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a bien gagné cette 5
récompense , mon pauvre enfant ! ^ Quelle vertu! Quelle jîatience! Pas une plainte depuis ving-t-deux ans !
— Oh ! ma mère! s'écria Geneviève a^ec une \ague terreur, ne le croyez pas trop!. . S il leutrait de Lourdes sans être guéri !
Mme de Musy pressa le bras de sa fille Et d'une voix basse , entrecoupée , contenue, elle lui dit ces mots dont l'accent la fit fiissonner :
— Je suis sûre qu il guérira?... Demain! ^ Demain sera le sixième jour.. Je
lecevrai une dépêche de Lourdes. Demain matin il sera ouéri !
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Et ses yeux , nous racontait Mlle Geneviève, ses yeux avaient l'expression d'un céleste ravissement. Je restai persuadée qu'une dépêche qu'elle annonçait et atten- ■'^^' //" dait avec une telle certitude la trouverait toute préparée.
\v Hélas ! la Providence, en ses insondables desseins, allait ^ ■ disposer
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toutes chosos luitrcmt'ut ([u on ne 1 a\;iil prévu !
Ce soir-lîi, ACille do la (rlc, ariiva ;i Diooino un ami de la laniille, M. l ahhé Bourhoniie, aumùnier de la \ isitation de l^u'is.
Après une nuit agitée, après une nuit \i(le de somnu'il et pleine dOraison, Mme de Musv se leva avant 1 aube. ..
— C'est 1 Assomption ! pensail-elle. C est le triomphe d'une mère, de la Mère des mères, de I, Mère de Jésus-Christ. Alors cpielle avait tenu au Calvaire le eorps inanimé de son Fils, c'est aujourd liui (pi ('lie la possédé de nouveau et h jamais dans la plénitude de sa vie humaine et tiivine, régnant sur la terre et le ciel, après l'avoir vu, dès ui-has, ressuscité!... () mon Dieu! est-ce donc hien vrai ([lie je vais, tout indigne ({ue j en suis, goûter (p.iehpie chose d'une semblable lélicité?
Ai.isi montaient ses pensées. Quelcpies-unes des paroles, sur])rises les jours précédents sur se lèvres, font souj)conner rpi'elle avait ofTert sa vie pour obtenir C(dle de son fils. Touchante et 1 (■(btiitable réversibilité!
Etant descendue ;t la chapelle, elle v Irouv M. 1 abbé Bouillonne, venu comme elle pour y prier.
Elle voulut se confesser avant la communion du jour. Elle se sentait com bonheur Ion vait le be; toutes les
Puis clic alla frapper à la chambre de son mari, de son fds, de sa fille, de ses petits-enfants, voulant que, dès l'aurore de cette Fête, ils invoquassent Dieu pour l'absent bien-aimé qui était présent à tous les cœurs.
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Elle appelait à la prière, pour 1 œuvre spéciale qu'elle voulait accomplir, comme Ion appelle au travail, pour les labeurs ordinaires de la vie.
JM. 1 abbé Bourbonne monta en chaire à l'é-ilise de la Paroisse, et demanda des prières pour le prêtre infirme, pour le père des pauvres, qui éiait allé chercher sa guérisou au pays des Miracles. Ce lut en pleurant que le peuple de ces campagnes s'agenouilla et récita 1 Oraison Dominicale et la Salutation Aiii'é- Iique, en lavenr de celni que tout le pavs nommait (( le bon monsieur Victor », et que quelques-uns, effrayés d'un tel voyage, craignaient, hélas ! de ne revoir jamau.
A tout instant Mme de Musy regardait ii sa fenêtre dans la direction qui vient d'Epinac. C'est l;i, il dix kilomètres environ de Digoine, qu'aboutit le télégraphe. Mais les heures s'écoulaient et rien n'arrivait encore.
Rejoignons M. 1 abbé de Musy.
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Malgré l'heure matinale, la nef supérieure, à 1 occasion de la grande fête qui se célébrait, était déjà remplie de Fidèles. C'est à la Crypte (pie se rendirent les deux prêtres. Quelques rares personnes seuleiuent s'y trouvaient. Parmi celles-là le pauvre petit Pierre et son père, toujours à leur place accoutumée.
