions éga-lemcnt inutiles.
Le bon M. Dupont était affligé, mais ni sa foi, ni sa ferme espérance ne s'inquiétaient de cette apparente rigueur de la Miséricorde divine.
— Ne vous troublez point, me dit- il. Voici un petit
flacon d'huile de la Sainte-Face.
Nous considérerons ce qui vient de Vj?
^w=^ se passer comme le commencement d'une Neu vaine.
Vous vous ferez vous-même des onctions et vous vous nuirez aux prières qui ont lieu ici de onze heures à deux heures. Chaque jour je prierai pour vous.
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Nous nous quittâmes. Il me mit de l'embrasser.
Le soir même, je rentrai à ris.
Le lendemain à mon lever, je fis les onctions, puis je sortis.
Or, dans les commencements de l'après-midi, comme j'allais a mes affaires et me trouvais en pleine rue, je sentis subitement toute lourdeur disparaître, les puissantes effluves de la santé et de la
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force pénétrer sous mes paupières et revivifier muscles et
nerfs dans les réo-ious voisines
de l'œil.
La grâce céleste venait tout à coup de descendre à flots précipités, semblable h ces pluies d'été longtemps invoquées qui, alors qu'on ne les attend plus, tombent comme un torrent sur la terre joyeuse...
La promesse que m'avait faite M. Dupont se présenta aussitôt à mon ^ esprit; et j'eus comme l'intuition que le Serviteur de Dieu était eu ce moment à genoux et qu'il priait pour moi.
humains comme des ondulations des coteaux et de l'aspect des paysages : certaine des lignes, la vraie disposition des "et leurs rapports réciproques, l'importanc détail, la saisissante harmonie de l'ensemble, ne s'aperçoivent qu'à distance. En outre, la marche progressive du temps amène parfois des faits nouveaux qui éclairent d'un jour inattendu les faits du passé et qui en déterminent le réel caractère.
Ce n'était notamment qu'à la lumière de sa destinée future
que je devais comprendre en toute clarté le dessein formel
que Dieu avait eu en faisant du jeune Polonais \\ladimir
l'occasion et la cause de mon voyage à Paris, et par suite
l'auteur premier de ma rencontre avec Freycinet, en la fête
bénie des Anges Gardiens. Aussi, dans ma relation, n'eus-je
même pas la pensée de remonter jusqu à ce point d'origine, —
sans intérêt et sans portée, me semblait-il.
Je me bornai par conséquent à raconter l'action directe de
Freycinet, telle qu'on vient de la lire, et l'épisode de M. Dupont.
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Il est superflu de dire que j'apportai à cette déposition écrite le soin scrupuleux que méritait la gravité d'un événement aussi important que celui dont j'avais à rendre compte. Mais, pour plus de sûreté, je voulus en soumettre le texte, phrase par phrase, à Freycinet et à M. Dupont.
— Tout est exact, me dit Freycinet et je n'ai absolument rien ni à reprendre ni à rectifier : c'est une photographie. Seulement il y a çà et là quelques mots que je te prierai de supprimer : ils n'ajoutent d'ailleurs rien au fond du
récit et me semblent inutiles ou hors du sujet. ^S - ^ /il'' a
Je me fis un plaisir de le satisfaire et je raturai • , "^-^^ ^3-v^' ' <J^^
ce qu'il désira.
De plus, bien que sa part dans ma guérison extraordinaire ne fût
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pour personne, Dien que dans le cercle assez étendu de nos amis communs il aimât à raconter lui-même ou à me faire raconter ce fait, je ne crus point nécessaire d'écrire son nom et ne le désignai que sous l'appellation de « M. de*** w.
Ce nom qui m'est toujours cher, et qui — malgré bien des divergences . survenues dans nos façons de voir, de comprendre et d'agir — ne cessera jamais de réveiller en mon cœur le souvenir d'une éternelle gratitude, ce nom, je ne l'imprime présentement que parce que, depuis cette époque lointaine, il a été divulgué en dehors de moi par toute la presse des deux continents et publié par conséquent des millions et des millions de fois. En outre, les adjonctions imaginaires et les circonstances controuvées dont on a entouré cet épisode de ma vie m'ont imposé le devoir, comme homme et comme historien, de rétablir chaque détail dans son exacte nuance.