Le maître-autt'K dcclic à la Vierge, était libre. Apiès avoir conduit, clans sa chaise roulante, le prêtre infirme à côté de petit Pierre, Tabbc Antoine, comme tous les jours, mais a\ee une ])Ius ardente et plus lerme cspclance, célébra le Saint-Sacrifice à lintention de son bienfaiteur et de son ami. Au moment de la communion, il lui apporta le corps du Seigneur, et petit Pierre, étendu, comme nous 1 avons dit, sur les bras de son père, fut présenté devant la Table sainte ''^^^"'(i'^^Jf.*^ V p»l^ et reçut également le Pain de la A ie... !.vf' '' ^.^^^y^ y
La Messe sacheva. Malgré tant de ferventes invocations, et tant de jiressentiments heureux, rien de ce "^^l^^i cpi'on avait demandé et attendu \ ne s'était pioduit. .Vuciin des deux
^ ^V;^ ;A!^ n- ^Qj^^ malades n'avait été m o-uén, m
soulagé. La Ptcine du Ciel sem blait être sourde \\ ces supplica
'-"'^i^HV^'^? ^^^^ ' ^"^ tions d'iei-bas.
'^'lh\i3''^^><^n''^r^^^^'^ Labbé Antoine, cberchan As," .TaV \!5*\Vv ^ • se résigner, se répétait av(
t a 'petait avec grande raison cpie , de sa nature
\FRe,/ir',-r. /..
■-^ propre, le Miracle est un hut exceptionnel,
même à Lourdes, et que Dieuotsatrès sainte ^Nlère,
en le refusant, ne sont pas moins miséricordieux qu'en
le concédant une foison l'autre à la prière des Fidèles. Et
il puisait dans cette haute philosophie la consolation dont
avait besoin spn cœur attristé.
Quantaux deux compagnons d'infortune que la foi avait conduits en ce lieu béni, ils avaient communié et laissaient bien loin en arrière d'eux toute j^réoccupation personnelle. Entièrement absorbés et ravis par la réception de l'Hôte divin, ils oubliaient, en (piehpie sorte, leur espérance antérieure, et le sentimentainer de la déception ne s'approcha pas même de leur
Ils entendirent une messe d'actions de oràces. Et quand elle lut terminée, le père du petit Pierre prit son enfant dans ses ]jras pour aller le baigner à la Piscine.
— Pierre, lui dit l'abbé de Musy, ne m'attendez pas ce matin ii la Piscine. Je veux encore assister à cette troisième Messe qui v; commencer.
Et il rentra dans son recueillement.
Lourdes est, comme Rome, le rendez-vous de tout l'univers. On V fait des connaissances nouvelles, on y retrouve de vieux amis. Dans l'ordre surnaturel, le Miracle s'y manifeste; dans l'ordre naturel, T inattendu v est en permanence.
Par une rencontre singulière, l'ecclésiastique qui montait ;i 1 autel pour célébrer cette troisième messe était l'ancien professeur de ^I. de Musy au séminaire de Saint-Sulpice, M. l'abbé Dominique Sire, arrivé à Lourdes le matin ou la veille ^
« Ce jour-lii, nous a-t-il raconté, je n'ofirais
■^j le Saint Sacrifice m pour moi-inènie, ni pour
J^ telle ou telle àmc de ma prclercncc. Sans clésigMier qui que ce soit, je l'offrais aux intentions maternelles de la sainte Vierge, conjurant la Reine du Ciel d'en appliquer le mérite, pour sa plus grande gloire, à qui il lui plairail de choisir. ,
I,"abl)é Antoine servit cette Messe.
Dans le prêtre qui venait de gravir les marches du sanctuaire, M. de Musy n'avait nullement reconnu son ti'ès aimé maître d'autrefois. Assis dans sa chaise roulante, il méditait en lui-même les textes divers qu apportait ;i son oreille la voix claire et nette du célébrant —
T/infirmc écouta attentivement la lecture du Samt-Evangile. Et les derniers mots furent ceux-ci, que le Seigneur fit entendre un jour il son hôtesse empressée, paroles divines destinées ;i calmer dans la suite des siècles toutes les inquiétudes de cette vie passagère : « Martlia! Martha! .sol/icila es et %0 tiirixiris erga pluriiua. Pûrro tiiiinn est necessariuin : -4^, Maria optiniani partem eJegit quiv non auferetur ab ea. Marthe! Marthe! tu te préoccupes et te troubles d'une foule de choses. Une seule pourtant est nécessaire. Marie a choisi la meilleure part, et elle ne lui sera pas ôtée^. »
— Eh quoi! jai la part de Marie, se disait le Paralytique, et je me chagrinerais de n'avoir pas celle de Marthe? .le suis chrétien ; je suis voué à Dieu ; il m'est permis chaque jour de m'entretenir ainsi avec le Seigneur, venu en ma maison : et je pourrais encore demander autre chose !
\.o silence cependant s'était l'ait à l'autel. I.e prêtre lisait tout bas l'Oraison appelée Secrète, laquelle était conçue en ces termes :
« Que la prière de la Mère de Dieu vienne en aide « à votre peuple, Seig-neur, afin ([ue, sachant son « départ de ce monde, suivant la loi commune de toute « cJKur, nous sentions ici-has que, dans la céleste gloire
(( ('/ auprès de vous, elle intercède pour ?/ous'^
/ « Amen. »
Telle éiait l'invocation que, en ce moment, le prêtre \ catholi(pie adressait au Ciel au nom de rEglisc.
Et le grand sacrifice continua de moner vers 1 incom[)réiieni!)l(' prodige (!l la ("consécration.
Puend extraordinaire n a^ait ])aru s'acconn)lir parmi l'assisfancerecueillicqui priaitsous les voûtes de la Crypte.... Et cependant, au cri de secours poussé vers la Vierge ]Marie, « afin que », disait la liturgie sainte, ce nous sentions ici-bas que, dans la céleste « gloire et auprès de Dieu, elle intercède pour nous », à ce cri de secours vers la ^Nlère de Jésus-Christ, une autre voix que celle du diacre ou du peuple avait répondu : « Amen! qu'il en soit ainsi! » — une voix que nulle oreille humaine n'avait entendue et qui pourtant, quand elle parle, remplit l'infini des cieux.
Assis contre le pilier et par lui caché aux regards, le pèlerin
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de Dio-oiiic aviut oiihhé les choses de l;i teiie et se reposait en (|uel(jiic sorte sur le seiii du Seigneur.
La t;ra\e parole A'///-.s7//y/ vonhil pioiioneée tout haut, le laiiieua à la eouscieuee de l'instant présent.
Comment peindre son saisissement .' l'.n reprenant possession de lui-même, il sentit sourdre irrésistiblement, en son àme surprise et tout émerveillée, le sentiment invincible que désormais il pouvait se lever, se tenir debout et marcher; la liancpiille assurance tpie sa vue malade était guérie ; la complète certitude cpie tous les maux dont il était accablé depuis tant d années venaient de disparaître soudainement et pour toujours.
Ce n'est ])oint c[u'il eût éprouve- aucune secousse, aucune agitation, aucun tressaillement : rien de tout cela ne s'était produit. Il se trouvait tout à coup, j'allais dire il s'éveillait dans /^,;\ la plénitude de la santé. La i^ràce miraculeuse axait pénétre tout son être, sans (|u il s'en lût lui-même aperçu, abs;)luineiit comme la lumière arrive dans la chambre d un homme eiidor- ^^V mi. Il s'est assoupi dans les ténèbres et il se réveille dans les splendeurs du jour. Enlevant doucement toutes les teintes noires et toutes les ombres opaques de la nuit, les rayons célestes ont inondé maison, sans altérer le calme de son sommeil. Ainsi la main souveraine ainsi la délicate toute-jniissance de Marie avait enlevé tous les maux Vi du prêtre aux veux perdus et aux pieds immobiles ; ainsi elle avait déversé en lui les lumineux effluves de la Yie , sans le distraire de sou recueillement et sans lioiiblcr la paix de sa prière.
T'nc inolDiide émotion, une sorte d'eUVoi l'envahit. Il ne pouvait croire à ce changement total, ii cette radicale trauslormatioa accom- ])lic inopinément en lui, sans lui.
D'un côté, il était tenté de se lever; de rantre, il se résistait. Il n'osait l'aire un mouvement; il n'osait constater et vérifier; il n'osait se prouver il lui-même par un acte extérieni et
nialoiicl lu rcalitc du M^ ^
IMiiacle. Son cœur croyail , nuussoncs- (loutait ; cl le, pour ctrcuic\j)Uo-nal)lc, se rcfu^iaildauslliuini- (( Oui! oui! la sainlc N'icr^c aurait pu me gucrir, mais je n'en suis pas (lii>nc. )) El il scdéhaftait, terrifié, contre l'impulsion inlime ([ui le portail à se mouvoir et il se dresser. Mais au sentiment intime de sa o-uérison se ioionit alors une force mystérieuse et extérieure, une force physique, ({ul se saisit de son corps, tendant à le soulever. 11 lutta encore, comme Jacob, avec l'Invisible.
(( Si je me trompais, si c'était une illusion, si j'allais tomber, si j'allais faire un faux miracle, est-ce que ce ne serait pas comme une confusion pour la sainteVierge?... Plus tard, quand je serai seul...»
Etla force qui le sollicitait se lit de plus en plus impérieuse, sans cesser d'être maternelle. La résistance devintimpossible : le prêtre vaiu- ,j :i-j eu se leva et se prosterna à genoux, comme tous les Fidèles.
La sonnettede l'Elévation retentis sait en ce moment.