Je me rendis à Tours pour
communiquer aussi mon
manuscrit à M. Dupont.
En lisant à haute voix à mon
vénérable auditeur le récit
de mon entrevue avec
NOTRE-DAME DE LOURDES
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lui, je n'avais aucunement, ainsi qu'on ^
le conçoit, à lui soumettre le portrait que je faisais de sa personne, non plus que telles ou telles de mes réflexions qui eussent pu blesser son humilité... Mais peut-être devina-t-il ce que je lui cachais.
Après m'avoir écouté avec graude attention, le saint vieillard me dit :
— Rien n'est plus rigoureusement véridique que l'incident que vous relatez. Je viens de reconnaître, en vous entendant, mes paroles textuelles et les vôtres. Vous avez été le rapporteur loyal de ce qui s'est passé ici.
Cette totale approbation m'eût fait un plaisir sans mélange, si le ton même qu'avait le bon M. Dupont, en s'exprimant ainsi, ne m'eût inquiété sur ce qui allait suivre.
— Et cependant, ajouta-t-il, je vous demande avec instance de supprimer de votre récit la mention de cet incident. Vous n'avez à parler que du Miracle accompli par Notre-Dame de Lourdes...
— C'est impossible! m'écriai-je. Bien que Notre-Dame de Lourdes m'ait en effet guéri, et cela sans aucune rechute, il n'en est pas moins vrai que cette sourde menace après une faute, et la
disparition subite de cette menace le lendemain de ma visite chez vous, sont des faits surnaturels trop étroitement liés h l'événement principal pour que j'aie le droit de les omettre, même sur votre pressante requête.
— Il le faut jiourtant, reprit-il avec fermeté. Votre relation, qui ne peut manquer d'être jDubliée, fera le plus grand bien et portera
au loin la gloire de Notre-Dame de Lourdes. — Mais alors pourquoi ne pas comprendre dans cet exposé historique ma station devant la Sainte-Face vénérée ici? N'est-
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ce point aussi la vérité Pet cette vérité ne pourrait-elle pas de même faire du bien à un grand nombre d'âmes?
— Le Seigneur a ses voies diverses, répondit-il. Les Apparitions de Lourdes ont dès le principe attiré l'attention publique; la presse chrétienne, et plus tard le Mandement de l'Evêque de Tarbes, les ont fait connaître ; des polémiques ont été engagées... Il en a été tout autrement de ce qui s'accomplit dans ma pauvre maison. C'est en dehors des journaux et des livres, c'est par des confidences d'âme h âme que, parmi les humbles et les ^ petits, s'est peu à peu répandue cette dévotion à la Sainte- ^ Face. Je désire, et Dieu veut, je le crois, que cela continue ainsi : — du moins jusqu'à nouvel ordre. Il y a, dit l'Ecriture, le temps de se taire et le temps de parler. Nous sommes aujourd'hui au premier temps.
Comme j'insistais encore, il leva la main; et me montrant la blanche et douce lumière qui brûlait devant la Sainte-Face :
— La publicité éteindrait cette lampe, me dit-il simplement.
— A Dieu ne plaise ! je supprimerai tout ce que vous voudrez.. Mais j'espère bien que l'heure arrivera de rétablir ce que vous me condamnez aujourd'hui à renfermer dans le silence.
— Oui. Et quand cette heure sonnera, vous serez libre : mais d'ici là contentez-vous d'indiquer, par certains signes typographif[ues, que vous avez fait une suppression et qu'il manque quelque chose à votre texte primitif.
Et voilà pourquoi, dans toutes les éditions de Notre-Dame de Lourdes, le long paragraphe qui concerne M. Dupont a été remplacé par deux lignes de points, afin de faire comprendre au lecteur ^^ qu'il y a dans ce chapitre de mou livre une lacune volontaire. Cette lacune, le moment est venu de la combler,
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